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Au nom de l’amour

Au nom de l’amour

Alain Michel -

Etre le deuxième n’est pas toujours une position aisée. Le premier est motivé par la nouveauté, par ce sentiment transcendant de créer quelque chose et d’ouvrir la voie.

Le troisième a le sentiment de la continuité, d’assumer un héritage que l’on doit poursuivre, renforcer et diversifier. Mais le deuxième se trouve placé juste au point d’hésitation. Le début du projet s’est effectué sans lui, et en même temps il n’est pas assuré de sa réussite. La force d’âme qu’il faut pour réussir à accomplir ce que l’on doit faire est, dans ce cas, particulièrement exigeante.

Dans l’histoire des Patriarches, Itshak (Isaac) représente ce maillon particulier, celui par lequel tout peut encore réussir … ou échouer.

Responsabilité pesante qu’il porte sur ses épaules, renforcée par le fait qu’il sait toute l’attente qu’il représente. Il est l’enfant du miracle, celui que ses parents ont espéré tant d’années afin de concrétiser la promesse que Dieu avait faite à Abraham. Ce rôle si particulier explique pourquoi, dans la tradition, Itshak est symbolisé par "midat hadin", la mesure de rigueur. Paradoxe pour celui dont le nom signifie "Il rira" ! Mais est-ce vraiment seulement cette rigueur, cette soif de justice absolue, qui a permis à Itshak de réussir le passage : être celui qui assume l’héritage (comme on le voit lorsqu’il rouvre les puits creusés par son père) et être celui qui prépare l’avenir (à travers sa prière pour obtenir que son épouse soit enceinte) ?

Une particularité du texte nous donne, peut-être, un éclairage différent. Dans le récit de l’histoire d’Itshak et de son épouse Rivka (Rébecca), nous voyons apparaître pour la première fois la notion d’amour. Certes la racine "ehov", sur laquelle est forgée le mot aimer, est apparu déjà une première fois auparavant : lorsque Dieu demande à Abraham de prendre Itshak pour le sacrifier sur le mont Moria, il emploi entre autre l’expression : "celui que tu as aimé" (Genèse 22, 2). Mais il s’agit là d’amour parental, de celui que nous trouvons aussi au début de notre parasha Parasha
Paracha
Parashot
Section de la Tora hebdomadaire lue le shabbat. La Tora est divisée en 54 parashot. Chacune porte le nom du premier mot significatif. La division est très ancienne (époque talmudique). La parasha est complétée par la Haftara extraite des prophètes.
lorsque l’on nous dit qu’Itshak aimait Esau et Rivka aimait Jacob. Mais la première "histoire d’amour" véritable est celle qui apparaît à la fin du chapitre 24, dans la parasha Parasha
Paracha
Parashot
Section de la Tora hebdomadaire lue le shabbat. La Tora est divisée en 54 parashot. Chacune porte le nom du premier mot significatif. La division est très ancienne (époque talmudique). La parasha est complétée par la Haftara extraite des prophètes.
de la semaine dernière : "… (Itshak) prit Rivka et elle fut sa femme et il l’aima …".

Il ne s’agit pas ici d’amour physique, que nous avons rencontré dès le premier couple de l’histoire, lorsqu’on nous dit qu’"Adam connu sa femme Eve". Il s’agit là d’une autre dimension, de quelque chose qui transforme la relation de deux êtres et donne à leur lien une valeur unique. Cette capacité d’amour pour l’autre est d’abord et avant tout la caractéristique de ce couple, Itshak et Rivka. C’est cet amour qui leur permet finalement de surmonter les épreuves. On le voit très directement dans l’épisode d’Abimelech. Réfugiés chez ce roi, ils ont, comme avant eux Abraham et Sara, fait croire qu’ils sont frère et sœur. Abimelech s’aperçoit de la supercherie lorsqu’il voit à travers la fenêtre "Itshak métsahek et Rivka ishto". La traduction rabbinique rend ce passage par "Il vit Isaac caresser sa femme Rébecca". Mais la transformation en français ne peut rendre la profondeur de l’hébreu, car une autre façon de lire serait : "Isaac s’accomplit pleinement comme Isaac avec sa femme Rébecca", métsahek étant ici l’intensif de Itshak.

