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France la communauté juive à l’étude

France la communauté juive à l’étude

Une étude du FSJU datée de 2002 révèle une communauté juive de France bien intégrée mais inquiète

Selon l’enquête réalisée à la demande du Fonds social juif unifié, l’affirmation identitaire "va en grandissant" mais il ne faut pas y voir "un signe de repli sur soi".

La communauté juive est bien intégrée à la société française, mais elle est traversée par une inquiétude, par un malaise. C’est la conclusion d’une enquête exceptionnelle, commandée par le Fonds social juif unifié (FSJU) et menée sous la direction du sociologue franco-israélien Erik Cohen Cohen
cohanim
Prêtre de la tribu de Lévi qui servaient dans le Temple de Jérusalem. Privilège héréditaire transmis de père en fils depuis Aaron, frère de Moïse.
De nos jours le Cohen n’a plus qu’un rôle honorifique dans le judaïsme.
, qui avait déjà dirigé une enquête semblable – mais de moindre ampleur – en 1988. Le sondage a été réalisé en janvier 2002 auprès d’un échantillon représentatif de 1 132 chefs de famille, constitué à partir de la méthode des patronymes et réparti dans 30 départements français.

L’enquête révèle un portrait contrasté d’une communauté évaluée à 500 000 personnes, 575 000 en incluant les conjoints non-juifs des couples mixtes. "C’est une communauté qui est complètement en osmose avec la société dans laquelle elle vit", souligne Erik Cohen Cohen
cohanim
Prêtre de la tribu de Lévi qui servaient dans le Temple de Jérusalem. Privilège héréditaire transmis de père en fils depuis Aaron, frère de Moïse.
De nos jours le Cohen n’a plus qu’un rôle honorifique dans le judaïsme.
. Les valeurs qu’elle met en avant sont d’abord des valeurs universelles comme "Honorer ses parents", "Fonder une famille", "Apprendre", "Etre soi", ou encore "Aider les autres".

Les juifs de France vivent principalement en région parisienne : à Paris, pour 26 % d’entre eux, ou en banlieue, pour 30 % d’entre eux. Les 44 % restants habitent en province, autour des quatre pôles forts que constituent Marseille, Nice, Lyon et Strasbourg.

Politiquement, les juifs restent majoritairement à gauche, soit à 59 %. En 1988, la majorité des chefs de ménage juifs étaient nés à l’étranger. 2002 marque une période-charnière, puisque la proportion de ceux nés en France et de ceux nés à l’étranger (Algérie, Maroc, Tunisie, autres) s’établit à 50 % de chaque côté. Les juifs de France ont un niveau d’études nettement supérieur à celui de la population globale : près de 48 % des chefs de ménage juifs ont fait des études supérieures. 60 % d’entre eux ont le baccalauréat (contre 24 % sur l’ensemble de la population française en 2002 selon la Sofres).

L’enquête montre que les juifs sont très majoritairement heureux (91 %), mais inquiets (65 %).

En tête des motifs d’inquiétude vient le terrorisme (cité par 77 % des sondés), suivi par l’antisémitisme (76 %), le racisme (70 %) et l’avenir d’Israël (64 %). "L’analyse des inquiétudes des juifs de France montre que ce sont les aspects directement liés à l’identité juive qui les inquiètent en premier lieu", souligne l’enquête.

"L’affirmation juive en France va en grandissant", constate Erik Cohen Cohen
cohanim
Prêtre de la tribu de Lévi qui servaient dans le Temple de Jérusalem. Privilège héréditaire transmis de père en fils depuis Aaron, frère de Moïse.
De nos jours le Cohen n’a plus qu’un rôle honorifique dans le judaïsme.
.

Du point de vue religieux, 51 % des personnes interrogées se définissent comme "traditionalistes", et 29 % seulement comme non-pratiquants.

42 % affirment toujours respecter chez elles les règles de la casherout (cuisine casher Kasher
casher
cachere
Apte, conforme aux exigences de la loi juive
).

Le succès de l’enseignement confessionnel juif est l’un des signes de cette affirmation communautaire : 26 % des élèves en âge scolaire fréquentent les écoles juives. Celles-ci scolariseraient 29 000 enfants, contre 15 000 en 1988, soit une hausse de 78 %. 90 % des écoles juives sont aujourd’hui sous contrat d’association avec l’Etat. "Cependant, cette affirmation identitaire n’est pas un signe de repli sur soi", avance David Saada, directeur du FSJU.

On relève également que le terme "israélite" a pratiquement disparu. 67 % des juifs de France se définissent comme "juifs" (63 % en 1988), 5 % comme "israélites" et 28 % comme "juifs et israélites". Près de 30 % des ménages juifs affirment fréquenter très souvent la communauté juive, contre 22 % en 1988. L’affirmation identitaire va de pair avec un renforcement du poids des Sépharades, originaires du bassin méditerranéen : ils représentent 70 % des juifs de France, tandis que les Ashkénazes, naguère majoritaires, ne sont plus que 24 %. L’avenir appartient aux Sépharades : l’enquête montre que la proportion d’Ashkénazes tombe à 12 % chez les jeunes.

Diversifiée, la communauté juive a pour principal ciment l’attitude à l’égard d’Israël. 48 % des personnes interrogées se disent très proches de l’État hébreu, et 38 % s’en disent proches. Les trois quarts sont allés au moins une fois en visite en Israël, et près de 30 % ont fait le voyage six fois et plus. 77 % des ménages juifs ont de la famille en Israël, à des degrés de parenté divers.

Par rapport à 1988, le nombre de juifs qui ne veulent pas faire l’alya, c’est-à-dire émigrer en Israël, a augmenté, passant de 40 % à 58 %. Mais, simultanément, le noyau dur de ceux qui affirment vouloir faire leur alya "très prochainement" a doublé, passant de 3 % à 6 %. Ceux qui envisagent de partir en Israël sont plutôt jeunes, bien intégrés dans la communauté et fréquentent les écoles juives.

La position des juifs français sur le conflit du Proche-Orient est plutôt contrastée : moins de la moitié des chefs de ménage (48 %) est favorable au principe de l’échange des territoires contre la paix, 39 % y sont hostiles et 13 % estiment qu’un juif vivant en France n’a pas à se prononcer.

Le renforcement de l’affirmation identitaire n’empêche pas l’augmentation du nombre des mariages mixtes : chez les moins de 30 ans, ceux-ci sont passés de 30 % des unions en 1988, à 40 % en 2002.

Le FSJU s’inquiète d’une baisse du militantisme : "Le juif engagé dans la communauté a un profil de bon vivant, souligne David Saada. Il est intéressé par un retour à ses racines, mais plus sur le mode du consommateur."

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