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La Teshouva des profondeurs

La Teshouva des profondeurs

Les fêtes de Tichri Tishri
Tichri
7ème mois du calendrier juif. Le 1er et 2 : Rosh Hashana, nouvel an juif. Le 10 : Kippour. Le 15 - 22 Soukot. Le 23 : Shemini Atseret. Signe : balance.
sont sous le signe de la Teshouva Teshouva
Teshouvot
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Décision halakhique d’un rabbin, certaines ont été écrites et compilées et servent de jurisprudence.
, le retour.

Au sens le plus commun, la Teshouva Teshouva
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Décision halakhique d’un rabbin, certaines ont été écrites et compilées et servent de jurisprudence.
est un retour aux sources. On appelle : « Baal Teshouva Teshouva
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Décision halakhique d’un rabbin, certaines ont été écrites et compilées et servent de jurisprudence.
 » le juif qui décide de revenir au respect de sa tradition. En ce sens, il s’agit essentiellement d’un retour à la pratique religieuse.

Au sens le plus classique, cela désigne celui qui est capable de faire réellement pénitence sur une faute commise par le passé. Il existe des règles très strictes et méticuleuses de pénitence, notamment celles édictées par Maimonide Maimonide
Rambam
Maïmonide
Moshe ben Maimon, Rabbin, médecin, philosophe et halakhiste. 1138 Cordoue - 1204 Fostat. L’une des plus grandes figures de la pensée juive incarnant un rationalisme aristotélicien. Son apport essentiel consiste en une conciliation de la science et de la religion qu’il expose dans son "Guide des perplexes" et une systématisation de la Halakha qu’il expose dans son code "Mishné Tora". Très contesté de son vivant, son œuvre fut même vouée à l’anathème par certains rabbins. Précurseur de la modernité juive. Une référence incontournable.
qui donne cette définition sublime : « le véritable pénitent doit pouvoir se retrouver dans des conditions similaires et ne pas recommencer à faire la même erreur. » Les implications de cette pénitence ne sont pas seulement religieuses mais plutôt un travail psychologique sur soi-même, l’acquisition d’une véritable maîtrise de soi.

Mais il existe également une dimension plus profonde encore, liée elle aussi à la dimension psychologique de la Teshouva Teshouva
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Décision halakhique d’un rabbin, certaines ont été écrites et compilées et servent de jurisprudence.
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Cette dimension exige d’aller au-delà de l’autosatisfaction que peuvent apporter les deux autres dimensions. En effet, celui qui revient à la pratique religieuse a souvent l’impression d’être enfin dans le droit chemin, il peut devenir satisfait de lui-même, voire même se mettre à paternaliser les autres, ceux qui ne savent pas encore. Sur le plan moral, il peut considérer que sa manière de vivre qui est globalement irréprochable se trouve être la bonne et ne plus vraiment sentir la nécessité de la pénitence qu’il ne pratiquera plus qu’avec formalisme.

La Teshouva Teshouva
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Décision halakhique d’un rabbin, certaines ont été écrites et compilées et servent de jurisprudence.
des profondeurs exigera de lui de briser encore quelques écorces et de descendre en lui-même plus profondément encore.

Le shabbat Teshouva Teshouva
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Décision halakhique d’un rabbin, certaines ont été écrites et compilées et servent de jurisprudence.
nous lisons une Haftara Haftara
Haftarah
Depuis la période talmudique, la lecture de la Tora, chaque shabbat matin est suivie de la lecture de la "Haftarah ". C’est généralement, la personne qui est appelée en 8ème montée (Alya) à la Tora qui lit la Haftara, cette montée est appelée "Maftir". Le texte de cette lecture supplémentaire et hebdomadaire est issu des livres des Prophètes. Elle ne se lit pas dans un rouleau mais dans un livre comportant voyelles et signes de cantilations. Il existe en général un rapport contextuel entre la Parasha et la Haftara.
spécialement choisie, extraite en partie du prophète Hoshéa. Le texte choisi est la fin de sa prophétie. Le texte commence par un appel à la Teshouva Teshouva
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יד,ב שׁוּבָה, יִשְׂרָאֵל, עַד, יְהוָה אֱלֹהֶיךָ: כִּי כָשַׁלְתָּ, בַּעֲו‍ֹנֶךָ.

« Israël, reviens à l’Éternel, ton Dieu, Car tu es tombé par ton iniquité. »

Le prophète termine son livre par cette phrase :

יד,י מִי חָכָם וְיָבֵן אֵלֶּה, נָבוֹן וְיֵדָעֵם : כִּי-יְשָׁרִים דַּרְכֵי יְהוָה, וְצַדִּקִים יֵלְכוּ בָם, וּפֹשְׁעִים, יִכָּשְׁלוּ בָם.

« Que celui qui est sage prenne garde à ces choses ! Que celui qui est intelligent les comprenne ! Car les voies de l’Éternel sont droites ; Les justes y marcheront, Mais les rebelles y tomberont. »

Ce verset peut se comprendre, de façon relativement manichéenne : les justes réussiront et les méchants échoueront. En d’autres termes : « Respectez les voies de l’éternel et tout ira bien pour vous. »
Ce serait en effet plus simple de prendre le verset dans son sens premier, et bien des personnes religieuses ont tendance à le faire. Mais ce verset nous amène dans une autre dimension : celle de la Teshouva Teshouva
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Décision halakhique d’un rabbin, certaines ont été écrites et compilées et servent de jurisprudence.
des profondeurs.

