Le consistoire n’a pas d’argument solide pour définir les conversions Massorti comme non valables.
Il sait très bien que le Beit Din est composé de trois rabbins , que l’enseignement est sérieux (kabalat ol misvot) et que le Mikvé est kasher . Il est donc d’après la Halakha censé reconnaître nos conversions, selon le principe qu’un Beit Din ne doit pas invalider l’acte d’un autre Beit Din.
Cependant, pour des raisons politiques liées au rejet actuel de tous les mouvements modernes par l’orthodoxie stricte, il ne le veut pas et peut-être aussi, ne le peut pas (il reste très lié à la politique de l’orthodoxie israélienne et soumis à celle-ci).
De plus le consistoire défend le principe de monopole centralisateur pour le judaïsme de France, principe par ailleurs étranger à l’histoire et la nature du judaïsme et à laquelle le mouvement Massorti est opposé, défendant au contraire une vision pluraliste du judaïsme voyant comme légitimes les sensibilités différentes au sein du Judaïsme contemporain.
Il plane donc une grande ambiguïté sur cette question. Il n’est pas si rare, en effet, que des rabbins consistoriaux « ouverts » reconnaissent en privé nos conversions (mais ne peuvent le faire officiellement).
Comme la question est surtout politique, la position officielle du consistoire est susceptible de changer à tout moment.
La situation est la même avec le rabbinat orthodoxe en Israël. Mais, vis-à-vis de l’État d’Israël, nos conversions sont reconnues. On voit ici toute l’ambiguïté du rapport de l’État d’Israël à la question religieuse.
Il faut savoir que l’orthodoxie actuelle est déchirée sur la question de la conversion au Judaïsme. Des tribunaux rabbiniques orthodoxes invalident d’autres tribunaux orthodoxes (voir le scandale de l’annulation de conversions en Israël). Au sein même du consistoire actuel, on ne reconnait pas toujours les conversions consistoriales passées !
Au printemps 2010, l’ancien Grand Rabbin d’Israël et Possek important Ovadia Yossef a reconnu la conversion Massorti .
Tout cela demeure donc très politique.
La question de la reconnaissance est-elle la bonne question ?
Dans le fond, vu la situation des conversions au sein du consistoire aujourd’hui, la question de la reconnaissance, tout en gardant son importance, peut passer au second plan.
En effet, dans le système des conversions consistoriales les candidats à la conversion sont souvent maltraités psychologiquement, c’est à dire obligés d’attendre des années (parfois jusqu’à 10 ans !), contraints à mentir aux rabbins sur leur situation affective réelle, ou à jouer une véritable comédie hypocrite pour ce faire bien voir et que leur dossier avance.
Plus grave encore, ils ont souvent à subir un enseignement trop formaliste du judaïsme où l’accent est mis sur des contraintes secondaires plus que sur l’essentiel. Cela part peut-être d’un noble sentiment : faire du candidat un juif orthodoxe accompli. Cela part peut-être d’un noble sentiment : faire du candidat un juif orthodoxe accompli. Mais correspond en général assez peu à la réalité sociologique de la communauté et de la famille juive dans laquelle le candidat est le plus souvent intégré. (Cela concerne des critères vestimentaires, une kashrout ultra stricte, une conduite sexuelle ascétique…)
Du coup, la plupart des candidats, pourtant sincères et motivés, n’aboutiront jamais à leur conversion et arrêteront en gardant une blessure psychologique et une opinion négative du judaïsme qu’ils ont rencontré.
Ceux qui y arriveront, après un véritable parcours du combattant, en sortiront parfois paradoxalement dégoûtés du judaïsme qu’ils cessent très souvent de pratiquer convenablement une fois la conversion consistoriale obtenu (la fameuse reconnaissance !).
Seule une petite poignée qui correspond de fait à la vision très orthodoxe qui règne actuellement au consistoire vivra la conversion au judaïsme comme un succès et un aboutissement personnel.
C’est pourquoi, après avoir discuté avec de nombreuses personnes et constaté les dégâts que cause trop souvent la procédure consistoriale actuelle. Il nous semble que la question de la reconnaissance passe au second plan.
Ce qui compte avant tout, c’est qu’au niveau spirituel et psychologique, ainsi qu’au niveau de la Halakha , la conversion soit bien faite.
Nous sommes convaincues que les conversions Massorti , de ce point de vue, sont en général, « de meilleure qualité » que celles faites au sein du consistoire dans la situation actuelle.
La reconnaissance est-elle si importante ?
En ce qui concerne les questions pratiques : mariage, circoncision des enfants, enterrement, etc. il existe suffisamment de réseaux et de cadres non consistoriaux en France aujourd’hui pour que les familles concernées par une conversion Massorti trouvent des solutions.
De plus, certains rabbins orthodoxes accepteront en privé ces conversions et aideront.
