Accueil > Judaïsme > Musique et liturgie > Explications sur la liturgie juive

Qu’appelle-t-on le « siddour traditionnel » ?

Qu’appelle-t-on le « siddour traditionnel » ?

Le texte du siddour Siddour
Sidour
Sidourim
Livre de prière. Vient du mot "ordre" סדר, car le rituel doit être récité dans un certain ordre. Celui employé pour les fêtes s’appelle également Mahzor. Il existe des quantités de variantes, mais le principe est toujours le même dans toutes les communautés juives.
(livre de prières juives) n’a pas toujours été figé. La lecture de livres de prières, de l’ère gaonique jusqu’à aujourd’hui, montre que le texte de la liturgie varie d’une époque à l’autre, et selon les pays.

Une lecture des poskim rishonim Rishonim
Richonim
"Les premiers" : Rabbins commentateurs du Moyen Age (du 11ème au 16ème siècle). Leur rôle dans la mise en place du Judaïsme rabbinique en diaspora occidentale est essentiel. Ils commentent le Talmud et la Halakha. Les plus célèbres sont Rashi, Tossafot (élèves de Rashi), Maimonide, Nahmanide, Meiri, Baal Hatourim, ... Le dernier est Yossef Caro. Après lui on emploi le terme de "Ah’aronim" "les derniers".
(décisionnaires médiévaux de la loi juive), permet de constater qu’ils faisaient preuve d’une certaine souplesse dans la composition des prières, en autorisant notamment l’ajout de piyoutim Piyout
Piyoutim
Poème liturgique. Il en existe des centaines et il s’en écrit encore. Certains sont très célèbres, d’autres moins. On en ajoute à la liturgie selon les circonstances, les airs sont très variables d’une région à une autre.
(poèmes liturgiques) au milieu des brakhot (bénédictions) ainsi que la modification de nombreuses brakhot elles-mêmes.

Les prières de base de l’ère talmudique ne constituaient pas un texte unique faisant autorité. De nombreux fragments de la genizah ont montré que la liturgie palestinienne de la période des Gaonim n’était pas seulement différente de la babylonienne, mais qu’elle était aussi employée avec souplesse en Palestine. Bien que les Gaonim aient cherché à canoniser la liturgie de leur époque, leurs tentatives ne réussirent que partiellement. Nombre des controverses liturgiques de la période des Gaonim éclatèrent à nouveau parmi les Rishonim Rishonim
Richonim
"Les premiers" : Rabbins commentateurs du Moyen Age (du 11ème au 16ème siècle). Leur rôle dans la mise en place du Judaïsme rabbinique en diaspora occidentale est essentiel. Ils commentent le Talmud et la Halakha. Les plus célèbres sont Rashi, Tossafot (élèves de Rashi), Maimonide, Nahmanide, Meiri, Baal Hatourim, ... Le dernier est Yossef Caro. Après lui on emploi le terme de "Ah’aronim" "les derniers".
, et de nombreuses polémiques furent ajoutées … Le texte du siddour Siddour
Sidour
Sidourim
Livre de prière. Vient du mot "ordre" סדר, car le rituel doit être récité dans un certain ordre. Celui employé pour les fêtes s’appelle également Mahzor. Il existe des quantités de variantes, mais le principe est toujours le même dans toutes les communautés juives.
est ainsi resté souple durant tout le Moyen-âge [d’après Golinkin].

Même le texte du Chemoné Esré (la Amida Amida "Debout" Principale prière juive, se dit debout et murmurée, 3 fois par jour. ) a connu des évolutions très importantes. Selon le Talmud Talmud "Enseignement", ensemble littéraire comprenant la Michna de l’époque tannaïtique (3e siècle) et la Guemara (4-5e siècle), discussions des amoraïm à propos de la Michna. Le Talmud babylonien est à la base de tout le développement ultérieur de la loi juive. Le Talmud de Jérusalem fut terminé en Israël quelques génération plus tôt que le Talmud Babylonien.

Le Talmud représente l’ouvrage de base du judaïsme rabbinique.
, il fut fixé autour de l’an 100 de l’ère commune par Simon Hapaqoli, sous la supervision de Rabbi Gamliel II à Yavneh. Mais l’on n’avait défini à cette époque que le nombre 18 (des bénédictions), les idées exprimées dans les différentes bénédictions et dans une certaine mesure, l’ordre dans lequel il fallait les réciter. La formulation des bénédictions individuelles n’était en revanche pas encore figée. Ce ne fut que beaucoup plus tard, que l’énoncé des bénédictions commença à se cristalliser, à la fois dans la version palestinienne et babylonienne. En fait, cette dernière contenait 19 bénédictions, et c’est elle qui constitue la base de la prière qui est utilisée aujourd’hui. Jusqu’au 14e siècle, le texte de la Amida Amida "Debout" Principale prière juive, se dit debout et murmurée, 3 fois par jour. présentait toujours de nombreuses variantes locales. [Petuchowski, 1985]


