Réponse : S’agissant des mosquées, il est selon nous autorisé d’y pénétrer car la plupart des décisionnaires ont statué que l’islam n’était pas de l’idolâtrie.
La réponse est plus délicate pour ce qui est de la question d’entrer dans une église car les avis divergent sur le fait de considérer ou non le christianisme comme de l’idolâtrie.
Nous pouvons discerner globalement trois opinions :
- Maïmonide et ses disciples considèrent le christianisme comme de l’idolâtrie réelle ;
- le Meïri nie toute ressemblance entre christianisme et idolâtrie mais au demeurant voit le christianisme comme une forme quelque peu altérée du monothéisme par rapport à celui du judaïsme ;
- certains décisionnaires considèrent enfin que le christianisme n’est pas à proprement parler de l’idolâtrie pour les chrétiens mais que c’en est néanmoins pour les juifs. En effet, le fait d’associer à leur culte une autre personne divine (Jésus) n’est pas rédhibitoire pour la loi juive au regard du minimum exigé de la part des non-juifs dans leur dissociation de l’idolâtrie. Somme toute, le chrétien croit en une divinité supérieure créatrice de tout l’univers. En revanche, pour les juifs qui sont tenus par l’alliance du Sinaï, le degré d’exigence place l’association d’une autre personne divine au niveau d’une dérive idolâtre.
Ce dernier avis nous semble manquer de cohérence. Si un certain type de culte est une forme d’idolâtrie, il devrait être interdit aux non-juifs également, car cette prohibition est l’une des « sept commandements noahides ».
C’est pourquoi nous avons à nous prononcer plutôt entre l’avis de Maïmonide et celui du Meïri . Il apparaît que leur divergence provient d’une différence de d’interprétation de la notion même d’idolâtrie.
Maïmonide en donne une définition d’ordre philosophique et conceptuel. Pour lui, l’idolâtrie est d’abord une erreur de compréhension de l’essence du monothéisme, et la croyance en la Trinité en est une.
De son côté, Meïri définit l’idolâtrie essentiellement sur le plan éthique et normatif. Voyant que les chrétiens, à son époque, exigeaient d’eux-mêmes de respecter les normes morales et religieuses fondamentales (conformes à la Loi noahide), il leur a ôté le statut d’adorateurs d’idoles. Le facteur décisif pour le Meïri n’était pas tant leur manière de penser que leur manière d’agir.
Il nous semble que l’approche du Meïri est davantage fondée sur des principes essentiels de la Tora. On constate en effet que le grand nombre de lois sévères contre les adorateurs d’idoles est associé à une description de leur comportement immoral. Dans ce différend entre Maïmonide et Meïri , il convient donc de suivre ce dernier, d’autant que son opinion est loin d’être isolée. Bon nombre des décisionnaires ont en effet été d’avis que le christianisme n’était pas de l’idolâtrie.
En conclusion
Il est autorisé de pénétrer dans des mosquées et des églises. Avant la visite, nous recommandons de visiter un certain nombre de synagogues, d’étudier le responsum original dont nous ne donnons ici que les grandes lignes, d’étudier des textes liturgiques des trois religions et d’apprendre les diverses finalités des différents édifices.
Les nombreux décisionnaires qui autorisent l’entrée dans les mosquées ne font pas de différence entre le moment des prières et les autres moments.
Comme nous avons conclu que le christianisme n’était pas de l’idolâtrie, il devrait aussi être permis d’entrer dans une église pendant les offices. Toutefois, les membres du Vaad Halakha (Comité sur les questions de loi) sont divisés sur le sujet, et la réponse dépend notamment des circonstances.
C’est pourquoi il conviendrait de consulter un rabbin massorti avant d’entreprendre une telle visite, chaque cas devant être jugé selon ses modalités propres.
Traduit de l’anglais par Michael Teitler

Dans le contexte français
par le rabbin Rivon Krygier
Nous souscrivons à l’idée que ni les mosquées ni les églises ne doivent être considérées comme lieux d’idolâtrie. Ce sont malgré des points de divergence certains avec le judaïsme des lieux de culture et du culte du même Dieu que le Dieu d’Israël.
Il ne convient aucunement de prier en ces lieux pour ne pas créer la moindre confusion ou apparence de syncrétisme entre les religions.
La visite de tels lieux dans un but d’instruction, de culture et de compréhensions entre les religions est licite et même recommandée.
À la fois pour des raisons de convivialité et de création de liens d’estime et de respect mutuel, il est admissible d’assister à des offices lorsqu’on y est invité notamment en cas de célébration, décès, etc.
Tous les gestes de déférence, tels se déchausser dans une mosquée, enlever le couvre-chef ans une église (mais la kippa est admise), se lever et s’asseoir quand demandé, respecter les silences, s’imposent.
Toutefois, en aucune façon, une personne juive ne devrait participer activement à l’office, en chantant des prières ou en accomplissant les gestes de piété du dit culte.
Rivon Krygier
Signalons que le mouvement Massorti milite pour le dialogue interreligieux et qu’il n’y a pas de dialogue réel sans connaissance minimale de l’autre.
http://www.massorti.com/-Dialogue-i...
Le point de vue orthodoxe
Signalons que la plupart des orthodoxes considère qu’il est interdit de se rendre dans une église. En cela ils se repose sur l’historique des polémiques interreligieuses. Leur position repose donc sur une longue tradition, mais a le grand inconvénient d’entretenir des antagonisme d’un autre âge qui ne font que nourrir les préjugés des uns sur les autres.





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