Le mouvement Massorti ne peut être que fier d’être une nouvelle fois à la pointe du dialogue et de l’ouverture et d’être capable de présenter un discours profond, sincère et exigeant.
Il est révélateur de voir du côté chrétien les réactions négatives de quelques extrémistes et du côté juif, le fait que ce moment historique soit incarné par un rabbin Massorti . En cela, Rivon Krygier se place dans la lignée de plusieurs personnalité rabbiniques massorti ayant oeuvré pour le dialogue au plus haut niveau, comme Abraham Heschel , Louis Finkelstein et bien d’autres.
Il est évident que ce genre d’actes hautement symbolique ne peut faire que bondir les esprits fermés et les ennemis du dialogue.
Cela est vrai aussi bien du côté chrétien que du côté juif, chacun ayant sa part de fondamentalisme. Faut-il rappeler les attaques virulentes contre le grand rabbin Bernheim au moment des élections pour avoir écrit un livre de dialogue sincère avec un archevêque ?
C’est pourquoi, aussi bien du côté chrétien que du côté juif, le chemin reste long vers la compréhension. De part et d’autre beaucoup de freins existent encore chez une partie du publique. Mais la chaleur de l’accueil et des applaudissements ce jour là, la multiplication des initiatives de dialogue par ailleurs, montrent bien que la majorité du public, juif ou chrétien, est mûre pour avancer.
On ne peut que remercier tous ceux qui comme Rivon Krygier et l’archevêché de Paris savent montrer la route à suivre.
Yeshaya Dalsace (Webmaster de Massorti .com)
Discours du Rabbin Krygier
Monseigneur l’Archevêque André Vingt-trois, mesdames et messieurs, c’est avec une émotion à peine contenue que je prends la parole en ce haut lieu de la culture et de la foi chrétienne.
Il me revient en premier de rendre grâce à son Éminence, ainsi qu’à tous ceux qui m’ont accordé leur confiance.
Par delà le privilège qui m’honore, je prends toute la mesure de l’événement. Il n’allait sans doute pas de soi d’inviter un rabbin en cette cathédrale pour y tenir une conférence de Carême et pas plus – vous vous en doutez – pour un rabbin , de s’y aventurer. Si je ne m’abuse, c’est une première qui en dit long sur les rapports d’amitié et, plus encore, de fraternité, qui ont pu se tisser entre juifs et chrétiens depuis la déclaration de Nostra Ætate du Concile de Vatican II.
Nostra Ætate sera mon propos.
Non en refaire l’historique ou le panégyrique mais me concentrer sur sa postérité. Nombreux sont ceux ici, j’en suis sûr, qui en mesurent les avancées décisives.
À quoi il faut ajouter les actes symboliques posés par le pape Jean-Paul II envers le peuple juif et qui marqueront à jamais nos cœurs.
Certes, il ne faudrait pas se reposer sur ses lauriers en ignorant les difficultés de « réception » que connaît encore le rapprochement judéo-chrétien, d’un côté comme de l’autre.
Nous n’ignorons pas non plus que des décisions encore récentes de l’Église catholique ont réveillé des blessures profondes.
Mais à vrai dire, je ne compte pas m’appesantir sur ces inquiétudes car je voudrais saisir l’invitation généreuse qui m’est faite pour porter notre réflexion sur une question théologique (mais aussi éthique) qui nous concerne les uns comme les autres.
Car ces incidents de parcours appellent une question de fond : Jusqu’où peut aller notre reconnaissance de la spiritualité sœur ? Comment situer notre propre foi que nous tenons pour « vérité » face à celle de l’autre ? En somme – et c’est l’intitulé de notre conférence – de quelle marge de manœuvre disposent nos enracinements respectifs pour progresser dans l’ouverture, sans se dédire ?
Du côté chrétien, la question a surgi dans le sillage de Vatican II, précisément en raison du mouvement d’ouverture. Le Cardinal Ratzinger, futur Benoît XVI, a pu dire du Concile qu’il avait provoqué un « immense ébranlement qu’il reste encore à transmuer en réalité positive »…. « Ébranlement » est un terme qui évoque d’abord le trouble. S’ouvrir à l’autre, c’est sortir de son autosuffisance et donc se fragiliser, encourir un risque. Mais ce danger n’est-il pas inhérent à l’exercice de la fraternité ? Il n’est pas d’amour sans tenir compte d’autrui, et donc sans accepter d’adapter son « agenda personnel » en fonction de lui, et plus encore, sans s’abandonner à une certaine confiance. C’est pourquoi l’amour n’est pas seulement ouverture, il est aussi courage.
