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La prière d’Abraham

La prière d’Abraham

Le sens de la prière juive -

La toute première fois dans la Bible où l’on voit un personnage non pas seulement adresser la parole à Dieu au sens le plus large mais Lui exprimer une requête portant sur l’agir de Dieu, c’est lorsque Abraham implore la pitié divine pour les villes de Sodome et Gomorrhe (Genèse 18).

Il Lui demande d’intervenir ou plus exactement d’interférer, de contrevenir à Lui-même, en l’occurrence de reconsidérer la résolution d’anéantir ces villes jugées perverses. Seule la familiarité avec le récit peut faire oublier l’incroyable outrecuidance qui consiste à vouloir s’immiscer, s’ingérer dans une décision divine au point de la contester.

Abraham se livre même à un véritable marchandage lorsqu’il suggère à Dieu que la présence plausible de cinquante justes au sein de ces villes mériterait que soit résilié le décret d’éradication. Et à peine Dieu lui concède-t-il cette grâce, qu’Abraham poursuit de plus belle invoquant la présence de seulement 45, puis 40, puis 30, puis 20, pour s’arrêter au quorum jugé minimal et fatidique de 10…

Abraham et le Hessed divin

Mais pourquoi s’arrête-t-il ? C’est que cette « imploration » se présente comme une demande de grâce et non d’amnistie qui serait comme une amnésie, oublieuse des forfaitures.

Abraham se donne pour tâche d’augmenter la part de miséricorde dans le verdict divin mais ne va pas jusqu’à supplier Dieu de renoncer à Son exigence de justice, à l’intégrité requise pour que la société demeure humaine. Il faut au moins dix justes. La grâce n’est donc possible que si elle s’appuie sur un socle de justice.

En dépit de tout, doit subsister une part intacte d’humanité tant chez ceux qui sont objets de la prière que chez celui qui l’élève. Là encore, la pertinence du discours est liée à l’effort humain. Sauf qu’ici, il ne s’agit plus de diffuser l’action divine mais de la canaliser, en appelant Dieu à modifier le cours des choses et la teneur des décrets.

Le sens de Tefila

C’est là un des sens sous-jacents les plus édifiants de ce qui caractérise la conception juive de la prière. En hébreu, prier se dit « lehitpallèl ». Or la racine de ce verbe est « pallol » qui signifier « juger ». C’est au premier chef invoquer Dieu en tant que justicier. Mais la forme réflexive du verbe laisse entendre que prier signifie aussi se placer en situation de mise en examen, comme si nous comparaissions devant le tribunal de Dieu et de notre propre conscience. De sorte que l’efficacité de la prière dépend étroitement du verdict et de la disponibilité du juge suprême à la clémence. Or nous l’avons vu, celle-ci dépend corollairement de la justesse de la cause et de la dignité ou du mérite du sujet qui élève sa prière.

C’est, il faut l’avouer, une situation à la fois très délicate et très indélicate ! Car requérir de Dieu qu’Il se place en juge, se présenter à Lui au nom de son degré de droiture, en détenteur d’une sorte de faire-valoir qui confère gain de cause, peut relever d’une prétention inouïe qui frise une fois de plus l’arrogance.

La Tradition juive ne confesse-t-elle pas avec l’Ecclésiaste (7,20) : « qu’il n’est point d’homme sur terre qui agisse uniquement dans le bien sans jamais pécher » ? Restons humbles.

L’homme partenaire de Dieu

Dans la pensée talmudique, malgré la reconnaissance du rôle déterminant du libre arbitre et de l’accomplissement des bonnes œuvres, subsiste l’idée que l’homme a besoin de l’assistance divine pour vaincre son « mauvais penchant ». Mais c’est précisément dans cette dimension auxiliaire que réside la clef de la prière.

Dieu demande aux hommes d’être Ses partenaires, Ses interlocuteurs. Si l’homme remplit sa part, Dieu remplit la Sienne et lui sera une « aide » : « Lève-Toi et viens-nous en aide, et libère-nous, au nom de Ta clémence » (Ps 44,27). Ce n’est pas tant le secours mais le concours divin que nous implorons à travers nos prières.

