Accueil > Culture et liens > Livres > Pensée juive > Penser la tradition juive

L’idolâtrie ou la question de la part

L’idolâtrie ou la question de la part

Les éditions du PUF viennent de publier un essai « L’idolâtrie ou la question de la part » de Frank Alvarez-Pereyre et Aaron Eliacheff, qui soulève un voile sur une forme de pensée qui mérite d’être analysée et dénoncée pour ce qu’elle est : un fondamentalisme juif larvé sous couvert de discours savant et philosophique.

Voici un petit essai de pensée juive dont je vous conseille la lecture.
Le sujet qu’il traite est central : qu’est-ce que l’idolâtrie et en quoi l’interdit de l’idolâtrie nous concerne encore aujourd’hui ? Les réponses qu’il donne s’appuient sur une étude croisée de divers textes traditionnels (Bible, Talmud Talmud "Enseignement", ensemble littéraire comprenant la Michna de l’époque tannaïtique (3e siècle) et la Guemara (4-5e siècle), discussions des amoraïm à propos de la Michna. Le Talmud babylonien est à la base de tout le développement ultérieur de la loi juive. Le Talmud de Jérusalem fut terminé en Israël quelques génération plus tôt que le Talmud Babylonien.

Le Talmud représente l’ouvrage de base du judaïsme rabbinique.
, Midrash Midrash
Midrach
Traditions rabbiniques qui viennent commenter le texte biblique. Le Midrash utilise des principes mettant en lumière "l’inconscient" du texte. Le vrai sens n’est pas celui qui se laisse lire au premier regard, il est celui qu’il faut chercher à l’intérieur des mots.
, Maïmonide Maimonide
Rambam
Maïmonide
Moshe ben Maimon, Rabbin, médecin, philosophe et halakhiste. 1138 Cordoue - 1204 Fostat. L’une des plus grandes figures de la pensée juive incarnant un rationalisme aristotélicien. Son apport essentiel consiste en une conciliation de la science et de la religion qu’il expose dans son "Guide des perplexes" et une systématisation de la Halakha qu’il expose dans son code "Mishné Tora". Très contesté de son vivant, son œuvre fut même vouée à l’anathème par certains rabbins. Précurseur de la modernité juive. Une référence incontournable.
, Gaon Gaon
Gueonim
Geonim
"Génie". Maîtres du judaïsme du 9ème au 11ème siècle en Babylonie et Israël. Leur œuvre est très importante dans la mise en place d’une norme halakhique.

Ne pas confondre avec le Gaon de Vilna immense personnalité rabbinique qui vécut au 18ème siècle.
de Vilna… et autres écrits rabbiniques), ce qui permet au lecteur non averti de les découvrir et aux plus érudits d’en approfondir la portée.

Le discours est intelligent, dans un style un peu difficile parfois, sous-entendant plus qu’il ne dit, ouvrant ainsi de nombreuses perspectives de réflexion.

Il a surtout le grand mérite, d’actualiser le propos en délaissant totalement la question du service des idoles, que ce soit des statues antiques ou des rock stars modernes, pour poser la question de fond : quel est le moteur de l’idolâtrie et comment ce moteur fonctionne-t-il encore aujourd’hui en chacun de nous ? Il montre combien la question reste d’actualité et nous concerne tous. Voilà donc une démarche intellectuellement salutaire.

Les motivations idéologiques des auteurs et les conclusions vers lesquelles ils cherchent à orienter leur réflexion sont cependant partiales et méritent une analyse.

Enfin l’aspect idéologique du livre présente également un intérêt paradoxal : s’il limite la portée du propos général, il dit cependant beaucoup et de façon exemplaire, sur les pièges et les dérives de tout un pan du judaïsme contemporain engoncé dans ses propres présupposés et sa politique de survie de ce qu’il pense être la seule voie juive possible. Il offre un bel exemple des limites d’une démarche intellectuelle a priori de bon niveau, lorsqu’elle est mise au service des canons idéologiques d’une dogmatique prédéterminée. Le retour au dogmatisme est devenu un phénomène courant dans la partie la plus visible et la plus militante du judaïsme français actuel, il a acquis suffisamment de force pour en devenir même une voix officielle et mérite donc d’être entendu et analysé. L’essai de Frank Alvarez-Pereyre et Aaron Eliacheff en offre une occasion édifiante.