Ironie veut que l’ouverture d’une tradition religieuse à une autre, « concurrente », soit perçu par certains comme un aveu de faiblesse, un désaveu de soi.
Dialoguer fraternellement, c’est reconnaître de la dignité et de la valeur à l’autre. Cela induit à se placer humblement sinon sur un même plan, à tout le moins, sur une même échelle.
Or si la vérité ultime peut se trouver ailleurs que chez soi, fut-ce partiellement, pourquoi se confiner, pourquoi rester juif ou chrétien, pourquoi se déterminer dans une identité singulière ? Le spectre qui se profile, tel un petit démon taquin, est celui que le pape Grégoire XVI dès 1832 et par suite, abondamment en notre temps, Jean-Paul II et Benoît XVI, ont désigné sous le terme « d’indifférentisme », puis de « relativisme ». On entend par là la possibilité d’accomplir la volonté divine et d’acquérir le salut par une conduite droite et honnête, quelles que soient les conceptions ou convictions métaphysiques, en clair, en dehors d’une adhésion aux dogmes et normes de l’Église catholique.
Il est vrai que dans une société multiculturelle, désidéologisée et fortement sécularisée, un certain opportunisme consumériste veut que chacun fasse son marché de spirituel comme de spiritueux. On picore – j’allais dire : « on picole » – ici et là mais sans s’investir de manière conséquente dans l’une ou l’autre.
On comprend l’inquiétude devant cette religiosité syncrétique des temps postmodernes, qui flirte et surfe mais ne s’engage pas. Mais l’ouverture vers la religion sœur se pose en de tout autres termes.
Nous partageons des valeurs fondamentales et avons en commun un canon d’Écritures. Pourtant, hier encore, juifs et chrétiens se regardaient en chiens de faïence. La fraternité viciée entre Jacob et Esaü était de se savoir frères, tout en considérant que c’est l’autre, évidemment, qui endosse le rôle d’Esaü, bourru et déchu…
Pouvons-nous à présent nous regarder comme des voies de salut convergentes ? Admettons-nous que nous partageons quelque chose de la vérité révélée qui donnerait à chacune toute légitimité ? Telle est plus que jamais la grande question.
Le pape Benoît XVI est venu sceller à la synagogue de Rome « l’irrévocabilité » du dialogue judéo-chrétien. Il faut l’entendre non comme un acquis mais comme un défi.
À mon sens, le plus grand espoir suscité par Vatican II est d’avoir enclenché un processus de sortie de cette logique infernale dominante dans la plupart des religions qui veut que hors de sa paroisse, point de véritable salut.
S’il y a un « ébranlement qui mérite que l’on continue à transmuer en réalité positive », c’est celui-là ! Il ne faut y voir aucun déni de soi mais au contraire l’expression de ce que le christianisme recèle de plus intérieur et de plus admirable. Tendant résolument la main aux autres religions monothéistes, jusqu’à chambouler de vieilles et tenaces condamnations conciliaires, l’Église catholique plaçait les vertus théologales avant toute dogmatique.
Vatican II a révélé quelque chose de capital pour toute religion digne de ce nom, dont nous mesurons encore à peine l’impact : que la remise en question de certaines certitudes passées peut s’avérer être l’aiguillon de la vérité, non son couperet ; que la vérité est une conquête permanente non un dépôt verrouillé ; que le corps de doctrine légué par nos traditions respectives n’est pas vain, loin s’en faut, mais certainement pas une fin en soi.
C’est plutôt le socle sur lequel nous appuyer pour nous hisser toujours davantage vers la vérité, vers Dieu. Toute régression en la matière laisserait le goût amer d’un rêve prophétique avorté, d’un faux-messianisme…
Tentons donc d’établir le point précis où nous en sommes aujourd’hui. Dans la déclaration Nostra Ætate, on peut lire que « l’Église catholique ne rejette rien de ce qui est vrai et saint dans ces religions (juive et musulmane) et que celles-ci reflètent assez souvent un rayon de vérité qui illumine tous les hommes ».
