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Quel est le rapport des Juifs à la vie en société ?

Quel est le rapport des Juifs à la vie en société ?

Une histoire d’intégration

La question de l’intégration des Juifs à la vie en société posée en Europe de nos jours peut paraître anachronique : ne voit-on pas partout des Juifs profondément engagés dans la vie de leurs pays respectifs ? Ce serait pourtant être trop optimiste que d’ignorer les relents d’un passé pas si lointain qui continue de véhiculer des stéréotypes.

En sens inverse, on voit apparaître en France plus qu’ailleurs des tentations de repli communautaire.

Antisémitisme encore présent

Rares sont les Juifs, y compris parmi les mieux intégrés, qui à un moment ou un autre de leur existence, à l’école, dans leur profession, par une remarque saisie dans la rue, n’ont jamais été confrontés a certains préjugés antisémites de la société majoritaire. Cela est généralement insignifiant au regard du déchaînement passionnel qui prévalut en France de l’Affaire Dreyfus à la seconde guerre mondiale, sans qu’aucune loi vienne, à l’époque, la sanctionner. Néanmoins chaque Juif risque d’entendre ou de s’entendre rapporter par un ami des propos de telle personne de sa connaissance sur l’argent juif, l’avarice juive, quand ce n’est pas le complot juif mondial réalimenté par l’antiaméricanisme ambiant qui attribue aux Juifs américains une puissance démesurée dont ils seraient les premiers surpris .

Il y a donc dans l’esprit de chaque Juif une sorte de tension permanente, comme un voyant rouge prêt à s’allumer, attendant l’alerte.

Certes, de nos jours, les profanations de cimetières juifs, les éructations de l’extrême-droite, la négation de la shoa sont officiellement et publiquement condamnées, mais à peine un danger s’efface-t-il qu’un autre surgit : celui d’un islam agressif qui a pris les Juifs pour cibles et se manifeste jusque dans les écoles publiques comme le montre un livre qui a fait date, Les territoires perdus de la République (Fayard 2002).

La question scolaire

Nous touchons là à l’une des causes de repli communautaire. L’école publique, du moins dans certains quartiers de Paris et de sa banlieue, n’est plus un lieu d’épanouissement et de fraternisation mais risque d’être un lieu d’agression contre les jeunes Juifs partout minoritaires. Les autorités ont mis du temps à reconnaître ce fait. La réaction des parents juifs a été d’inscrire les enfants dans des écoles juives pour les protéger ou bien, quand ils en avaient les moyens, d’émigrer de quartiers populaires vers des quartiers bourgeois. Là les adolescents transplantés dans un milieu social qui n’est pas le leur, et dont ils ne possèdent pas les codes, ont tendance à se constituer en groupes et à rester entre eux, suscitant l’hostilité de leurs camarades.

Quant aux écoles juives, des établissements nouveaux se sont créés, des établissements plus anciens se sont développés sans toujours posséder l’infrastructure nécessaire et les moyens pédagogiques requis. Ainsi, à côté d’écoles juives réputées, s’est développé un enseignement de niveau plus faible donné par des enseignants recrutés plus pour leur pratique religieuse que pour leurs qualités intellectuelles.

C’est pour y remédier qu’il s’est créé une Ecole Juive Moderne qui en est à ses débuts.

En parallèle, depuis une vingtaine d’années, certains groupes ultra orthodoxes Orthodoxie
orthodoxe
orthodoxes
« Conforme à la doctrine » Ce terme est ambiguë car le judaïsme ne connaît pas véritablement de doctrine. L’orthodoxie juive apparaît au 19ème siècle en opposition au climat de changement. L’orthodoxie actuelle est très divisée, entre des modernes cherchant à lier savoir universitaire et pratique conservatrice et des tendances intégristes (haredim) refusant plus ou moins radicalement la modernité. Il faut donc se méfier dans l’emploi de ce terme et ne pas coller trop vite des étiquettes.
ont amené à eux de nouvelles recrues par la prédication ou l’action sociale. Il est des familles où des parents d’aspect moderne et d’esprit laïc voient leur enfants adopter des comportements et des vêtements anachroniques et sans rapport avec leur propre tradition d’origine. Cela crée parfois des tensions intrafamiliales mais aussi intracommunautaires lorsque l’observance des uns est jugée tiède par les autres.

