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Simhat Tora La joie du Shass
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De Haaretz du 09/10/06 De Shar Ilan -

(L’article ci-dessous s’adresse au public israélien. Toutefois certaines prises de position peuvent intéresser aussi celui de la diaspora. NdT)

La fête de Souccot  , tout comme Ticha B’Av, se trouve lentement effacé de l’agenda laïque. Souccot   est devenue simplement une autre semaine de vacances. Mais, s’il y a une fête que le public laïc a réellement déserté, c’est Simhat Torah, la fête qui marque la conclusion (et un nouveau début), de la lecture de la Torah.

Elle aura lieu samedi prochain. Pour vraiment la célébrer, il faudrait se rendre à la synagogue. Pour les laïcs, détournés de la synagogue par la coercition religieuse et par ceux qui leur demandaient de revenir à la foi, cette fête ne signifie strictement rien.

Il fut un temps où on pouvait voir des enfants dans la rue de quartiers laïques avec des drapeaux pour Simhat Torah. Il fut un temps où les enfants savaient qu’il y avait des drapeaux pour Simhat Torah. La plupart de la population laïque ne change pas de camps et ne veut rien savoir de la fête (même si c’est dommage).

Par ailleurs, du point de vue du contenu de la fête, le public laïc n’est pas le seul étranger à Simhat Torah. Si les ultra orthodoxes   étaient honnêtes avec eux-mêmes, ils seraient heureux de célébrer non pas la joie de la Torah, mais plutôt la joie de la Guemara. Ils ne danseraient pas en tours en soulevant les Sefarim, mais plutôt le Talmud   de Babylone (puisque le Talmud  , c’est la Guemara). La raison en est que c’est Shas – les six ordres de la Mishna   (dans l’hébreu parlé, étudier le Shas, signifie l’étude du Talmud   de Babylone)- davantage que la Torah, qui est le livre plus important pour ce public.

De ce point de vue, le nom du parti Séfarade, Shas, est beaucoup plus précis et honnête que celui du parti Aschkenaze, United Torah Judaism. Quand les ultra orthodoxes   disent que les étudiants des yeshivot s’épuisent dans l’étude de la Torah, ils veulent dire, en réalité, qu’ils discutent de questions (sugiyot) talmudiques jour et nuit. Il y a une (nouvelle) fête qui reflète le livre le plus important pour les ultra orthodoxes  , et ce n’est pas Simhat Torah. C’est une fête qui marque la conclusion de la lecture de la page quotidienne du Shas, et qui est célébrée massivement á quelques années d’intervalle. Les ultra orthodoxes   affirment qu’ils vivent selon la Torah, mais EN vérité, ils vivent selon la Guemara. Même les Sages   de la Torah sont, en réalité, des sages   de la Guemara.

Pourquoi tout cela est-il si important ? Parce que le principe de base de la société ultra orthodoxe   est celui qui établit que “ce qui est nouveau est défendu par la Torah“. Ce principe, un des prétextes pour ne pas changer la tenue qu’ils conservent depuis l’Europe de l’Est, n’a pas été instauré par la Torah, mais par le Hatam Sofer  , le fameux rabbin   de Bratislava, il y a environ 200 ans. Il est clair que les érudits qui ont écrit la Guemara ne croyaient nullement que toute nouveauté était interdite par la Torah. Bien au contraire, ils y ont introduit beaucoup d’innovations, des additions et des changements. Ils étaient Reformés, Conservatives, Reconstructionnistes.

Par ailleurs, les ultra orthodoxes   suivent des préceptes religieux et des interdits dont on peut douter que les juifs des temps de la Torah les aient observé. Ainsi, par exemple, il est défendu de voler, selon une des Dix Paroles. Or, dans le monde ultra orthodoxe  , l’interdit de livrer quelqu’un aux autorités, y compris des voleurs à la police israélienne, est beaucoup plus sévère et fort que l’interdit de voler. Aucun journal ultra orthodoxe   n’expliquerait les soupçons qui pèsent sur le président Moshe Katsav, car le public a le droit de ne pas savoir. En revanche, la Torah croit, réellement que le public a le droit de savoir exactement ce que Shechem, le fils de Hamor, a fait à Dinah, la fille de Leah.

Voilà pourquoi il serait opportun que les ultra orthodoxes   montrent beaucoup plus de prudence par rapport aux courants nouveaux et innovateurs parmi le peuple juif. C’est le droit du peuple, dans des lieux laïques, que d’apprendre à interpréter la Torah à sa manière, un droit qui n’est aucunement moins respectable que celui des Sages   qui ont écrit le Talmud  . Au sein des organisations juives laïques se discute l’éventualité d’écrire un Talmud   laïque ou un Tel Aviv Shas. Ceux qui écrivent une Guemara laïque ont le même droit de le faire que ceux qui ont écrit le Talmud   de Jérusalem et le Talmud   de Babylone.

Seulement si les organisations laïques juives ont du succès et seulement si le Judaïsme, dans un esprit de laïcité, s’échappe des maisons d’études et collèges religieux pour être accepté par un plus large public , alors il y aura une chance que les juifs laïques redécouvrent Simhat Torah (la joie de la Torah). Ce sera la joie d’une Torah tolérante et égalitaire, une Torah qui traite avec respect les opinions différentes, qui traite femmes, étrangers, prosélytes, Gentils   et déviants avec respect, et qui respecte la liberté individuelle. Car, non seulement le nouveau n’est pas interdit par la Torah, il est au contraire, essentiel à sa préservation et à sa pratique dans la joie.

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