En effet l’expression hébraïque בָם est ambiguë, tout comme le « y » en français, car elle signifie littéralement : « en elles ». Ce qui change totalement le sens du verset qui devient alors : « même en marchant dans les voies de l’Eternel, les rebelles échoueront. »

L’appel du prophète Hoshéa à la Teshouva Teshouva
Teshouvot
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Décision halakhique d’un rabbin, certaines ont été écrites et compilées et servent de jurisprudence.
devient alors une mise en garde à ceux qui risquent de tomber dans l’autosatisfaction. En d’autres termes, celui qui n’a pas d’intentions pures échouera même lorsqu’il pratiquera toutes les Mitsvot, et qu’il marchera dans les voies de l’éternel !

La Teshouva Teshouva
Teshouvot
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ne consiste donc pas seulement à revenir à ses racines juives ; ni à être capable d’exercer sur soi un redressement moral exemplaire. Elle consiste également à être capable de ne pas se laisser prendre au piège de l’autosatisfaction d’avoir franchi les deux premières étapes et de continuer à plonger au plus profond de soi-même afin d’épurer totalement ses intentions et de se mettre à agir dans un total désintéressement de soi.

Il y a en effet un piège dans la Teshouva Teshouva
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Décision halakhique d’un rabbin, certaines ont été écrites et compilées et servent de jurisprudence.
, le retour au judaïsme : s’autosatisfaire de sa propre culture qui est, en effet, très satisfaisante. Se mettre alors à regarder les autres, ceux qui n’en sont pas ou pas encore, de haut.

Il y a également un piège dans la Teshouva Teshouva
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Décision halakhique d’un rabbin, certaines ont été écrites et compilées et servent de jurisprudence.
en tant que redressement moral. Justement parce que la pénitence véritable, au sens de Maimonide Maimonide
Rambam
Maïmonide
Moshe ben Maimon, Rabbin, médecin, philosophe et halakhiste. 1138 Cordoue - 1204 Fostat. L’une des plus grandes figures de la pensée juive incarnant un rationalisme aristotélicien. Son apport essentiel consiste en une conciliation de la science et de la religion qu’il expose dans son "Guide des perplexes" et une systématisation de la Halakha qu’il expose dans son code "Mishné Tora". Très contesté de son vivant, son œuvre fut même vouée à l’anathème par certains rabbins. Précurseur de la modernité juive. Une référence incontournable.
, est une chose extrêmement difficile et exige un immense travail sur soi-même, la tentation de se prendre pour un Tsadik est grande. La possibilité de se mettre à pratiquer les Mitsvot et les bonnes actions en se complaisant dans une autosatisfaction égocentrique demeure toujours, même chez le juif exemplaire, surtout peut-être chez le juif exemplaire.

C’est alors qu’il faut atteindre le troisième niveau de la Teshouva Teshouva
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Décision halakhique d’un rabbin, certaines ont été écrites et compilées et servent de jurisprudence.
, plonger en soi-même afin d’arracher totalement son propre Ego et de prendre conscience que tout ce que nous faisons n’est jamais en notre propre nom, ni pour nous-mêmes ; mais bien par altruisme total, pour l’autre absolu : Dieu.

C’est là sans doute le sens plus profond du premier verset de notre Haftara Haftara
Haftarah
Depuis la période talmudique, la lecture de la Tora, chaque shabbat matin est suivie de la lecture de la "Haftarah ". C’est généralement, la personne qui est appelée en 8ème montée (Alya) à la Tora qui lit la Haftara, cette montée est appelée "Maftir". Le texte de cette lecture supplémentaire et hebdomadaire est issu des livres des Prophètes. Elle ne se lit pas dans un rouleau mais dans un livre comportant voyelles et signes de cantilations. Il existe en général un rapport contextuel entre la Parasha et la Haftara.
 :

יד,ב שׁוּבָה, יִשְׂרָאֵל, עַד, יְהוָה אֱלֹהֶיךָ : כִּי כָשַׁלְתָּ, בַּעֲו‍ֹנֶךָ.

« Israël, reviens à l’Éternel, ton Dieu, Car tu es tombé par ton iniquité. »

C’est là également que la Teshouva Teshouva
Teshouvot
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Décision halakhique d’un rabbin, certaines ont été écrites et compilées et servent de jurisprudence.
est une exigence de toujours et non pas seulement des 10 jours qui vont de Rosh Roch
Rosh
Roch - Rabbi Acher ben Yehiel (Achkenaze et Espagne, 1250 - 1327) : il fut un important décisionnaire dont la particularité fut d’intégrer les traditions sefarades et achkenazes. Il est l’auteur de Piskei ha-Roch, de commentaires sur le Talmud* et de nombreux responsa. Rosh veut dire tête en hébreu.
Hashana à Kippour.

Yeshaya Dalsace (d’après un enseignement du professeur Leibowitz.
http://www.massorti.com/Yeshayahou-...)