Et dans Lumen Gentium déjà, est-il dit que ceux d’entre ces pieux « qui n’ont pas encore reçu l’Évangile, sont néanmoins ordonnés en quelque manière au peuple de Dieu. » Et d’ajouter dans la foulée que « si cette ignorance n’est pas de leur faute », ils « peuvent eux aussi obtenir le salut éternel. »
Je note avec intérêt que par « ignorance de l’Évangile » on entend non pas l’ignorance de son contenu mais la non-adhésion de la conscience, ce que Pie IX déjà désignait comme « ignorance invincible ».
Je note aussi, avec Gaudium et Spes (émanant également de Vatican II), que l’on considère que « la Grâce agit de manière invisible dans le cœur de tout homme de bonne volonté », tenant que « l’Esprit Saint offre à tous les hommes, d’une façon connue de Dieu, la possibilité d’association au mystère pascal. »
Toutes ces formulations traduisent à n’en point douter la volonté sincère de l’Église de reconnaître la valeur spirituelle et morale hors de son enceinte.
Il semble toutefois qu’un dernier pas reste entravé. Qualifiées de « rayons » de vérité et d’« ordonnées » au peuple de Dieu, les autres religions sont reléguées dans les « limbes » de la seule vérité christique.
On en reste à une démarche quasi-hégélienne où l’histoire de l’Esprit est une succession d’approximations qui tels des échafaudages finissent par plier pour mieux laisser éclater la vérité christique ultime. L’homme de bonne volonté est selon cette conception un proto-chrétien, un catéchumène qui s’ignore, ou un « chrétien anonyme » pour reprendre l’expression du théologien Karl Rahner. L’autre reconnu est, à l’ombre de soi, un satellite.
S’agissant spécifiquement du judaïsme, j’ai pu lire dans l’un et l’autre texte récent du magistère que les juifs sont encore « sous la domination du péché », car méconnaissant la foi au Christ, « croyant plutôt à l’observance de la loi » alors que celle-ci « n’a jamais suffi à justifier ceux qui lui étaient soumis, devenue elle-même instrument de convoitise » Je lis sous la plume d’un théologien autorisé que « vouloir reconnaître à ces religions (judaïsme, islam) une médiation du salut indépendante de celle du Christ reviendrait à justifier leurs œuvres » ce qui serait contraire à « l’affirmation imprescriptible de la justification par la seule grâce de Dieu moyennant la foi. » On en reste à la difficulté non dépassée que je pointais.
Pour être franc, on n’est guère plus avancé du côté juif. Certes le judaïsme rabbinique – qu’on taxe souvent d’ethnocentrique – part d’un point de vue plus universel puisqu’il a assez tôt et globalement admis qu’existaient des voies de salut efficaces hors conversion au judaïsme, et cela, du fait de la notion talmudique de « justes parmi les nations » qui s’applique à tout homme de bonne volonté agissant avec droiture, notamment au sein du monde chrétien ou musulman.
Mais vous savez que nous, juifs, n’avons pas ou plus de grand Sanhédrin (de magistère suprême), et qu’en bien des questions, un texte ou un maître peut en contredire un autre. Si bien que pour certaines obédiences radicales, il est bien difficile encore de reconnaître dans les autres grandes religions des voies de justice et de foi authentique, croyant qu’hors de la Tora, il n’est point de véritable salut ou alors seulement secondaire, périphérique ; bien du mal aussi pour certains à reconnaître au christianisme jusqu’à la qualité de religion monothéiste, en raison de la doctrine de la trinité et de l’incarnation divine ; du mal enfin à comprendre comment l’adoration de Jésus peut devenir grâce et salut, voire même un puissant mobile d’amour et de justice, alors qu’ils ne jurent, quant à eux, que par l’accomplissement des commandements de la Tora…
La vertu première du dialogue interreligieux est sans aucun doute de renvoyer dos à dos la vanité qui consiste à vouloir à tout prix avoir raison de l’autre. On est amené à sourire de l’inanité de ses propres clichés, à s’émanciper de certaines prémisses d’un raisonnement qui sans en être conscients, conduisaient à des jugements implacables. Et en même temps, on saisit mieux la spécificité de chacun, la richesse de sa propre tradition et son trésor irremplaçable. Mais que doit-on faire si on veut aller plus loin que le respect et la politesse ? Deux choses.