Selon la formule talmudique : « Rabbi Chimôn ben Lakich enseigne : Que signifie le verset : ‘‘Aux cyniques, Dieu répond par la raillerie, et aux humbles, en accordant Sa grâce’’ (Pv 3,34) ? Celui qui vient pour se souiller, une voie lui est ouverte ; celui qui vient pour se purifier, une aide lui est apportée » (Chabbat 104a). C’est dire que l’homme qui se présente devant Dieu, à défaut d’être un « juste », doit à tout le moins se munir de cette aspiration pour entrer dignement en dialogue, en « interaction » avec Dieu.

Prier, c’est d’abord attendre de soi. On ne doit donc jamais s’en remettre totalement à Dieu. Ce serait démission. C’est par synergie, par association, que la prière se transforme en résultante et devient « efficace. »

Abraham n’a osé « négocier avec Dieu » à Sodome et Gomorrhe que très précisément parce qu’il était habité par l’intime conscience de ce que Dieu attend de lui, à savoir qu’il se fasse héraut de la justice et intercesseur des hommes au nom de cette justice. Si Abraham se permet d’interpeller Dieu en Lui disant : « Est-ce que le juge de toute la terre ne ferait pas justice ? » (Gn 18,25), c’est dans l’exacte mesure où Dieu l’a investi de ce devoir d’humanité en lui révélant quelques instants plus tôt la raison de son élection : « Je l’ai choisi pour qu’il observe la voie de l’Éternel qui requiert d’accomplir justice et équité » (Gn 18,19).

Si donc le dialogue avec Dieu comporte la demande de grâce, c’est à la condition de ne jamais abandonner la quête de justice et d’amour, de ne jamais renoncer à l’effort de se bonifier.

Le dépassement de soi est bien le secret de la prière enseigné par Abraham. Au fond, ce que nous dit le récit biblique, c’est que Dieu était disposé à outrepasser Sa propre colère, Sa propre rigueur, à remettre en cause Ses décrets en raison de l’intervention compatissante d’Abraham. Et si Dieu est disposé à Se dépasser, l’homme le doit, à son tour, à plus forte raison. L’un induit l’autre.

La prière de Dieu

Un enseignement talmudique rapporte non sans un certain humour que Dieu chaque jour prie ! Alors, à qui donc S’adresse-t-Il ? On serait tenté de répondre : « à l’homme ». Mais pour cela Dieu ne prie pas, Il ordonne. Non pas, nous dit le Talmud Talmud "Enseignement", ensemble littéraire comprenant la Michna de l’époque tannaïtique (3e siècle) et la Guemara (4-5e siècle), discussions des amoraïm à propos de la Michna. Le Talmud babylonien est à la base de tout le développement ultérieur de la loi juive. Le Talmud de Jérusalem fut terminé en Israël quelques génération plus tôt que le Talmud Babylonien.

Le Talmud représente l’ouvrage de base du judaïsme rabbinique.
, Il S’implore Lui-même, disant : « Que ce soit Ma volonté que Ma miséricorde domine Ma colère de sorte que Je puisse Me conduire avec Mes enfants dans l’amour et la grâce » (Berakhot 7a). Alors, si telle est Sa volonté, béni soit-Il, qu’attend-Il ? Que nous soyons pleinement attentifs à Sa prière, comme nous espérons qu’Il le soit à la nôtre.

Rivon Krygier

Extrait de l’introduction au siddour Siddour
Sidour
Sidourim
Livre de prière. Vient du mot "ordre" סדר, car le rituel doit être récité dans un certain ordre. Celui employé pour les fêtes s’appelle également Mahzor. Il existe des quantités de variantes, mais le principe est toujours le même dans toutes les communautés juives.
du mouvement Massorti Massorti "Traditionaliste". La même racine est employée pour Massora ou Massoret : la tradition. Cela désigne également la transmission.

C’est ainsi que le mouvement juif "Conservateur" est désigné, en opposition au mouvement "reform" ou "libéral", mais également au mouvement "orthodoxe". Le but du mouvement Massorti étant de transmettre une tradition et de promouvoir un judaïsme traditionaliste en acceptant l’idée de modernité. Il considère que la véritable tradition juive n’a jamais été la fixation sur le passé, pas plus que des réformes exagérées.
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