Difficultés du calendrier

L’observance extrêmement rigoureuse est par ailleurs souvent difficile à concilier avec l’intégration dans la société ambiante.

Des Juifs moyennement pratiquants n’iront pas travailler le jour de Kippour mais n’oseront pas demander un congé pour telle ou telle autre fête ou à sortir plus tôt le vendredi après-midi en hiver pour ne pas enfreindre le sabbat.

Pour les étudiants, le problème des examens placés le shabbat ou à la date de fêtes juives était souvent réglé à l’amiable dans le passé, mais la présence d’autres communautés qui seraient en droit de demander chacune des exemptions rend désormais les compromis plus difficiles.

Les Juifs pratiquants doivent souvent se mettre à leur propre compte sur le plan professionnel et, pour les étudiants, renoncer à une session d’examens.

Ils restent toutefois minoritaires au sein de la communauté juive .

La laïcité est ainsi considérée comme une valeur importante que l’immense majorité des Juifs ne souhaite surtout pas remettre en cause.

Représentants officiels

Les notables qui représentent les quelque 500 000 Juifs de France auprès des autorités (par exemple le CRIF), sont généralement des Juifs fidèles mais pas d’une observance farouche. En cela ils correspondent bien à la majorité de la population qui les élit. Le nombre d’électeurs reste cependant infime par rapport à l’ensemble de ceux qui se disent Juifs. En période de crise, on voit donc des individus prendre la plume pour affirmer dans les colonnes des journaux qu’ils ne se sentent pas représentés par les “officiels”.

Les représentants officiels de la communauté n’en sont pas moins traités par les autorités avec respect, parfois même avec chaleur, ce qui donne aux Juifs l’impression de vivre une période exceptionnellement favorable. Le discours antisémite ne peut plus se donner libre cours dans la presse, le négationnisme est réprimé par la loi.

La révolution la plus spectaculaire s’est produite du côté de l’Eglise qui, non seulement veille à ne pas attiser l’antisémitisme, mais jette désormais sur le judaïsme un regard positif et cherche à y retrouver ses racines.Les accords de Seelisberg , Vatican II, les déclarations des évêques de France , la reconnaissance d’Israël par le Saint Siège ont modifié en profondeur les rapports entre juifs et chrétiens. Les initiatives de dialogue interreligieux commencent à porter leurs fruits. Il incombe aux Juifs qui ont longtemps attendu ce moment de ne pas les décevoir et de remplir dignement la mission de “frères aînés” que le souverain pontife leur a reconnue.

Quatrième question d’une série de cinq posées à Mireille Hadas-Lebel par le Centre culturel de l’Ambassade de France auprès du Saint-siège.

Messages

Quel est le rapport des Juifs à la vie en société ?

Très intéressant , mais je voudrais insister sur le fait que l’Ecole Juive Moderne ,si elle a bien été créée pour le motif que vous évoquez,l’a aussi été pour permettre à tous les parents qui le souhaitent,juifs,moitié juifs peu importe ,de les y inscrire.Ce n’est pas le cas des écoles orthodoxes Orthodoxie
orthodoxe
orthodoxes
« Conforme à la doctrine » Ce terme est ambiguë car le judaïsme ne connaît pas véritablement de doctrine. L’orthodoxie juive apparaît au 19ème siècle en opposition au climat de changement. L’orthodoxie actuelle est très divisée, entre des modernes cherchant à lier savoir universitaire et pratique conservatrice et des tendances intégristes (haredim) refusant plus ou moins radicalement la modernité. Il faut donc se méfier dans l’emploi de ce terme et ne pas coller trop vite des étiquettes.
,y compris maintenant même celles de l’Alliance Israelite Universelle(voir Nice et Aix).Et pourtant ces écoles sont la plupart du temps sous contrat avec l’Etat.

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