La première, c’est encore un décret de Vatican II qui nous l’indique avec son exigence « d’émulation fraternelle ». Ce qui correspond dans le judaïsme à la mahlokèt le-chèm chamaïm , la controverse « pour le seul renom de Dieu », désintéressée et bienveillante, et dont on loue la stupéfiante fécondité.
Pour s’y prêter, il faut sortir de la logique binaire, du tiers exclu, comme l’indique le fameux dire talmudique : « Durant trois ans, les écoles de Chamaï et Hillel s’opposèrent, chacune prétendant détenir la halakha (la règle à suivre) jusqu’à ce que retentit une voix céleste qui proclama : « Les dires des uns et des autres sont les paroles du Dieu vivant » ! Attention, cela ne signifie pas « tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil … » Le même propos talmudique poursuit en disant que c’est néanmoins la voie de Hillel qui est retenue car plus humble, plus humaine, plus à l’écoute de l’autre. Voie privilégiée, elle n’aura pas exclu pour autant celle de Chamaï.
C’est d’ailleurs le débat avec Chamaï qui aura forgé la voie de Hillel. On ne sort pas « indemne » d’une vraie confrontation d’idées. Mais plus affûté et plus futé, plus près des hommes et de Dieu.
La seconde chose à faire pour avancer est de repenser l’idée de vérité révélée. Nos traditions respectives partagent une conviction fondamentale : en amont, Dieu Se fit « logos ».
En suite de quoi, pour les chrétiens, ce logos s’est fait chair en Jésus et pour les Juifs, parole vivante de la Tora. Nous devons admettre que les traditions religieuses sont autant de déclinaisons de ce logos (de « l’Esprit Saint offert à tous les hommes ») mais que son sens ultime est encore en aval de toutes.
Telle est la valeur de vérité de chacune, comme un vecteur sur une trajectoire distincte, tournée vers un même sommet. Non tant ce que les religions ont dit et établi hier ou aujourd’hui que ce cheminement qui les porte vers l’absolu.
J’ai trouvé chez divers théologiens chrétiens contemporains des formulations très subtiles par lesquelles ils ont tenté d’opérer l’articulation entre les voies particulières et universelles des religions.
Je ne puis hélas déployer ici leurs réflexions mais je suis d’avis que leur examen constitue un chantier prioritaire auquel il faudra nous atteler.
On y trouve l’idée commune que l’universel s’est implanté dans le particulier, l’absolu dans le relatif, le divin dans l’esprit humain.
C’est bien une « kénose » mais celle d’un bourgeon en gestation. « La vérité croîtra depuis la terre » dit le Psaume (85,12). L’Église est encore « pérégrinante », « en mal d’enfantement », confesse Lumen Gentium.
L’œuvre spirituelle consiste désormais à faire éclore cet universel du sein du particulier.
Et désormais, c’est le dialogue interreligieux qui seul le peut et le doit, urgemment. Et pourquoi ? Car on ne fait pas l’universel tout seul.
Permettez-moi de clore cette ébauche de réflexion par une figure mythique de ce qui vient d’être esquissé, en la dressant à partir de ma tradition (mais qui est aussi la vôtre).
On se souvient que dans le récit de la tour de Babel, Dieu avait brisé la prétention dominatrice d’une humanité ivre d’elle-même, en confondant son langage, chacun ne comprenant désormais que la langue de son clan.
Longtemps, nous en fûmes là, et y sommes encore, en bonne part, à vouloir imposer notre vocabulaire.
Mais depuis 50 ans, un « kol demama daka, subtil filet de voix divine » s’est fait entendre, dirons-nous avec le livre des Rois , une « glossolalie » , dirons-nous avec les Actes des apôtres, soit un langage encore inarticulé mais qui renferme déjà toutes les langues de la terre.
De la tour de Babel, il ne reste que des pierres éparpillées. Les bâtisseurs doivent reprendre langue. C’est à cette condition qu’ils pourront bâtir non plus une tour mais un Temple dont la clef de voûte jadis écartée sera posée au final par l’ensemble des nations et des religions, à l’unisson. « Maison de prière pour toutes les nations » , ce Temple ne sera dressé que parce que se sera réalisée la parole inouïe du prophète Sophonie : « Alors, Je transformerai le langage des peuples en une langue purifiée, pour qu’ils invoquent tous le nom de l’Éternel et Le servent d’un seul cœur. »
Rabbin Rivon Krygier
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Rediffusion filmée
Introduction :
Un rabbin à Notre Dame 1/4
envoyé par yodea.