La Teshouva Teshouva
Teshouvot
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Décision halakhique d’un rabbin, certaines ont été écrites et compilées et servent de jurisprudence.
d’après Maimonide Maimonide
Rambam
Maïmonide
Moshe ben Maimon, Rabbin, médecin, philosophe et halakhiste. 1138 Cordoue - 1204 Fostat. L’une des plus grandes figures de la pensée juive incarnant un rationalisme aristotélicien. Son apport essentiel consiste en une conciliation de la science et de la religion qu’il expose dans son "Guide des perplexes" et une systématisation de la Halakha qu’il expose dans son code "Mishné Tora". Très contesté de son vivant, son œuvre fut même vouée à l’anathème par certains rabbins. Précurseur de la modernité juive. Une référence incontournable.
se décompose ainsi :

1) La confession : Admettre que nous avons fait quelque chose de mal.

2) La résolution : celle de ne plus jamais commettre cette erreur.

3) Le regret : avec conviction et sincérité des erreurs passées.

4) L’engagement pour l’avenir : le repentir ne sera complet que, lorsque face aux mêmes circonstances déjà rencontrées, on se montrera capable de s’abstenir de tomber dans le même travers.

(Rambam Maimonide
Rambam
Maïmonide
Moshe ben Maimon, Rabbin, médecin, philosophe et halakhiste. 1138 Cordoue - 1204 Fostat. L’une des plus grandes figures de la pensée juive incarnant un rationalisme aristotélicien. Son apport essentiel consiste en une conciliation de la science et de la religion qu’il expose dans son "Guide des perplexes" et une systématisation de la Halakha qu’il expose dans son code "Mishné Tora". Très contesté de son vivant, son œuvre fut même vouée à l’anathème par certains rabbins. Précurseur de la modernité juive. Une référence incontournable.
Hilkot Téchouva 2:2)

Interview dans Plurielles

Entretien sur la Teshouva Teshouva
Teshouvot
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Décision halakhique d’un rabbin, certaines ont été écrites et compilées et servent de jurisprudence.
avec Yeshaya Dalsace, rabbin rabbin
rabbins
Erudit, on obtient le titre de Rabbin de trois autres rabbins. Dans le Mouvement Massorti il existe 4 séminaires rabbiniques de part le monde. Les rabbins Massorti ont un Master en études juives.
de la communauté massorti Massorti "Traditionaliste". La même racine est employée pour Massora ou Massoret : la tradition. Cela désigne également la transmission.

C’est ainsi que le mouvement juif "Conservateur" est désigné, en opposition au mouvement "reform" ou "libéral", mais également au mouvement "orthodoxe". Le but du mouvement Massorti étant de transmettre une tradition et de promouvoir un judaïsme traditionaliste en acceptant l’idée de modernité. Il considère que la véritable tradition juive n’a jamais été la fixation sur le passé, pas plus que des réformes exagérées.
.

Plurielles – Ce numéro de Plurielles, revue juive laïque, est consacré à la question du « Retour », dans ses diverses dimensions, à commencer par le « retour à la religion » qui occupe une place significative dans notre actualité. C’est pourquoi il nous a paru utile d’entendre le point de vue d’un rabbin rabbin
rabbins
Erudit, on obtient le titre de Rabbin de trois autres rabbins. Dans le Mouvement Massorti il existe 4 séminaires rabbiniques de part le monde. Les rabbins Massorti ont un Master en études juives.
, a fortiori si ce rabbin rabbin
rabbins
Erudit, on obtient le titre de Rabbin de trois autres rabbins. Dans le Mouvement Massorti il existe 4 séminaires rabbiniques de part le monde. Les rabbins Massorti ont un Master en études juives.
n’est pas un adepte de la langue de bois. Le retour, en hébreu, se dit techouva. Ce mot signifie aussi réponse. Ambiguïté ou simple homonymie ?

Yeshaya Dalsace – Je pense qu’il y a ambiguïté de sens et que cette ambiguïté permet parfois d’employer le mot à tort et à travers. A l’origine, la techouva, telle que la conçoit notamment Maïmonide Maimonide
Rambam
Maïmonide
Moshe ben Maimon, Rabbin, médecin, philosophe et halakhiste. 1138 Cordoue - 1204 Fostat. L’une des plus grandes figures de la pensée juive incarnant un rationalisme aristotélicien. Son apport essentiel consiste en une conciliation de la science et de la religion qu’il expose dans son "Guide des perplexes" et une systématisation de la Halakha qu’il expose dans son code "Mishné Tora". Très contesté de son vivant, son œuvre fut même vouée à l’anathème par certains rabbins. Précurseur de la modernité juive. Une référence incontournable.
– qui a écrit les Hilkhot techouva, en s’appuyant évidemment sur des sources talmudiques – c’est une question de repentir. Ni réponse ni retour, mais repentir après une faute. La signification de retour est une signification contemporaine. C’est dans ce sens que Neher l’a employé, celui d’un retour aux sources – à propos de Schönberg ou de Rosenzweig, par exemple. Ce n’est pas le cas chez Maimonide Maimonide
Rambam
Maïmonide
Moshe ben Maimon, Rabbin, médecin, philosophe et halakhiste. 1138 Cordoue - 1204 Fostat. L’une des plus grandes figures de la pensée juive incarnant un rationalisme aristotélicien. Son apport essentiel consiste en une conciliation de la science et de la religion qu’il expose dans son "Guide des perplexes" et une systématisation de la Halakha qu’il expose dans son code "Mishné Tora". Très contesté de son vivant, son œuvre fut même vouée à l’anathème par certains rabbins. Précurseur de la modernité juive. Une référence incontournable.
qui définit surtout un processus psychologique et moral. Le baal techouva est celui qui, se retrouvant devant la situation où il avait fauté, parvient à ne plus fauter. Tant qu’on ne s’est pas retrouvé dans la même situation – hypothèse hautement théorique, certes – on ne peut pas être baal techouva.