L’aspect relativement statique de la liturgie de ces cent dernières années n’est pas lié à la halakha Halakha Loi juive religieuse basée sur le Talmud et les décisionnaires rabbiniques. Littéralement cela veut dire "marcher", la marche à suivre ou la loi en mouvement... Il existe de nombreux débats jurisprudentiels dans la Halakha qui n’est pas un système uniforme. (loi juive). Comme l’a observé le professeur Petuchowski : « Au final, la personne faisant autorité concernant les questions liturgiques est l’imprimeur ». Celui-ci choisissait de « canoniser » un manuscrit en particulier, tandis que les autres versions tombaient dans l’oubli. L’imprimeur canonisait également les erreurs des scribes qui se diffusaient d’une édition à l’autre, et sélectionnait les piyoutim Piyout
Piyoutim
Poème liturgique. Il en existe des centaines et il s’en écrit encore. Certains sont très célèbres, d’autres moins. On en ajoute à la liturgie selon les circonstances, les airs sont très variables d’une région à une autre.
, condamnant, là encore, certains poèmes à disparaître. [Golinkin] N’importe quelle étude sur le développement du siddour Siddour
Sidour
Sidourim
Livre de prière. Vient du mot "ordre" סדר, car le rituel doit être récité dans un certain ordre. Celui employé pour les fêtes s’appelle également Mahzor. Il existe des quantités de variantes, mais le principe est toujours le même dans toutes les communautés juives.
mène à la conclusion énoncée par Jakob Petuchowski : « ‘Le’ livre de prières juives traditionnel existe et en même temps n’existe pas. En fait, pas au point où les juifs orthodoxes Orthodoxie
orthodoxe
orthodoxes
« Conforme à la doctrine » Ce terme est ambiguë car le judaïsme ne connaît pas véritablement de doctrine. L’orthodoxie juive apparaît au 19ème siècle en opposition au climat de changement. L’orthodoxie actuelle est très divisée, entre des modernes cherchant à lier savoir universitaire et pratique conservatrice et des tendances intégristes (haredim) refusant plus ou moins radicalement la modernité. Il faut donc se méfier dans l’emploi de ce terme et ne pas coller trop vite des étiquettes.
aimeraient le croire et plus que certains Réformés veulent bien l’admettre ».

Etant donné les indications dont on dispose, personne ne pourrait soutenir que le siddour Siddour
Sidour
Sidourim
Livre de prière. Vient du mot "ordre" סדר, car le rituel doit être récité dans un certain ordre. Celui employé pour les fêtes s’appelle également Mahzor. Il existe des quantités de variantes, mais le principe est toujours le même dans toutes les communautés juives.
de Rabbi Saadiah Gaon Gaon
Gueonim
Geonim
"Génie". Maîtres du judaïsme du 9ème au 11ème siècle en Babylonie et Israël. Leur œuvre est très importante dans la mise en place d’une norme halakhique.

Ne pas confondre avec le Gaon de Vilna immense personnalité rabbinique qui vécut au 18ème siècle.
était identique à celui de Rav Amram Gaon Gaon
Gueonim
Geonim
"Génie". Maîtres du judaïsme du 9ème au 11ème siècle en Babylonie et Israël. Leur œuvre est très importante dans la mise en place d’une norme halakhique.