Intervention de Rivon Krygier :
Un rabbin à la cathédrale Notre Dame. Rivon Krygier.
envoyé par yodea. - L’info video en direct.
Un rabbin à Notre Dame 3/4
envoyé par yodea. - L’info internationale vidéo.
4/5 debat un rabbin à Notre Dame
envoyé par yodea. - L’info video en direct.
Un rabbin à Notre Dame 5/5 débat 2ème partie
envoyé par yodea. - L’actualité du moment en vidéo.
Ces extraits viennent de la chaine de télévision KTO
http://www.ktotv.com/videos-chretie...
La conférence de Carême de Notre-Dame de Paris perturbée
Des catholiques traditionalistes ont empêché la conférence de Carême du rabbin Krygier de se tenir dans la nef de la cathédrale
Un « petit groupe d’agitateurs » a perturbé la conférence de Carême de Notre-Dame du rabbin Rivon Krygier, dimanche 21 mars à Notre-Dame de Paris. Alors que le cardinal André Vingt-Trois venait de terminer son mot d’introduction et que le rabbin Krygier s’approchait du micro, un homme s’est levé proposant à l’assemblée la récitation d’un chapelet « en réparation pour l’outrage ».
Interrompu quelques minutes, la retransmission de la conférence à ensuite repris, le rabbin Krygier, aux côtés du cardinal Vingt-Trois, s’exprimant depuis la sacristie de Notre-Dame tandis que les fidèles récitant leur chapelet étaient invités à sortir par le service de sécurité de la cathédrale.
Selon les images retransmises par KTO depuis la nef de la cathédrale, le rabbin Krygier a toutefois été chaleureusement applaudi par la grande majorité des personnes venues assister à sa conférence, avant que le philosophe Dominique Folscheid ne lui succède pour sa conférence.
Les deux conférenciers sont ensuite revenus dans la nef pour un débat avec le public.
Depuis plusieurs semaines, les responsables intégristes menaient une campagne contre le cardinal Vingt-Trois et les conférences de Carême de Carême de Notre-Dame de Paris, organisée sur le thème « Vatican II, boussole pour notre temps ».
Alors que l’abbé Régis de Cacqueray, supérieur du district de France de la Fraternité Saint-Pie-X parlait de « scandale », le site Perepiscopus s’interrogeait ouvertement : « Est-il normal qu’un non-catholique vienne prêcher une conférence de Carême dans une cathédrale ? Non. ».
Sur certains forums, certains allaient même plus loin, parlant « d’abomination de la désolation » ou de « sacrilège » à l’idée de voir un rabbin s’exprimer à Notre-Dame.
Voici comment ils se présentent eux-mêmes...
Le Rabbin Krygier Chahuté a l’Eglise Notre Dame
envoyé par phileas-. - L’actualité du moment en vidéo.
Réactions diverses
Le CRIF soutient
Le CRIF se félicite de l’initiative historique de l’archevêché de Paris qui a permis au Rabbin Rivon Krygier de s’exprimer en la cathédrale Notre-Dame de Paris pendant le cycle de conférences du Carême.
L’AJC dénonce les perturbateurs
A Notre-Dame de Paris, un acte inacceptable lors de la Conférence de Carême du Rabbin Rivon Krygier, le dimanche 21 mars 2010
L’attitude violente d’un petit groupe de Catholiques intégristes, qui voulait empêcher l’audition de la Conférence de Carême de Monsieur le Rabbin Rivon Krygier à Notre-Dame de Paris, nous accable. Nous partageons sa souffrance et celle de la communauté juive. Nous avons honte devant cette attitude scandaleuse.
Le fait que le Cardinal Vingt-Trois, donnant suite aux orientations du Concile Vatican II, ait invité un rabbin à exprimer devant des Chrétiens la pensée juive sur le dialogue entre Juifs et Chrétiens, signifie pour nous un pas considérable dans l’évolution du dialogue. Ce qui s’est passé dimanche est, hélas, révélateur des résistances et de l’opposition des milieux catholiques intégristes devant ce renouveau.
