La barbe dans le Judaïsme :

Nous allons voir que, comme pour beaucoup d’autres sujets, l’environnement social et les mentalités ont eu une forte influence sur les pratiques et les rabbins.

Nous allons voir que, comme pour beaucoup d’autres sujets, l’environnement social et les mentalités ont eu une forte influence sur les pratiques et les rabbins.

Dans l’antiquité, la coupe des cheveux et de la barbe définissait souvent l’appartenance à un groupe particulier ou à un ordre religieux. Egyptiens, assyriens, babyloniens, grecs, juifs... tous rivalisaient du poil.

Lévitique 19 :27 « Vous ne couperez point en rond les coins de votre chevelure, et tu ne raseras point les coins de ta barbe. »

Ce verset interdit clairement de tailler sa barbe. La raison n’est pas très claire, mais semble exprimer une volonté de différencier les Juifs des non-juifs et peut-être de réagir contre des pratiques païennes.

Se raser était aussi un signe de deuil :

Job 1 :20 « Alors Job se leva, déchira son manteau, et se rasa la tête ; puis, se jetant par terre, il se prosterna ».

Ezékiel 5 : 1 « Et toi, fils de l’homme, prends un instrument tranchant, un rasoir de barbier ; prends-le, et passe-le sur ta tête et sur ta barbe. »

Pour le Talmud, « la barbe est l’ornement de l’homme » et l’imberbe est considéré comme eunuque ; quant au Cohen imberbe, il ne pouvait bénir le peuple. Cependant les rabbins autorisaient à se raser ceux qui devaient fréquenter les romains (nécessité sociale).

Au Moyen-Age, Abravanel voyait dans le fait d’être imberbe une ressemblance malsaine avec les femmes.

Les Juifs des pays musulmans portaient une longue barbe, ceux des pays chrétiens se la taillaient court avec des ciseaux. On punissait les hommes adultères en leur rasant la barbe.
Seul un barbu pouvait être Hazan.

Pour les Cabalistes, la barbe a des pouvoirs mystiques et Isaac Luria ne touchait jamais la sienne afin de n’en perdre aucun poil. Avec la montée de l’influence cabaliste en Europe, de plus en plus de rabbins s’opposèrent à toute taille de la barbe. Le Hassidisme vit dans le fait de tailler sa barbe une espèce d’apostasie.

Se raser tout de même :

Cependant, nous l’avons vu, de tout temps des Juifs voulurent éliminer une pilosité jugée comme encombrante et trop marquée. Des rabbins autorisèrent la taille et même l’élimination totale de la barbe, en Italie notamment.

Dès le 17ème siècle, il était courant pour bien des Juifs, y compris certains rabbins, de se tailler la barbe ou de se la raser (avec une crème acide). Certains voient même dans le fait de se tailler la pilosité le vendredi un honneur fait au Shabbat ...

A la célèbre yeshiva de Slovotka en Lituanie au début du siècle, les photos montrent de rares barbus ; dans la même yeshiva, aujourd’hui à Bnei Brak en Israël, les glabres sont bien rares... La mode agit donc partout.

On voit qu’une fois de plus, on peut prêcher une chose et son contraire.

Des autorités antisémites ont même obligé les Juifs à porter la barbe, pour les reconnaître, d’autres voulurent les forcer à se raser (Nicolas I de Russie). Chacun se souvient des horribles scènes de nazis coupant les barbes...

De nos jours, la barbe ou son absence dit souvent ce qu’il y a dans la tête concernée. Mais attention, la chose peut induire en erreur... Il serait inconvenant dans certains milieux de ne pas avoir barbe, dans d’autres c’est presque l’inverse... De très nombreuses pieuses personnes se rasent ou se taillent la barbe.
L’invention du rasoir électrique a permis de se raser sans couper la peau ni porter directement une lame sur son visage... Tout est, une fois de plus, subtile question d’interprétation.

Chassez ce rasé que je ne saurais voir !

Certains rabbins voudraient interdire à ceux qui se rasent avec une lame de monter à la Tora.

La question concerne, en fait, tout transgresseur de la loi, celui qui vient en voiture le Shabbat, ne mange pas Casher et autres nombreux exemples, soit 90% des Juifs.

Je n’ai pas à répondre pour une synagogue qui n’est pas la mienne, mais je profite de l’occasion pour donner mon opinion sur la question.

Il me semble que tout Juif qui fait l’effort de venir à la synagogue le samedi, quelle que soit sa pilosité, son régime ou son moyen de locomotion, mérite le respect et doit être appelé à la Tora.

Même si des autorités rabbiniques dans le passé, se sont servi de la pression sociale de la synagogue pour obliger à faire respecter la Halakha, cela n’a plus grand sens aujourd’hui dans la plupart des milieux juifs. Je pense qu’au contraire, il faut féliciter le Juif traditionaliste présent et le récompenser d’une Alya...

Le Judaïsme n’a jamais été et ne saurait être, un club de « pieux » et de « vertueux », mais la religion de tout un peuple dans toutes ses nuances. En tout cas dans ma synagogue, telle sera toujours la politique et notre Sefer Tora se verra honoré de voir toutes sortes de visages se pencher sur lui.

Yeshaya Dalsace (ne porte pas la barbe)