Ainsi, grâce à cet épisode, nous comprenons ce qu’est véritablement l’amour : la capacité d’être pleinement soi-même avec l’autre ! Ce modèle de relation que fondent Itshak et Rivka a également une importance théologique importante. Ce n’est pas un hasard si la Haftara Haftara
Haftarah
Depuis la période talmudique, la lecture de la Tora, chaque shabbat matin est suivie de la lecture de la "Haftarah ". C’est généralement, la personne qui est appelée en 8ème montée (Alya) à la Tora qui lit la Haftara, cette montée est appelée "Maftir". Le texte de cette lecture supplémentaire et hebdomadaire est issu des livres des Prophètes. Elle ne se lit pas dans un rouleau mais dans un livre comportant voyelles et signes de cantilations. Il existe en général un rapport contextuel entre la Parasha et la Haftara.
, le passage prophétique lu après notre parasha Parasha
Paracha
Parashot
Section de la Tora hebdomadaire lue le shabbat. La Tora est divisée en 54 parashot. Chacune porte le nom du premier mot significatif. La division est très ancienne (époque talmudique). La parasha est complétée par la Haftara extraite des prophètes.
, est extraite du prophète Malachie. Son sujet est directement annoncé au deuxième verset : l’amour, l’amour que Dieu porte au peuple d’Israël malgré ses défauts et malgré ses erreurs. L’amour d’Itshak et de Rivka surmonte les désaccords qu’ils ont autour de leurs enfants, et même les "trahisons" qu’ils se font (Itshak néglige d’avertir Rivka de son intention de bénir Esaü, de même que Rivka complote derrière le dos d’Itshak pour que cette bénédiction aille à Jacob). De la même façon, l’amour que Dieu porte au peuple d’Israël est plus fort que les trahisons que nous faisons à son Alliance. Et peut-être peut-on ajouter que de la même façon, les justes du peuple d’Israël ont su conserver leur amour pour Dieu même dans les moments où l’on pouvait croire que Dieu les avait oublié.

Ce symbole de l’amour d’Itshak et Rivka est tellement important que la liturgie juive l’a introduit dans l’office du samedi matin. Au moment où nous venons louer et célébrer Dieu, juste à la fin des "psouké dézimra", nous disons en hébreu un poème de quatre versets qui commence par "béfi yésharim titromam" (par la bouche des êtres droits tu t’élèves". Cherchez bien : au sein de ces louanges d’amour pour Dieu se dissimulent Itshak et Rivka !

Rabbin rabbin
rabbins
Erudit, on obtient le titre de Rabbin de trois autres rabbins. Dans le Mouvement Massorti il existe 4 séminaires rabbiniques de part le monde. Les rabbins Massorti ont un Master en études juives.
Alain Michel – Rabbin rabbin
rabbins
Erudit, on obtient le titre de Rabbin de trois autres rabbins. Dans le Mouvement Massorti il existe 4 séminaires rabbiniques de part le monde. Les rabbins Massorti ont un Master en études juives.
Massorti Massorti "Traditionaliste". La même racine est employée pour Massora ou Massoret : la tradition. Cela désigne également la transmission.

C’est ainsi que le mouvement juif "Conservateur" est désigné, en opposition au mouvement "reform" ou "libéral", mais également au mouvement "orthodoxe". Le but du mouvement Massorti étant de transmettre une tradition et de promouvoir un judaïsme traditionaliste en acceptant l’idée de modernité. Il considère que la véritable tradition juive n’a jamais été la fixation sur le passé, pas plus que des réformes exagérées.
à Jérusalem et historien

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