La bénédiction des prêtres

Birkat Cohanim -

Un passage de notre parasha est connu par la plupart des Juifs. Il s’agit de la bénédiction des Cohanim (prêtres)

Un passage de notre parasha est connu par la plupart des Juifs. Il s’agit de la bénédiction des Cohanim (prêtres)

, qui est présentée ainsi dans la Torah :

"L’Eternel parla à Moïse en disant : Parle à Aaron et à ses fils en disant : c’est ainsi que vous bénirez les enfants d’Israël en leur disant :

L’Eternel te bénira et te gardera ! L’Eternel éclairera sa face vers toi et te sera bienveillant ! L’Eternel tournera sa face vers toi et te donnera la paix.

Et ils mettront mon nom sur les enfants d’Israël et moi je les bénirai"

(Nombres, 6, 22-27).

De nombreuses questions nous viennent immédiatement à l’esprit lorsque nous entendons ou nous lisons ce texte. Mais la plus fondamentale concerne le phénomène même qui est décrit ici. Comment peut-on comprendre ce qu’est une bénédiction ?

Le premier niveau d’approche se rattache à l’étymologie. Le mot "berakha" (bénédiction), se rattache très clairement au mot "berekh", le genou. Au niveau du sens premier, faire une bénédiction serait donc courber le genou, ou encore s’agenouiller.

Des traces de ce sens se sont maintenues dans la Bible. Nous voyons ainsi le prophète Daniel s’agenouillant trois fois par jour dans la direction de Jérusalem pour prier Dieu.

Cependant, ce sens premier est problématique dans le Judaïsme. Tout d’abord parce que notre méfiance profonde de l’idolâtrie a amené une interdiction très claire de s’agenouiller, même dans la prière. C’est seulement dans les circonstances exceptionnelles de Rosh Hashana et de Yom Kippour que la tradition nous autorise, presque furtivement, à nous agenouiller et à nous prosterner devant Dieu. Mais, de plus, Dieu passe son temps à bénir, et imaginer Dieu se courbant sur ses genoux n’a, bien entendu, aucun sens.

C’est pourquoi la signification de Berakha se rattache, peut-être, non pas à l’acte de s’agenouiller, mais au symbole du genou lui-même. Le genou est une articulation, c’est à dire qu’il permet la communication entre deux membres, a priori indépendants, mais qui vont pouvoir fonctionner en harmonie grâce à lui. Nous pouvons donc en conclure que la bénédiction au sens juif du terme est avant tout une communication, quelque chose qui passe de l’un à l’autre.

Cette idée se trouve confirmée par le deuxième niveau d’approche, celui qui consiste à voir où est utilisé pour la première fois un mot. Or, nous le savons tous, le premier acte de bénédiction se trouve au début du deuxième chapitre de la Genèse : "Dieu béni le septième jour et le sanctifia, car ce jour là il cessa tout son travail créateur qu’il avait créé pour faire" (Genèse, 2, 3).

Cette bénédiction se trouve au cœur du paradoxe du "transcendent" et de l’"immanent". D’une part Dieu a cessé de créer et s’est, d’une certaine manière, retiré du monde "pour faire", pour qu’à notre tour nous fassions quelque chose de ce monde créé. Mais ce Dieu éloigné, transcendent, a gardé un lien avec le monde, une communication grâce à sa bénédiction, et cette présence divine, cette immanence, est la plus importante des bénédictions qu’il nous a donné.

On comprend ainsi le commentaire de Rashi qui pour expliquer cette bénédiction du septième jour la relie à la manne du désert. C’est que la manne est le seul élément qui a été créé ex nihilo en dehors des six jours de la création. Il symbolise le miracle de la présence de Dieu dans ce monde malgré sa décision de s’en retirer.

Complétons cette idée de la bénédiction en rapportant ce que le grand commentateur Ibn Ezra nous dit à propos de la bénédiction des Cohanim : "La signification du mot bénédiction est un supplément de bonté".

Ainsi, cette communication de la bénédiction consiste à apporter quelque chose de positif à l’autre. Les prêtres, en bénissant la communauté, sont comme un appareillage vivant qui permet à Dieu, l’absent-présent, de nous transmettre ses bontés. Le midrash illustre ce phénomène en décrivant la manière dont Il se cache derrière les paumes écartées des Cohanim.

La bénédiction de Dieu ne peut nous atteindre que si les Cohanim, les prêtres, font leur travail d’intermédiaires.

Il nous semble que ceci doit être compris comme un appel beaucoup plus général. Dieu nous demande de prendre modèle sur cette bénédiction des prêtres et, à notre tour, d’être capable de communiquer avec l’autre afin de lui apporter ce supplément de bonté qui, seul, permettra de transformer l’état des relations dans la société humaine.

Rabbin Alain MichelRabbin Massorti à Jérusalem et historien

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