comme c’était la règle pour les gens de son « espèce ». Elle était noire, accessoirement femme. Dans le cas qui nous intéresse, il s’agit avant tout de femmes accessoirement juives…
Les circonstances ne sont évidemment pas tout à fait les mêmes, le racisme non plus, mais dans le fond tout cela relève des mêmes préjugés stupides et plus encore de l’humiliation et de la ségrégation systématiques d’un groupe humain particulier, en l’occurrence ici des femmes accessoirement juives. Faut-il rappeler que dans toute société civilisée, nulle différence ne devrait être faite « sans distinction aucune, notamment de race, de couleur, de sexe, de langue, de religion, d’opinion politique ou de toute autre opinion, d’origine nationale ou sociale, de fortune, de naissance ou de toute autre situation. »
La scène se passe à Jérusalem. Un bus de la compagnie nationale « Eged » qui dessert des quartiers religieux (Har Nof) a été séparé en deux, les femmes doivent entrer par le fond et y rester. Les hommes montent par devant. En novembre 2006, une femme, Miriam Shear, avait même été jetée à terre violemment et insultée pour ne pas être allée s’assoir au fond sur une ligne normal mais fréquentée essentiellement par des orthodoxes sans que personne ne réagisse, ni les passagers, ni le chauffeur du bus.
Il existe ainsi plusieurs lignes de bus en Israël, à Jérusalem et à Bnei Brak, sur lesquelles une stricte ségrégation (séparation diront les orthodoxes ) est appliquée.
l’argument avancé par les défenseurs de ce système est celui de la pudeur. Les rabbins ultra-orthodoxes craignent pour le regard de leurs jeunes gens (ou moins jeunes) qui pourrait tomber sur un décolleté un peu trop provocant. Le trouble psychique provoqué chez ces jeunes mâles à l’âme pure serait si grave, qu’il justifie pleinement la prise de mesures drastiques.
Ce qui est absolument lamentable dans une histoire pareille, c’est la signification profonde de ce genre de mesures et ce que cela révèle de la déviance de la société ultra-orthodoxe et de la compromission de la société israélienne en général.
Premièrement, cela est un signe supplémentaire (il y en a beaucoup d’autres, comme celui très courant de ne pas serrer la main aux femmes) du rapport obsessionnel au sexe qu’entretient ce genre de milieux. Sous prétexte de mesures de pudeur, on entretient une véritable névrose sexuelle et une culpabilité moyenâgeuse. Si ce genre de mesures évitaient les déviances et les violences sexuelles ; cela serait discutable. Hélas, il n’en est rien, le milieu ultra-orthodoxe a ses pervers, comme partout ailleurs, à la grande différence qu’il le cache et que la loi du silence rend impossible toute solution aux multiples problèmes familiaux qui existent (incestes, viols, adultères, homosexualités, sexualité troublée…). De telles mesures relèvent donc déjà de la pathologie obsessionnelle, bien plus que de la prudence.
Deuxièmement, comme toujours dans ce genre d’histoires, ce n’est pas le coupable au regard inquisiteur vers des formes trop arrondies qui est puni, mais la victime, c’est-à-dire la femme en général. Une femme doit être cachée, car une femme est désirable. Ce genre de milieux se plaît à dénoncer la femme objet occidentale, mais son regard sur les femmes, totalement misogyne, réduit celle –ci de l’état de personne à l’état d’objet sexuel insupportable. Si une femme doit être mise au fond du bus, c’est à cause de son décolleté et de ses rondeurs, c’est parce qu’elle évoque la copulation, c’est parce que les hommes la regardent comme un objet sexuel et rien d’autre. C’est donc parce que tout le système éducatif de ce genre de milieu est à revoir sur la question.
Troisièmement, la mesure est discriminatoire envers un groupe pris dans son ensemble. Quoi de plus humiliant que de devoir s’asseoir au fond ? Et si cela était l’inverse ? Si les hommes ne sont pas capables de contrôler leur regard et leurs pensées, pourquoi ne pas leur interdire de sortir de chez eux ? Pourquoi ne pas leur bander les yeux, ou au moins leur imposer des lunettes de soleil…
Ce qui est triste, c’est de voir une partie du judaïsme prendre de telles dérives au nom d’une pureté fantasmagorique. On assiste en clair à une montée fondamentaliste extrêmement malsaine. Le plus grave c’est la complicité, sous prétexte de respect des opinions minoritaires, de la société (il s’agit de bus nationaux d’un Etat démocratique reconnaissant la Déclaration universelle des Droits de l’Homme, citée plus haut) qui laisse se mettre en place, petit à petit, des bastions antidémocratiques, misogynes et faisant de la perversion une norme sous prétexte de la combattre.
Si seulement, Rosa Parks était juive orthodoxe … si seulement, une juive orthodoxe avait le courage de dire non et de renvoyer les hommes à leur place, non pas au fond du bus, mais aux côtés des femmes, à la place normale que la nature, le créateur, la civilisation et le bon sens leur ont donnée.
Sonia Lypsik et Rosa Parks
http://www.fjn.123.fr/spip.php?article97
L’écrivain Naomi Ragen prend également position





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