Plurielles – Il s’agit ici d’une faute donnée, d’une circonstance déterminée…

Yeshaya Dalsace – Oui, Maïmonide Maimonide
Rambam
Maïmonide
Moshe ben Maimon, Rabbin, médecin, philosophe et halakhiste. 1138 Cordoue - 1204 Fostat. L’une des plus grandes figures de la pensée juive incarnant un rationalisme aristotélicien. Son apport essentiel consiste en une conciliation de la science et de la religion qu’il expose dans son "Guide des perplexes" et une systématisation de la Halakha qu’il expose dans son code "Mishné Tora". Très contesté de son vivant, son œuvre fut même vouée à l’anathème par certains rabbins. Précurseur de la modernité juive. Une référence incontournable.
donne l’exemple des tentations sexuelles et l’exemple des nourritures interdites. On se retrouve devant la même situation, la même tentation, mais on résiste. C’est une affaire de maîtrise de soi, de discipline. Il ne s’agit pas d’une obéissance servile à une loi absurde. Les mitsvot, ce n’est pas autre chose que ce projet de maîtrise. Je pense même que ça n’a rien à voir avec la croyance religieuse. Sur ce point, je ne comprends pas les laïcs, qui veulent à tout prix rattacher le système des mitsvot à la croyance. S’il y a de la croyance, c’est accessoire. On peut être un parfait athée et observer les commandements, chercher à se maîtriser, à se purifier... Quelqu’un qui pratique un art, une discipline quelconque, fait-il autre chose ? Un retour à la règle, la capacité de se reprendre. C’est en cela un acte religieux majeur.

Plurielles – Si je parle ici de repentir (traduction parfois critiquée, mais après tout, étymologiquement, le mot repentir signifie littéralement retour), je ne vous choque donc pas ?

Yeshaya Dalsace – Non, pourquoi ? On a critiqué ces termes parce qu’on y a vu une expression de bondieuserie ; mais, d’une part, cette dimension-là existe aussi dans le judaïsme, et, d’autre part, il y a bien plus que cela : justement cette capacité de faire un travail sur soi.

Plurielles – On a le sentiment que ce repentir est une exigence permanente, mais qu’il y a aussi, si l’on peut dire, des « jours pour ça », un calendrier (Kippour, les « Dix Jours » de pénitence). Comment ces deux dimensions se concilient-elles ?

Yeshaya Dalsace – D’abord, oui, exigence quotidienne : on doit faire techouva tout le temps. Le judaïsme est un système très exigeant, si exigeant qu’il est impraticable, qu’on est forcément en échec à un moment ou à un autre. D’où un côté culpabilisateur d’ailleurs, qui peut devenir pathologique, étouffant. Mais il y a une soupape : comme de toute façon on sera en échec, ce n’est peut-être pas si grave ; et d’autre part, si on arrive à corriger, à apurer sa pratique, on tend vers la perfection. C’est l’idéal juif du tsadik (le « juste »). C’est forcément un travail de tous les instants : l’examen de conscience (hechbon nefesh) quotidien. Maïmonide Maimonide
Rambam
Maïmonide
Moshe ben Maimon, Rabbin, médecin, philosophe et halakhiste. 1138 Cordoue - 1204 Fostat. L’une des plus grandes figures de la pensée juive incarnant un rationalisme aristotélicien. Son apport essentiel consiste en une conciliation de la science et de la religion qu’il expose dans son "Guide des perplexes" et une systématisation de la Halakha qu’il expose dans son code "Mishné Tora". Très contesté de son vivant, son œuvre fut même vouée à l’anathème par certains rabbins. Précurseur de la modernité juive. Une référence incontournable.
va jusqu’à donner des méthodes, des recettes, pour corriger son caractère.

Maintenant, en ce qui concerne le « calendrier » : le judaïsme donne en quelque sorte un instrument à l’individu qui n’est pas forcément capable de faire ce travail tous les jours ; et surtout, il introduit la dimension collective qui me semble la plus intéressante. L’individu est porté par ce calendrier collectif, par le moment partagé par tous. Le judaïsme ne veut laisser personne derrière. La « sortie d’Égypte », c’est avec tout le monde : pas de laissé pour compte. Quand Dieu propose à Moïse de refaire un autre peuple avec une élite, Moïse refuse : c’est fondateur. La dimension collective est capitale. La fête de Kippour est liée à l’existence du peuple, du groupe. Il y a aussi une dimension collective dans la techouva : il faut que le groupe aussi se perfectionne, s’amende.