Plus que jamais les Chrétiens sont appelés à promouvoir ce « lien unique qu’ils n’ont avec aucune autre religion ». Et, pour reprendre encore les propos du Pape Jean-Paul II à la synagogue de Rome le 13 avril 1986, les Juifs sont « nos frères préférés et dans un certain sens, on pourrait dire nos frères aînés ».
Il nous faut être vigilants, fermes et poursuivre notre travail dans l’amitié entre Juifs et Chrétiens.
Paris, le 23 mars 2010
Le Comité Directeur de l’Amitié Judéo-Chrétienne de France
(Reprises d’un forum de La Croix)
Défense du Rabbin
Il y a deux manières de juger la façon avec laquelle une cinquantaine de jeunes excités, vraisemblablement proches de l’extrême-droite, et se prétendant catholiques, ont empêché hier le rabbin Rivon Krygier de tenir sa conférence de carême à Notre-Dame dans l’église même, le contraignant à prononcer son texte de la sacristie.
La première c’est de se désoler que, en 2010, après plus de 40 années de dialogue judéo-chrétien, on en soit encore là. Et que le fait qu’une personnalité juive prenne la parole dans un lieu comme une cathédrale puisse encore faire scandale et provoquer ces réactions aux nauséabonds relents antisémites.
La seconde, c’est de se réjouir de la façon calme et mature avec laquelle le reste de l’assistance –tout de même une cathédrale comble- a réagi. Pas d’énervement, ou d’agressivité. Pas de riposte autre que le mépris.
Ni le rabbin , ni son entourage ne se sont offusqués, refusant de voir là autre chose qu’un acte d’une petite minorité isolée et non représentative. Au total, même de la sacristie, le rabbin a parlé, a été entendu dans toute la cathédrale, et chaleureusement applaudi.
Quant aux excités, ils sont partis « à l’invitation » du service d’ordre, les chaises vides vite occupées par d’autres auditeurs qui attendaient debout. Preuve que le dialogue judéo-chrétien est aujourd’hui suffisamment solide, et parvenu à un stade qui lui permet de surpasser ces difficultés.
Il n’empêche, tout cela laisse un goût amer. Et si l’inverse s’était produit ? Et si -hypothèse- le pape, lorsqu’il était dans la synagogue de Rome, lieu au moins aussi symbolique pour la communauté juive que la cathédrale Notre-Dame pour les catholiques, avait été empêché de parler par des juifs lui reprochant la prochaine béatification de Pie XII ? Que n’aurait-on alors entendu ? Et dit ? Il est d’ailleurs hautement probable que ceux qui auraient alors crié le plus fort au scandale sont ceux là-mêmes qui dimanche, ont voulu réduire le rabbin au silence…
Isabelle de Gaulmyn
Monsieur le Rabbin ,
Nous ne nous connaissons pas, mais j’ai appris par Philippe Haddad l’incident de dimanche à Notre-Dame de Paris ;
Je suis Catholique et je n’ai pas beaucoup d’illusions quand il s’agit des éléments extrêmes de mon Eglise : j’en connais la fermeture, la violence, la stupidité. Mais l’affront qui vous a été fait, le déni des égards élémentaires dus à un hôte, et la gifle assénée par la même occasion à l’Archevêque de Paris qui vous avait invité me remplissent d’étonnement , d’amertume et de honte. Je voulais vous assurer de toute ma sympathie. Les liens que nous entretenons en permanence avec nos frères Juifs font partie des très belles entreprises qui nourrissent notre Foi et notre humanité, et personne au monde ne pourra nous empêcher de continuer .
Un incident comme celui-là nous appelle,nous catholiques de la base à sensibiliser nos communautés, à leur dire le bonheur qui vient de ces échanges entre croyants , à éduquer sans cesse et toujours pour ouvrir ces communautés à la curiosité et à l’appétit d’en connaître un peu plus sur la tradition Juive et d’être en dialogue avec elle.
Je crois vraiment que rien ne peut arrêter le mouvement fraternel de connaissance et de reconnaissance mutuelles et de respect entre les membres de nos communautés et que c’est dans ce mouvement là que nous pouvons ensemble dire au monde une Espérance.
