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12.Se faire un nom…
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Auteur : Alain Michel

rabbin et historien israélien


Parashat Shemot -

Le deuxième livre de la Torah, que nous appelons "L’Exode", a pour nom principal dans la tradition juive "sefer shemot", le livre des Noms.

Or il est frappant de constater que l’une des caractéristiques des deux premiers chapitres de ce livre c’est, après l’énoncé des noms de Jacob et de ses douze garçons, la presque totale disparition des noms des personnages pendant le récit de la naissance, de l’enfance, puis de la fuite d’Egypte de Moïse. Le livre des Noms s’ouvre, en quelque sorte, sur l’anonymat. Il ne s’agit pas d’un hasard. Le texte en hébreu joue sur cette question de manière très habile. Les expressions telles "l’homme, la femme, la sœur, l’enfant, la fille, etc", qui reviennent, par exemple, tout au long du récit de la naissance puis du sauvetage de Moïse des eaux du Nil, permettent au lecteur de comprendre les relations entre les personnages tout en ignorant totalement leurs noms. Beaucoup d’entre eux restent d’ailleurs dans l’anonymat assez longtemps. Ainsi, il faut attendre le chapitre 6 de notre livre de l’exode pour apprendre que le père et la mère de Moïse s’appellent Amram et Jocebed. Et c’est seulement au chapitre 16, après la traversée de la mer rouge, que nous apprenons que la sœur qui surveille de loin le berceau de jonc où se trouve son petit frère a pour nom Myriam. Cette information nous est d’ailleurs fournit de manière étrange, puisqu’il nous est dit seulement qu’elle est la sœur d’Aaron, et le lecteur doit faire un effort de mémoire pour se souvenir qu’au chapitre 4, la Torah lui a expliqué que Moïse avait un frère qui se nomme Aaron.

Certains des personnages restent d’ailleurs totalement inconnus. Tel est le cas des deux hommes hébreux qui se battent et que Moïse tente de séparer. Il en est de même de la fille de Pharaon, qui joue pourtant un rôle décisif dans l’histoire de Moïse, notamment en lui donnant son nom. C’est la tradition midrashique qui viendra combler les lacunes du texte, mais ces lacunes ont un sens et nous devons tenter de les comprendre. Pour ce faire, examinons quels sont les personnages dont la Torah nous indique les noms jusqu’à ce que Moïse reçoive son nom (chapitre 2, verset 10). Nous avons tout d’abord celui de Pharaon, désigné également par l’expression "roi d’Egypte". Mais selon toute vraisemblance, "Pharaon" est un nom éponyme, un titre qui dissimule le véritable nom du souverain égyptien. Par contre, les deux sages  -femmes égyptiennes, ces justes des Nations qui sauvent les enfants du peuple d’Israël, sont désignées par leur véritable identité : Shifra et Poua. Elles apparaissent au long de ce récit des deux premiers chapitres comme de véritables exceptions. Est-ce leur grandeur d’âme, est-ce leur action qui justifie ce traitement particulier ? Pour y répondre, nous voudrions citer un midrash   qui vient justement commenter le fait que le deuxième livre de la Torah s’ouvre par les mots : "Et voici les noms…".

Dans le chapitre premier du midrash   Shemot rabbah il est écrit : "L’homme possède trois noms ; le premier lui est donné par Dieu tout au début, comme il est dit (Genèse 5, 2) : "Dieu les bénis et les nomma Adam" ; un autre lui est donné par son père et sa mère, comme dans le cas de Réuven (Genèse, 29, 32). Enfin, le troisième il se l’attribue lui-même grâce à ses propres actions, s’il a accompli de bonnes actions, il bénéficie d’un bon nom, et sinon il s’acquiert un mauvais nom ; Dieu laisse de côté tous ces différents noms et ne glorifie que celui qui a une bonne renommée, comme il est dit (Ecclésiaste, 7, 1) : "Un bon nom est préférable à de l’huile parfumée".

Ce célèbre midrash  , qui a inspiré l’auteur israélienne Zelda dans son fameux poème "lekhol ish yesh shem – chaque homme a un nom", vient nous donner, nous semble-t-il, une indication claire quant aux raisons de ces anonymats du début du livre de l’Exode. Ce livre vient nous décrire comment le peuple d’Israël sort de l’esclavage et devient libre. Mais il n’est pas de liberté collective véritable sans possibilité pour chaque individu du groupe de se faire un nom, de trouver sa propre liberté particulière. Peut-être le livre de l’Exode s’est-il ouvert sur la liste des noms de Jacob et de ses fils pour nous rappeler que l’Alliance divine ne concerne pas seulement le peuple d’Israël, mais chacun de ses membres.

Rabbin   Alain Michel – Rabbin   Massorti   à Jérusalem et historien

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