Plurielles – Dans ce projet de techouva, s’agit-il de s’amender sur le plan des actes ou sur celui des intentions ? Le judaïsme demande-t-il autre chose que l’observance de règles et de commandements ?

Yeshaya Dalsace – En fait, on demande les deux. C’est tout un débat dans le judaïsme : les mitsvot ont-elles besoin de l’intention ? On considère majoritairement que oui. Si l’on prend l’exemple de celui qui donne au nécessiteux, il y a l’impératif pratique, certes : il nous est demandé de donner, c’est le minimum. Mais nous ne sommes pas quittes pour autant. Maïmonide Maimonide
Rambam
Maïmonide
Moshe ben Maimon, Rabbin, médecin, philosophe et halakhiste. 1138 Cordoue - 1204 Fostat. L’une des plus grandes figures de la pensée juive incarnant un rationalisme aristotélicien. Son apport essentiel consiste en une conciliation de la science et de la religion qu’il expose dans son "Guide des perplexes" et une systématisation de la Halakha qu’il expose dans son code "Mishné Tora". Très contesté de son vivant, son œuvre fut même vouée à l’anathème par certains rabbins. Précurseur de la modernité juive. Une référence incontournable.
, dans les Hilkhot tsedaka, introduit des graduations. Je dois donner, mais si je donne avec une bonne intention, avec un mot gentil gentil
gentils
Non juif. Le judaïsme a établi toute une série de restrictions aux contacts entre juifs et païens, par le passé. Ce terme n’a rien de péjoratif.
, c’est préférable. Le judaïsme croit en la capacité de l’être humain à atteindre un niveau moral élevé.

Plurielles – Donc la techouva doit aussi porter sur la conscience, le caractère, les dispositions d’esprit…

Yeshaya Dalsace – Oui. Même sur son énergie au travail par exemple : se lever plus tôt, être plus dynamique etc. Le judaïsme se préoccupe aussi de cet aspect. Certes, à force de proposer un modèle si exigeant, le risque existe d’écraser ou de décourager. Le hassidisme Hassidisme Mouvement populaire de mystique juive né au 18e siècle en Ukraine. Sa branche la plus connue aujourd’hui est le mouvement Loubavitch, mais il en existe beaucoup d’autres. a cherché à conjurer ce risque, à réintroduire la joie, pour éviter de tomber dans une culpabilité mortifère.

Plurielles – Est-ce que la techouva concerne tout le monde ? On songe bien sûr au Livre de Jonas, lu au jour de Kippour, et qui raconte le repentir d’une ville païenne, Ninive. Est-ce que le judaïsme traditionnel garde à l’esprit que l’exigence morale des Nations peut excéder l’observance des « lois noachides » ?

Yeshaya Dalsace – Le judaïsme se considère certes comme une espèce de modèle, mais il n’enlève rien aux autres. Il n’a jamais dit que les Nations devaient se contenter des lois Noachides, qui ne sont qu’un minimum, ce minimum qui fait l’humanité. Dans cette perspective, les Juifs sont aussi des « Bney Noah », des « fils de Noé Fils de Noé
Bnei Noah
Ben Noah
L’expression « fils de Noé » désigne dans la tradition juive l’humanité entière. Ces sept commandements auraient été donnés par Dieu à Noé et ses fils au sortir de l’arche. Ils constituent une sorte de minimum moral commun auxquels toute l’humanité devrait obéir. Quant aux juifs, ils sont soumis aux six-cent-treize commandements.

Voici les sept commandements des fils de Noé :

I- Établir un système de tribunaux

II- Interdiction de blasphémer le nom de Dieu

III- Interdiction d’idolâtrie

IV- Interdiction des unions interdites

V- Interdiction de l’assassinat

VI- Interdiction du vol

VII- Interdiction de manger des parties de l’animal encore vivant
 ». Ne pas les appliquer, ce serait être un barbare. Cela dit, qu’au sein de chaque civilisation, il se crée une discipline qui soit aussi pointilleuse,-chez les bouddhistes, les moines chrétiens par exemple-, que dans le judaïsme, cela ne fait aucun doute. Il ne s’agit en aucune manière de dénier aux autres leurs capacités morales. La techouva existe chez les non-Juifs.

Plurielles – Dans le Livre de Jonas, l’exemple est donné par des « païens », ce qui en soi est remarquable ; d’un autre côté, cette techouva se fait quand même devant l’Eternel, dans l’horizon du Dieu d’Israël. Quand vous parlez des autres formes de discipline morale ou d’éthique, on est déjà dans un autre horizon.

Yeshaya Dalsace – Il faut contextualiser cette question. Dans les textes de l’Antiquité, le problème du paganisme est l’immoralité, représentation peut-être caricaturale, du reste. Ninive d’ailleurs, dans la tradition juive, c’est moins le paganisme que la puissance, le pillage, le meurtre. Ce qui est clair, c’est que les habitants de Ninive ont entendu le message et reviennent dans le droit chemin. Autre thème fondamental dans l’histoire de Jonas : à partir du moment où Dieu ne punit pas, il prend le risque de se ridiculiser. Un Dieu qui ne punit pas, on n’est jamais sûr qu’il existe. Jonas ne veut pas être le messager d’une divinité dont on peut se moquer. Mais là, on s’éloigne peut-être du thème de la techouva. Encore que... On retrouve aussi là le thème cher à Y. Leibovitz : que faire techouva, c’est n’attendre rien en retour. À cet égard, admettons que le repentir des habitants de Ninive, qui se repentent parce qu’ils ont peur d’être détruits, n’est pas forcément le sommet de la techouva ; mais c’est mieux que rien !