Ne pas confondre avec le Gaon de Vilna immense personnalité rabbinique qui vécut au 18ème siècle.
, ou encore que le livre de prières de Maimonide Maimonide
Rambam
Maïmonide
Moshe ben Maimon, Rabbin, médecin, philosophe et halakhiste. 1138 Cordoue - 1204 Fostat. L’une des plus grandes figures de la pensée juive incarnant un rationalisme aristotélicien. Son apport essentiel consiste en une conciliation de la science et de la religion qu’il expose dans son "Guide des perplexes" et une systématisation de la Halakha qu’il expose dans son code "Mishné Tora". Très contesté de son vivant, son œuvre fut même vouée à l’anathème par certains rabbins. Précurseur de la modernité juive. Une référence incontournable.
était identique aux deux premiers. Il n’est pas non plus possible d’affirmer que la cristallisation du rite ashkénaze, tel qu’elle apparaît dans le Mahzor Mahzor Livre de prière pour les grandes fêtes. La liturgie des fêtes juives, en particulier Rosh Hashana et Kippour étant très différente du reste de l’année, un ouvrage particulier est nécessaire. Vitry au XIIe siècle, est la même que celle du siddour Siddour
Sidour
Sidourim
Livre de prière. Vient du mot "ordre" סדר, car le rituel doit être récité dans un certain ordre. Celui employé pour les fêtes s’appelle également Mahzor. Il existe des quantités de variantes, mais le principe est toujours le même dans toutes les communautés juives.
classique de Rabbi S. Baer (Avodath Israel) du XIXe siècle. En ajoutant à cela les nombreux fragments du rite ancien palestinien qui ont été découverts, et d’autres rites qui aujourd’hui n’existent plus, l’argument s’opposant à l’idée d’un siddour Siddour
Sidour
Sidourim
Livre de prière. Vient du mot "ordre" סדר, car le rituel doit être récité dans un certain ordre. Celui employé pour les fêtes s’appelle également Mahzor. Il existe des quantités de variantes, mais le principe est toujours le même dans toutes les communautés juives.
traditionnel unique, s’en trouve renforcé. Même au sein de l’orthodoxie Orthodoxie
orthodoxe
orthodoxes
« Conforme à la doctrine » Ce terme est ambiguë car le judaïsme ne connaît pas véritablement de doctrine. L’orthodoxie juive apparaît au 19ème siècle en opposition au climat de changement. L’orthodoxie actuelle est très divisée, entre des modernes cherchant à lier savoir universitaire et pratique conservatrice et des tendances intégristes (haredim) refusant plus ou moins radicalement la modernité. Il faut donc se méfier dans l’emploi de ce terme et ne pas coller trop vite des étiquettes.
, il existe aujourd’hui de nombreux rites différents : ashkénaze du Sud Ouest, polonais, Sépharade de Londres et d’Amsterdam, nord-africain, mixte sépharade-ashkénaze développé par les Hassidim (appelé Nousah Sépharade, ce qui créé d’ailleurs des confusions). Il existe aussi un rite italien, d’Alep, baghdadi et Yéménite. Lequel de ces rites représente-t-il vraiment « Le » siddour Siddour
Sidour
Sidourim
Livre de prière. Vient du mot "ordre" סדר, car le rituel doit être récité dans un certain ordre. Celui employé pour les fêtes s’appelle également Mahzor. Il existe des quantités de variantes, mais le principe est toujours le même dans toutes les communautés juives.
traditionnel ? Réponse : tous ! [Petuchowski]

Toutefois, les nombreux siddourim orthodoxes Orthodoxie
orthodoxe
orthodoxes
« Conforme à la doctrine » Ce terme est ambiguë car le judaïsme ne connaît pas véritablement de doctrine. L’orthodoxie juive apparaît au 19ème siècle en opposition au climat de changement. L’orthodoxie actuelle est très divisée, entre des modernes cherchant à lier savoir universitaire et pratique conservatrice et des tendances intégristes (haredim) refusant plus ou moins radicalement la modernité. Il faut donc se méfier dans l’emploi de ce terme et ne pas coller trop vite des étiquettes.
des XIXe et XXe siècles présentent tous davantage de points communs que de divergences. Généralement, ils diffèrent sur des aspects mineurs. Mais les rubriques majeures des livres de prières fixées par les rabbins rabbin
rabbins
Erudit, on obtient le titre de Rabbin de trois autres rabbins. Dans le Mouvement Massorti il existe 4 séminaires rabbiniques de part le monde. Les rabbins Massorti ont un Master en études juives.
de la Michnah et de la Guémara, sont elles présentes dans tous les différents rites. Chacun contient souvent les mêmes prières, (voire quelques unes en moins ou en plus), avec quelques légères variantes concernant l’ordre ou la formulation. Tous les rites incluent notamment les trois paragraphes du Chema Shema
Chema
Profession de foi du judaïsme proclamée deux fois par jour matin et soir et affirmant l’unité divine et le devoir d’aimer Dieu, d’étudier la Tora, la transmettre et appliquer ses commandements.
et les 19 bénédictions de la Amida Amida "Debout" Principale prière juive, se dit debout et murmurée, 3 fois par jour. . Enfin, bien que l’énoncé puisse varier d’un rite à l’autre, la plupart des siddourim expriment les mêmes convictions religieuses et partagent tous la même théologie. C’est en cela que l’on peut parler « du » siddour Siddour
Sidour
Sidourim
Livre de prière. Vient du mot "ordre" סדר, car le rituel doit être récité dans un certain ordre. Celui employé pour les fêtes s’appelle également Mahzor. Il existe des quantités de variantes, mais le principe est toujours le même dans toutes les communautés juives.
traditionnel. [d’après Petuchowski, 1985]

Traduction Noemie Taylor

Un message, un commentaire ?

Forum sur abonnement

Pour participer à ce forum, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d’indiquer ci-dessous l’identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n’êtes pas enregistré, vous devez vous inscrire.

Connexions’inscriremot de passe oublié ?