Croyez, cher Monsieur le Rabbin que dans ces circonstances qui ont dû être si difficiles à vivre pour vous et tellement décevantes pour tous ceux qui se faisaient une joie de cette " première " à Notre-Dame, nous sommes de votre côté et du côté de l’amitié entre les croyants de nos deux traditions.
Très cordialement
Roseline Derrien
La voix de l’intégrisme chrétien
(Sans étonnement bien proche par le ton de celle des intégristes juifs intervenant régulièrement sur les forums de Massorti .com)
Bonjour,
je fais partie des « jeunes excités » qui ont perturbé la conférence de M. le Rabbin Rivon Krygier, et participer à cette action « aux nauséabonts relents d’antisémitisme »…
Pendant que nous sortions, un jeune est venu me voir parce qu’il me trouvait sympathique et était curieux de comprendre le pourquoi de cette action. Lui-même si j’ai bien compris était fils de rabbin . Voilà ce que je lui ai dit : Si la manière d’agir n’était pas très courtoise, c’était le seul moyen pour réagir contre une aberration. Le Carême est un temps de pénitence et de prière pour se préparer à la mort de Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai Homme, mort sur la croix. Comment un rabbin , aussi érudit soit-il peut-il parler de Jésus, mort sur la Croix pour sauver le monde en s’offrant en sacrifice parfait pour la rémission de tous les péchés du monde ? Cela signifie, et l’Eglise a toujours été clair là-dessus, que la seul et unique voie de Salut pour les hommes est le Christ par son Eglise : l’Eglise Catholique !!! Faire prêcher un rabbin dans une cathérale, c’est faire croire qu’un judaïque n’a pas besoin de réfléchir sur le sens du Judaïsme après le Christ, Judaïsme qui est dans l’erreur, qui ne peut donner à ses fidèles la vrai foi, celle qui est nécessaire au salut. C’est donc une grave erreur de laisser un rabbin prêcher, c’est répandre l’erreur dans l’esprit des fidèles : « oui, ne prions pas pour la conversion des juifs, ils peuvent se sauver dans le religion ». Quelle erreur, quel manque profond à la Charité Chrétienne qui est de répandre la Foi Catholique aux égarés. Jésus et les Apôtres ont cherché à baptiser les juifs, ce peuple que Dieu aime tant puisqu’il l’a choisi, ne devons-nous pas faire pareil ???
Pour Mibemol : Jésus était juif, c’est vrai (d’où l’aveuglement profond du Sanhédrin qui a condamné le Christ Dieu), les tous premiers chrétiens aussi… Mais aucun d’eux n’était judaïque. Ils étaient chrétiens, et face aux pharisiens, Jésus et les apôtres ne « mâchaient » pas leurs mots pour fustiger leur aveuglement haîneux, ce refus plus ou moins conscient du Messie qui ne correspondait pas à leurs attentes… Il n’y avait pas d’antisémitisme dans notre action, seulement de l’anti modernisme, de l’anti faux-oecuménisme (le vrai oecuménisme cherche à convertit les âmes au baptême), et une opposition au judaïsme, qui est une fausse religion, l’Ancienne Alliance étant révolue par la nouvelle scellée sur la croix.
Si ça avait été un pasteur, ou un imam, nous aurions fait pareil. Rien à voir avec de l’antisémitisme qui est un manque profond de charité.
N’oublions pas qu’un catholique doit avoir une haîne profond de l’erreur, de l’hérésie, de l’idée fausse, mais une charité sans borne (par l’action et la prière) pour ceux qui sant dans l’erreur, pour les hérétiques, pour ceux qui adhèrent à des idées fausses…
Trouble du sophisme...
Il y a tout de même des choses que je voudrais que l’on m’explique : Pourquoi inviter un rabbin , donc un prêtre juif, donc quelqu’un qui ne reconnaît pas en Jésus le Sauveur du monde annoncé par l’Ancien testament, qui nie sa divinité, à une conférence de Carême, temps fort pour les Chrétiens, qui préparent la grande fête de Pâques, celle ou le Christ manifeste de façon éclatante et son amour des hommes et sa divinité ?
Que peut-il sortir d’une telle conférence ? Veut-on ébranler la foi des fidèles Chrétiens en Jésus ? Veut-on, par toutes sortes de contorsions et de sophismes, faire croire que croire ou ne pas croire en la divinité du Christ c’est la même chose ?