Plurielles – Dernière question halakhique. Y a-t-il des fautes pour lesquels la techouva n’existerait pas ?

Yeshaya Dalsace – Oui, il y a de l’impardonnable. Le meurtre, notamment. Il y a un passage du traité Yoma qui montre que, pour les fautes envers son prochain, il n’y a pas de pardon automatique, qu’il faut faire une démarche vers l’autre. Mais pour le meurtre, puisque l’autre n’est plus là pour pardonner, que se passe-t-il ? L’assassin doit accepter que le crime soit irréparable. Certes, il peut faire techouva, décider de ne plus tuer, regretter amèrement, mais ce qu’il a fait demeure irréparable.

Plurielles – Mais la techouva, ce n’est pas la réparation du mal.

Yeshaya Dalsace – Non, mais elle implique aussi cette idée de réparation. On demande aussi à celui qui fait techouva d’assumer ce qu’il y a d’irréparable dans ses actes. Le fait d’avoir regretté ou de se corriger ne suffit pas à corriger le passé. On se souvient de cette question du pardon, telle que Heschel Heschel Joshua Heschel (1907-1972). Rabbin et théologien. Une des figures marquantes du mouvement Massorti. Auteur de dizaines d’ouvrages. Voir sa biographie sur ce site. la formulait à propos de la Shoah ; on ne peut pas pardonner au nom des autres, au nom des morts. Là, c’est l’exemple extrême, mais il y en a d’autres. Dans le judaïsme, humilier, vexer, faire honte à autrui, est assimilé à un meurtre. Et qui nous dit en effet que le fait d’avoir été humilié une fois ne va pas provoquer chez l’individu un ressentiment pour toute la vie. Le judaïsme cherche, et c’est ce qui est intéressant, à aller jusqu’au bout de la chaîne des conséquences.

Plurielles – Abordons l’aspect éthique. On a parlé du Baal techouva. Aujourd’hui ce mot a pris une dimension particulière, un peu différente : il désigne celui qui, issu d’une culture profane, revient au judaïsme, de manière globale : celui qui fait retour à la religion, parfois de manière très… ostentatoire. Comment voyez-vous cette nouvelle acception ?

Yeshaya Dalsace – Le phénomène a toujours existé depuis Moïse ! Moïse est l’archétype même de celui qui, né loin de sa religion, y revient. On peut rapporter cet aspect à la notion de Tinoq chenichba, l’enfant juif enlevé et élevé chez des païens, qui ne connaît rien : peut-on lui reprocher de ne pas faire ce qu’il ne connaît pas ? Évidemment, certains exemples sont plus célèbres que d’autres : les marranes, la famille de Spinoza – et peut-être même Spinoza lui-même…

Plurielles – On ne peut quand même pas présenter Spinoza comme un Baal techouva.

Yeshaya Dalsace – Ce n’est pas si clair. Après tout, son dernier ouvrage est une grammaire hébraïque…

Plurielles – Cela ne suffit peut-être pas à en faire un Baal techouva… même des protestants faisaient des grammaires hébraïques !

Yeshaya Dalsace – Soit, mais dans un esprit différent. Spinoza reste travaillé par le judaïsme. Au même titre que Herzl. Il n’est pas dit que Spinoza, dans d’autres circonstances, avec une autre communauté, n’aurait pas pu vivre en juif… Son judaïsme n’a pas disparu.

Plurielles – Certes, mais les restes de judaïsme, c’est encore autre chose que le retour au judaïsme.

Yeshaya Dalsace – D’accord, mais je prends un exemple limite, délibérément. Prenons le parcours d’Herzl : c’est aussi un parcours de techouva ; après tout il y a consacré sa vie, épuisé ses forces, rien ne l’y obligeait.

Plurielles – De Moïse à Herzl, voilà un prisme très large. Doit-on en déduire que vous refusez de réserver le terme de Baal techouva au seul Juif qui fait retour à la Tora stricto sensu ?

Yeshaya Dalsace – Absolument. Ce serait réduire la notion. Cette notion implique -et là nous sommes bien dans le retour- un retour à ce qui est perdu…

Plurielles – En mettant sur le même plan mémoire, culture, religion… ?

Yeshaya Dalsace – Oui. C’est une seule et même démarche identitaire, où l’on cherche à renouer avec ce dont on s’est éloigné. En ce sens, la notion est complexe.

Plurielles – Mais on peut imaginer qu’un rabbin rabbin
rabbins
Erudit, on obtient le titre de Rabbin de trois autres rabbins. Dans le Mouvement Massorti il existe 4 séminaires rabbiniques de part le monde. Les rabbins Massorti ont un Master en études juives.
privilégie la forme religieuse de la techouva.