Lire la suite en ouvrant le PDF

Tentation de la certitude

Messages

L’idolâtrie ou la question de la part

Bonjour,
je viens de terminer cet ouvrage et je trouve votre "réponse" très interessante parce que je pensais que ce petit livre exprimait le point de vue du judaisme dans son ensemble.

Je m’exprime en tant que "goy Goy
Goyim
"Peuple". Ce terme est employé couramment dans la Bible pour désigner le peuple juif. Ce n’est que très tardivement qu’il fut employé dans le langage courant pour désigné un non juif. Cela n’a rien de péjoratif, mais peut le devenir dans la bouche de certaines personnes incultes.
", et le livre me laisse perplexe dans ses conclusions implicites. il y est dit que D.ieu ne peut être reconnu que parce qu’il contraint, non parce qu’Il est notre Créateur par exemple...(page 21 : "Dieu n’est acceptable qu’en tant qu’il est imposé")
Tout se joue sur le refus de la morale (issue de la connaissance du bien et du mal), soit.
Mais si on suit la logique jusqu’au bout, le commandement "Tu ne tuera point" par exemple, est le fait d’une contrainte de D.ieu, pas du respect que l’on aurait d’autrui, de la vie etc...
Honorer ses parents est un commandement, et ne dois donc pas être le résultat d’un amour filial, une manière de les remercier pour l’éducation, la chaleur familiale, les soins, l’attention prodiguée.
Donc ne pas tuer, aimer ses parents, ne peut pas être un acte "naturel", d’une conscience qui reconnait l’autre, mais une contrainte, sinon c’est de l’idolatrie : respecter la vie d’autrui si ce n’est parce que D.ieu y oblige, c’est idolatrer l’autre.

Or, on ne choisi pas de naitre juif (ou pas). Mais, par contre, reconnaitre D.ieu ne s’impose pas au juif.
Le païen, lui a la morale (cf Saint Paul-Romains 2, 14-16), le juif la Loi.
Concretement, pour un juif, le paien est moral car il qui continue de manger de l’arbre de la connaissance du bien et du mal.

Ma question est dès lors : si je suis juif (donc sans avoir choisi ma naissance) mais que je ne veux pas "pratiquer" le judaisme, donc suivre la Loi, je n’ai pas la morale "innée" du païen, alors qu’est ce que j’ai comme conscience "morale ?"

En fait, cette question je me la pose du fait de ce livre : Je ne comprends pas bien pourquoi, mais le Veau d’or est associé à des "pratiques sexuelles illicites".

Je crois comprendre qu’il s’agit d’inceste (certaines pages du livre ne seraient pas pour déplaire à Hervé Ryssen...)

Ce qui fonde la morale, (depuis Freud), c’est justement le tabou de l’inceste, complexe d’Oedipe etc.
c’est par ce premier interdit induit dans la conscience (ou l’inconscient) du petit enfant que se détermine ce qui est bien ou mal pour lui.

Si ce tabou n’est pas inculqué chez l’enfant juif, alors il faut en effet des Commandements, parce qu’aucune règle morale n’est "intégrée" dans la psyché.

J’irai presque jusqu’à dire que si on veut que D.ieu soit contrainte, il ne faut pas qu’au départ, l’être humain ait sa propre conviction morale, car D.ieu devient, du point de vue des Commandements inutile. Il ne "sert" que pour assouvir nos prières (guérison...), idolatrie donc.

Mais n’est-ce pas là la logique de toute orthodoxie Orthodoxie
orthodoxe
orthodoxes
« Conforme à la doctrine » Ce terme est ambiguë car le judaïsme ne connaît pas véritablement de doctrine. L’orthodoxie juive apparaît au 19ème siècle en opposition au climat de changement. L’orthodoxie actuelle est très divisée, entre des modernes cherchant à lier savoir universitaire et pratique conservatrice et des tendances intégristes (haredim) refusant plus ou moins radicalement la modernité. Il faut donc se méfier dans l’emploi de ce terme et ne pas coller trop vite des étiquettes.
 : pousser au mal pour mieux se justifier d’avoir à le combattre ?

Peut-être ceci ne sera pas publié sur votre site. je comprendrai.
Voilà simplement ce que m’inspirent ces pages.
Il peut s’agir de graves contresens, d’erreurs manifestes. Si c’est le cas, veuillez m’en excuser, mais mon questionnement est sincère et ne se veut pas polémique.

Un message, un commentaire ?

Forum sur abonnement

Pour participer à ce forum, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d’indiquer ci-dessous l’identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n’êtes pas enregistré, vous devez vous inscrire.

Connexions’inscriremot de passe oublié ?