Cette conférence est pour le moins déroutante.
La haine chrétienne toujours vivace
(parmi les réactions, voici celle d’un site intégriste chrétien)
Aujourd’hui, dans la nef de la cathédrale Notre-Dame de Paris, 16h30, alors que le rabbin Rivon Krygier allait ouvrir sa bouche venimeuse et perfide pour faire la promotion d’un rapprochement honteux et impensable entre la vraie religion catholique et le judaïsme talmudique d’essence satanique, de courageux catholiques ont réparé l’outrage fait à Notre-Dame. Ils ont fait comprendre au cardinal André Vingt-trois que l’invitation d’un hérétique juif – dont l’idolâtrie est la même que celle des grands prêtres qui crucifièrent le Christ – pour prêcher une conférence de carême au sein d’un des lieux les plus sacrés de France, était une abomination qui criait scandale au ciel.
Ainsi, alors que le cardinal André Vingt-Trois venait de terminer son mot d’introduction et que le rabbin Krygier s’approchait du micro, un homme s’est levé proposant à l’assemblée la récitation d’un chapelet « en réparation pour l’outrage ». Interrompu quelques minutes, la retransmission de la conférence à ensuite repris, le rabbin Krygier, aux côtés du cardinal Vingt-Trois, s’exprimant depuis la sacristie de Notre-Dame tandis que les fidèles récitant leur chapelet étaient invités à sortir par le service de sécurité. La conférence de l’hérétique talmudiste est visible sur KTO.
Fidèle à sa tradition de journal non-catholique, le journal La Croix est le premier à avoir relayé l’information, en stigmatisant au passage le très bon site Perepiscopus et d’autres forums “intégristes”. Comme toujours, l’étiquette infamante de “catholique intégriste” est utilisée par le journaliste perfide de La Croix Nicolas Senèze. Puisque les Intransigeants ont quelque peu contribué à cette défense courageuse de Notre-Dame, nous acceptons ce qualificatif “intégriste” avec plaisir tant nous savons que dans le vocabulaire consensuel des conciliaires, “intégriste” signifie tout simplement catholique !
Kyrie Eleison
(Et dans le Forum de La Croix cette intervention, oh combien proche dans le ton et l’argumentaire, la vérité indivisible en particulier, des "Ben Ouziel" et autres "Gadget" toujours sous pseudonymes des différents forums de Massorti .com ! Les fanatiques religieux ont tant en commun...) :
J’y étais. C’était un beau p’tit bordel.
Apparemment, ils n’avaient pas de plan B en cas de perturbation. Les évêques présents étaient consternés (ooh les pauvres…), les agents de sécu ne savaient pas vraiment quoi faire, pas décidés à nous sortir par la peau des fesses. Et puis il y avait les autres, ces cathos mous et imbéciles pas heureux de voir des vrais catholiques défendre l’intégrité du lieu. Certains en gueulant manifestaient leur désapprobation. Il y avait une dame d’environ 65 ans parmi nous qui a envoyé balader l’un des évêques critiquant notre action, c’était assez marrant, elle était sacrément en pétard.
C’est dommage que nous soyons sortis, moi j’aurais souhaité qu’on y reste aussi longtemps qu’ils n’usent pas de brutalité pour nous dégager et puis expulser des catholiques récitant le chapelet d’une cathédrale, c’est plutôt…”incompréhensible”.
Le chapelet s’est poursuivi dehors juste en face du portail central. Personne parmi les badauds ne nous ont provoqués, les flics de plus, nous encadraient. Je suis content d’avoir, avec tous les autres, rappelé à l’apostat vingt-trois que la cathédrale n’a pas vocation d’accueillir un rabbin (sauf si c’est pour le convertir).
Il y a eu deux-trois imbéciles pour nous reprocher notre intolérance (le mot magique). Un de mes potes s’est même fait traiter de raciste ! (mdrrr) Quand donc les crétins comprendront qu’il n’y a qu’une Vérité, qu’elle est immuable (on ne tolère jamais l’erreur et le mal) ? Quand donc les évêques redéfendront ENFIN la doctrine catholique au lieu d’affirmer que les christophobes de tous poils sont nos amis et qu’on doive s’écarter pour leur faire de la place au nom de la tolérance et du dialogue ?
Christus Vincit.





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