Yeshaya Dalsace – Oui et non, cela dépend. Si c’est pour tomber dans une sorte de ritualisme caricatural, je ne vois pas de profondeur là-dedans ; alors qu’il y a des formes de techouva laïque qui valent largement par leur spiritualité des formes religieuses superficielles. Le judaïsme est plus complexe qu’une simple religion. Le « repentir » n’est pas l’exclusivité des religieux. Peut-être que le laïc ne fera pas techouva sur tel point alimentaire parce que cela ne voudra rien dire pour lui, mais il le fera sur un autre plan. Il n’y a pas lieu de hiérarchiser entre celui qui remet les tsitsit Tsitsit
Tsitsits
Frange rituelle comportant 4 fils de laine noués ensemble et placés au 4 coins du Talit. Symbole des Mitsvot et de la présence divine (fil bleu dont l’usage s’est perdu) dans le monde des hommes grâce à la Loi.
et celui qui, par exemple, se met à étudier le yiddish avec passion.

Plurielles – Parlons de celui qui revient à la religion proprement dite. Ce qui se passe parfois normalement engendre d’autres fois de vrais drames, des conflits, voire des dislocations familiales, des formes d’intolérance aiguë…

Yeshaya Dalsace – Il y a là une perversion. Le fondement du judaïsme, c’est le vivre ensemble : faire en sorte que la famille reste unie. Sans quoi il n’y a pas d’Israël , problématique qui intéressait beaucoup Léon Ashkénazi, d’ailleurs. Or, au nom du rite, certains sacrifient ce vivre ensemble. Il y a là une pathologie de la techouva, nourrie par la nostalgie d’un monde qui, de toute façon, n’était pas ce qu’on croit. Entre le judaïsme traditionnel et le retour au ghetto, il y a une différence énorme. Au-delà des questions techniques - du modus videndi à trouver avec les autres, des aménagements, etc.- je récuse cette sorte d’obsession de la pureté, ce « néo-qumranisme ». On se met dans une « grotte », qui nous donne l’illusion d’être protégés, hors du temps, on veut revenir à un âge d’or, avant les Lumières, la sécularisation, etc. Or, c’est une disposition d’esprit malsaine, inapte à fournir des réponses. Le judaïsme a traversé une période de sécularisation, pour toutes sortes de raisons, mais ce n’est pas en revenant à des formes prémodernes de judaïsme qu’on trouvera une réponse. Ce phénomène n’est peut-être d’ailleurs pas appelé à durer.

Plurielles – Des problèmes éthiques considérables se posent parfois. On a vu des Juifs du « retour » qui, après leur divorce, ne voulaient plus connaître leurs enfants nés d’une femme non juive…

Yeshaya Dalsace – C’est une pathologie, morale et psychologique. Et si l’on me dit qu’un tel homme suit l’avis d’un rabbin rabbin
rabbins
Erudit, on obtient le titre de Rabbin de trois autres rabbins. Dans le Mouvement Massorti il existe 4 séminaires rabbiniques de part le monde. Les rabbins Massorti ont un Master en études juives.
, je lui dirai qu’on a le rabbin rabbin
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Erudit, on obtient le titre de Rabbin de trois autres rabbins. Dans le Mouvement Massorti il existe 4 séminaires rabbiniques de part le monde. Les rabbins Massorti ont un Master en études juives.
qu’on mérite ! Comme dans les Pirkéi Avot : « fais-toi un rabbin rabbin
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Erudit, on obtient le titre de Rabbin de trois autres rabbins. Dans le Mouvement Massorti il existe 4 séminaires rabbiniques de part le monde. Les rabbins Massorti ont un Master en études juives.
 » – ce qui peut signifier « trouve-toi un maître » mais aussi « choisis ton rabbin rabbin
rabbins
Erudit, on obtient le titre de Rabbin de trois autres rabbins. Dans le Mouvement Massorti il existe 4 séminaires rabbiniques de part le monde. Les rabbins Massorti ont un Master en études juives.
 ». Sur cette question que vous soulevez, celle du statut de l’enfant, le modèle, pour moi, c’est Abraham, qui, quand Dieu lui annonce la naissance d’Isaac, demande « que deviendra Ismaël ? » et n’a de cesse qu’il n’ait reçu la promesse qu’Ismaël fondera lui aussi une grande nation… La tradition ajoutera même qu’Abraham restera en relation avec Ismaël. Dans le cas que vous soulevez, c’est une faillite de l’individu et du système. C’est une « profanation du Nom » (Hilloul achem). Celui qui n’est pas capable d’assumer son passé, ses enfants, prétend renouer avec la tradition, et en réalité la profane.

