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Chavouot, une respiration spirituelle

Chavouot, une respiration spirituelle

Si l’identité de Chavouot parmi les fêtes liturgiques prescrites par la Tora est liée à la place bien définie qu’elle occupe dans l’agenda hébraïque, son essence se confond avec celle du monothéisme juif, à savoir l’absence d’image représentant le divin : les trois premiers commandements sont explicites à ce sujet, qui engagent à ne faire aucune représentation de Dieu ni à invoquer son nom en vain.
Chavouot, qui célèbre la Révélation d’un Dieu transcendant et immatériel, ne peut donc se concevoir que dans le dépouillement le plus abouti, d’où l’absence des artifices qui enjolivent les autres fêtes - à l’exception notable de Kippour, qui émarge à la même particularité théologique du dénuement programmé, auquel s’ajoute l’ascèse du jeûne.

Cependant l’entendement humain ne peut appréhender un événement, aussi abstrait soit-il, sans le situer dans le temps et dans l’espace ; aussi la tradition a-t-elle finalement retenu pour Chavouot, malgré l’absence de date précise dans l’éphéméride, une place paradoxalement définie dans le temps relatif (sept semaines après Pessah). De la même manière, la veillée studieuse, quoique non assujettie à un endroit établi, trouvera sa place naturelle dans n’importe quel lieu de culte ou d’étude.
Ainsi Chavouot, tout en étant bien définie dans le temps ou l’espace, conserve sa part de mystère lié au flou entourant son déroulement.
Est-ce à cet aspect évanescent et au manque d’apparat qui l’accompagne qu’il faut attribuer le peu d’engouement dont elle bénéficie comparée aux autres fêtes du calendrier juif ?

Alors que le plus humble oratoire de quartier refuse du monde le jour de Kippour, que l’on se presse dans les cabanes de Souccot Soukot
Souccot
Fête des cabanes, du 15 au 22 Tishri. Troisième fête de pèlerinage et aboutissement du cycle liturgique dans le judaïsme. Symbole de l’harmonie possible entre le monde spirituel et terrestre. C’est la fête messianique par excellence. Elle correspond également à la fin du cycle agricole commencé au printemps avec Pessah.
et que les places autour des tables décorées des deux soirs du Seder sont réservées longtemps à l’avance, les rabbins rabbin
rabbins
Erudit, on obtient le titre de Rabbin de trois autres rabbins. Dans le Mouvement Massorti il existe 4 séminaires rabbiniques de part le monde. Les rabbins Massorti ont un Master en études juives.
peinent à réunir leurs fidèles pour lire et commenter les écrits traditionnels de la Pentecôte juive.

Certes la douceur des nuits de juin n’incite pas à s’enfermer dans une synagogue dès le soir tombé… La perspective d’une glace dégustée à la terrasse d’un café après une journée de travail sous la chaleur peut dissuader plus d’un candidat de consacrer une nuit pour réfléchir sur un texte ardu, même en bonne compagnie !

Cependant, si Chavouot était réellement perçu comme le prolongement et la concrétisation logique de Pessah, et bénéficiait en conséquence de la même aura que la Pâque juive auprès de la communauté, la question de son observance inconstante ne se poserait sans doute pas.
En lui attribuant une jour défini et en lui ajoutant une once de faste, on en ferait sans doute un événement incontournable, malgré la concurrence de la fête de la musique traditionnellement célébrée à la même époque.

Souvenons-nous qu’en juin 1967, au lendemain de la la guerre des Six Jours, plus de 200000 Israéliens, pourtant loin d’être tous de fervents religieux, déferlèrent dans la vieille ville de Jérusalem fraîchement reconquise ! En venant perpétuer au Kotel Kotel "Mur occidental". C’est le reste très impressionnant d’un mur de soutènement de l’esplanade du Temple d’Hérode. La tradition juive le considère comme un lieu de prière important. Depuis 1967, il a été "dégagé" et est devenu un lieu important de ralliement, mais également de frictions. le pèlerinage de Chavouot, ils ont poruvé la prégnance de cette fête dans la tradition juive et démontré de façon éclatante qu’une conjoncture exceptionnelle peut suffire à réactiver une tradition tombée en désuétude mais fermement ancrée dans l’inconscient collectif.

Admettons cependant qu’une certaine forme de confidentialité ne nuit pas à la réussite d’une veillée studieuse, et que la « surmédiatisation » de Chavouot entrerait sans doute en contradiction avec le recueillement et le sérieux qui doivent présider à cette nuit consacrée à l’étude.
Considérons-la donc comme une parenthèse silencieuse dans le déferlement des bruyants événements du début de l’été, une respiration spirituelle et intellectuelle entre Roland Garros et la Coupe du Monde, une plage de réflexion facultative mais régénérante sur notre éthique de vie et son indispensable canevas, cette Tora dont nous célébrons discrètement mais immuablement l’offrande à travers les siècles.
Avec ses discussions nocturnes et interminables, argumentées dans un climat serein et apaisé, à l’image de celui de la fin du printemps qu’elle célèbre, la fête des Semaines vient nous rappeler, année après année, notre condition précaire d’hommes libres et ce qu’elle nous a coûté, tout en nous faisant glisser en pente douce vers la saison estivale et ses vacances bienvenues.

Marc SEROKA

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