Cela ne veut pas dire que la reconnaissance soit un problème négligeable, mais il ne faut pas que ce problème bloque la démarche d’un candidat sincère.
Dans les faits, très souvent, un dramatique manque de choix :
Le drame véritable est que le candidat à la conversion en France aujourd’hui se retrouve face à un choix par défaut et non face à une solution pleine et entière.
À lui de choisir la solution la moins mauvaise dans un monde juif qu’il métrise mal. Cela dépendra de beaucoup de facteurs (lieu d’habitation, état d’esprit du rabbin consistorial local, proximité d’une communauté non consistoriale, etc.).
Notre but, en tant que rabbins massorti , est avant tout d’aider les candidats à la conversion à trouver la meilleure solution pour eux. Si le consistoire est susceptible de les accueillir, nous les y poussons. Mais nous savons que c’est rarement le cas.
Nous sommes en tout cas convaincus qu’il faut réfléchir sur le problème en prenant en compte le maximum de facteurs et non la seule question, somme toute politique, de la reconnaissance par telle ou telle institution. Surtout quand aucune politique claire et justifiée n’est adoptée.
Le vrai problème : la non conversion.
Statistiquement, cela est montré par les dernières études sociologiques sur le judaïsme de France, l’immense majorité des candidats potentiels à la conversion au judaïsme non seulement ne se convertissent jamais, mais surtout, ils n’entament même pas de démarche de conversion.
Cela représente un problème pour deux raisons :
La première : cela prouve la difficulté du judaïsme actuel d’accueillir les convertis, ce qui est contraire à l’esprit profond du judaïsme.
La deuxième, beaucoup plus grave : cela contribue grandement à l’assimilation.
En effet, la plus grande part des candidats sont en fait des conjoints non juifs qui ont des enfants avec un juif. La plupart de ces familles désireuses de demeurer dans le judaïsme pratiquent en fait un judaïsme familial (fêtes, repas du shabbat, cashrout, etc.) mais se détachent de toute vie communautaire institutionnelle d’où elles se sentent rejetées.
Ces familles pratiquent donc un judaïsme « en roue libre » sans rabbins et sans communauté. Hélas, le résultat est catastrophique à la deuxième génération qui s’assimilera totalement.
De plus ces familles seront un jour confrontées à de graves dilemmes ; au moment d’un enterrement, par exemple, lorsque le conjoint non juif ou les enfants non convertis ne seront pas enterrés dans le carré juif ou enterrés sans cérémonie juive dans le carré non juif... Mieux vaut avoir donc réglé la situation avant que des drames n’arrivent.
Nous considérons, au sein du mouvement Massorti , qu’il faut tout faire pour aider ceux qui le désirent à rester dans le judaïsme et à donner une bonne éducation juive à leurs enfants. La tâche, sachant qu’il y a aujourd’hui 50 % d’unions mixtes en France, est immense.
Face à un tel problème, dont dépend, en partie, l’avenir de la communauté juive de France, la question des états d’âme de l’institution consistoriale, de sa reconnaissance ou non de telle ou telle conversion, importe peu.
Si un important travail d’éducation et de rapprochement « keruv » des familles qui désirent rester dans le judaïsme n’est pas fait immédiatement, dans 20 ou 30 ans, il sera trop tard et le judaïsme de France sera une peau de chagrin (ce qu’il est en fait déjà).
En Israël :
L’État d’Israël a toujours reconnu nos conversions et ne peut pas ne pas le faire.
Le judaïsme israélien devient de plus en plus pluraliste et le rabbinat orthodoxe , honni par des pans entiers de la société n’est pas du tout assuré de garder son monopole de jure à long terme, de facto, ce monopole existe de moins en moins (actuellement 25 % des mariages juifs en Israël sont faits en dehors du Grand rabbinat !).
L’État d’Israël sait très bien que se laisser noyauter par l’orthodoxie le mènerait à la catastrophe dans plusieurs domaines. Il n’y a donc pas à avoir de grandes inquiétudes là-dessus pour l’avenir.
En conclusion :
Chaque candidat à la conversion doit choisir l’institution qui lui convient le mieux, en toute connaissance de cause. Chaque institution est respectable pour elle-même.
Le papier obtenu n’est pas le plus important mais la sincérité et la profondeur de la démarche, l’épanouissement spirituel et identitaire que cette démarche apporte et le sérieux du rabbin qui aide à l’effectuer.
Il faut regarder le problème à long terme et ne pas se laisser aveugler par l’arbre qui cache la forêt surtout quand celui-ci n’existe que pour de basses considérations politiques et est susceptible de changement à tout moment.
L’essentiel est que le candidat sincère trouve une solution, au sein du consistoire , d’autres courants de l’orthodoxie , du mouvement Massorti , des libéraux, selon son affinité profonde et ses possibilités géographiques.
Yeshaya Dalsace





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