Il y a chez certains la volonté de trouver une réponse, une réponse toute faite. Or, la réponse, on la trouve en soi. Qu’on s’inspire d’un maître, d’une tradition, bien sûr ; mais le travail se fait à l’intérieur de chacun. La religion, la spiritualité, c’est une démarche intérieure qui demande une profondeur, pas cette caricature. Les laïques caricaturent souvent la religion mais la religion se caricature parfois elle-même. Que de fois on voit des ignorants habillés comme des rabbins rabbin
rabbins
Erudit, on obtient le titre de Rabbin de trois autres rabbins. Dans le Mouvement Massorti il existe 4 séminaires rabbiniques de part le monde. Les rabbins Massorti ont un Master en études juives.
 ! L’habit est très significatif. Ce besoin de se montrer, cette manie de se vêtir parfois en dehors même des traditions vestimentaires ancestrales… Des séfarades qui se croient obligés de s’habiller à la mode d’Europe de l’Est, cela fait sourire. Je ne juge pas les individus, mais le phénomène. Certaines personnes cherchent à se faire accepter dans des cercles, à montrer patte blanche : il y a quelque chose de triste, parfois.

Plurielles – On est frappé, souvent, par ce renoncement à l’esprit critique ou par une fixation sur des aspects purement extérieurs de la religion, comme celui des règles de pudeur.

Yeshaya Dalsace – Aspect révélateur, en effet. En Israël, il se passe actuellement dans certains milieux une mise au ban des femmes. Il n’y a quasiment pas de semaine sans incident. Une ligne de bus qui ne peut plus passer sans se faire lapider à Mea Chearim, d’autres lignes fréquentées par des orthodoxes Orthodoxie
orthodoxe
orthodoxes
« Conforme à la doctrine » Ce terme est ambiguë car le judaïsme ne connaît pas véritablement de doctrine. L’orthodoxie juive apparaît au 19ème siècle en opposition au climat de changement. L’orthodoxie actuelle est très divisée, entre des modernes cherchant à lier savoir universitaire et pratique conservatrice et des tendances intégristes (haredim) refusant plus ou moins radicalement la modernité. Il faut donc se méfier dans l’emploi de ce terme et ne pas coller trop vite des étiquettes.
où hommes et femmes sont séparés, le chant des femmes qui fait problème. Pourquoi cette focalisation ? Certes le judaïsme s’est intéressé à la pudeur (« tsniout »), ces règles doivent être étudiées avec intelligence pour savoir comment et jusqu’où les appliquer. Le contexte sociologique où se sont développés ces textes est un contexte de séparation des sexes assez stricte. Mais en même temps, le Talmud Talmud "Enseignement", ensemble littéraire comprenant la Michna de l’époque tannaïtique (3e siècle) et la Guemara (4-5e siècle), discussions des amoraïm à propos de la Michna. Le Talmud babylonien est à la base de tout le développement ultérieur de la loi juive. Le Talmud de Jérusalem fut terminé en Israël quelques génération plus tôt que le Talmud Babylonien.

Le Talmud représente l’ouvrage de base du judaïsme rabbinique.
montre l’existence de rapports, de fréquentation entre les sexes, dont l’audace parfois nous étonne. La fixation qui s’observe aujourd’hui sur certains faux problèmes est révélatrice d’un vide. Elle devient une raison d’exister. C’est à mon sens le marqueur d’un échec profond de ces milieux-là. Ce phénomène de radicalisation est un aveu d’échec.

Plurielles – Ce qui m’amène à la dernière question. Quand on vous parle de « retour du religieux », comment l’envisagez-vous ? avec confiance ? avec défiance ? Y voyez-vous une promesse ou une menace ?

Yeshaya Dalsace – Il ne faut pas caricaturer. Le phénomène de la sécularisation a eu des conséquences négatives pour le judaïsme et sa survie, c’est certain. Le phénomène du retour est en ce sens positif. Il y a aujourd’hui beaucoup plus de lieux où l’on étudie, de lieux et de livres juifs, de gens connaissant les textes, l’hébreu. Pour autant, il y a un revers de la médaille, des aspects caricaturaux, on l’a dit. Mais sur le long terme, il y aura un retour de balancier. Au niveau de la culture juive, ces cent cinquante dernières années ont été des montagnes russes : que de révolutions, de bouleversement : assimilation, sionisme, Shoah ! On traverse là une zone de turbulence, mais ce qui est intéressant est de savoir si l’avion va continuer à voler et comment. Moi, je reste optimiste sur les ressources du judaïsme et sur sa force de renouvellement. Je suis sûr qu’il n’a pas dit son dernier mot et que ce dernier mot ne sera pas celui du sectarisme. Je suis sûr que de ces phénomènes vont sortir des choses intéressantes, mais cela pas forcément à court terme : cela peut prendre quelques générations…

Propos recueillis par Philippe Zard

Entretien paru dans la revue Plurielles (n°17, 2012 : « Figures du retour. Retrouver, réparer, renouer ? », p. 33-38).

Nous vous invitons à consulter en ligne Plurielles, excellente publication contenant de bons dossiers sur des sujets très divers.
http://www.ajhl.org/revue_plurielles.html

La revue PLURIELLES publiée sous les auspices de l’Association pour un Judaisme Humaniste et Laique (AJHL), parait une fois l’an. Elle est consacrée à des questions de culture et de société touchant l’identité juive. Chaque Numéro comporte un dossier sur un sujet, et des textes aussi bien littéraires qu’historiques ou philosophiques.
PLURIELLES souhaite ainsi contribuer à donner un visage contemporain et ouvert au questions que les Juifs peuvent se poser sur eux-mêmes et sur le monde dans lequel ils vivent.

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