Voici les faits :
Janine Elkouby, professeur agrégée de lettre à l’université de Strasbourg ainsi que quatre autres femmes réclament leur place au sein du consistoire du Bas Rhin qui a refusé sans équivoque leur éligibilité en ces termes : « En l’état actuel des lois qui régissent le code électoral il nous est impossible de retenir votre candidature. Avec nos regrets ».
Selon le grand rabbin du consistoire René Gutmann, aucune femme n’est éligible. S’appuyant, en effet, sur une ordonnance qui date de 1844, seul les notables sont habilités à élire et à être élus. Selon lui, toutes modifications de règlement menaceraient le concordat par lequel l’état assure protection et financement des cultes en Alsace et Moselle. Cependant aucune précision de sexe n’a été indiquée dans ces lois. De plus depuis 1990 (pas avant !), il a été accordé aux femmes le droit de vote sans qu’aucun règlement interne ne soit modifié.
Janine Elkouby ainsi que quatre autres femmes ont décidés de se rebeller contre cette inégalité en intentant une demande de clarification devant le tribunal administratif. Le tribunal administratif a tranché en leur faveur contre le consistoire .
Pour Janine Elkouby son combat est indispensable, elle s’en est largement expliquée dans la presse : « Nous restons dans une situation en 2006 qui prévaut depuis 150 ans. Les femmes juives occidentales entendent participer entièrement à cette chance de vivre à une époque ou elles ont le choix ». L’initiative de Janine Elkouby a reçu un large soutien au sein de la communauté juive strasbourgeoise par une pétition.
Le président du consistoire central de France, Jean Kahn, a affirmé avoir toujours été favorable à la présence de femmes au consistoire . Aucune loi halakhique ne l’interdit contrairement à ce qu’ont prétendu l’avocat et René Gutmann lors de l’audience puisque que plusieurs consistoires en France sont composés d’hommes et de femmes. La problématique n’est pas nouvelle et déjà à Paris, en 1997, une polémique avait été engagée quant à la présence de femmes au consistoire . Le grand rabbin avait exprimé des réserves. Mais aujourd’hui leur participation est acquise et ne soulève plus de difficultés.
Notre point de vue
Cette histoire, vue d’un point de vue Massorti est non seulement un scandale, mais surtout jette un profond discrédit sur la communauté juive de France, qui se couvre de ridicule. Dans un des pays les plus avancés de l’occident, une partie de la communauté juive reste ancrée dans une mentalité totalement rétrograde et machiste. Et encore, il ne s’agit ici que de siéger au sein de l’administration de la communauté, nullement de prendre une part active à la vie synagogale ! Dans les communautés Massorti , non seulement les femmes siègent dans tous les conseils d’administration, mais elles sont mêmes souvent présidentes de communauté. La question ne se pose même pas.
Il est vrai que nous allons beaucoup plus loin puisque nous permettons une part active aux femmes dans la vie du culte. Un ami orthodoxe m’a un jour donné cette excellente définition du mouvement Massorti : « la différence entre les Massorti et les orthodoxes ? En fait pas grand-chose, seulement 50 années d’avance pour les Massorti . » En effet, quand on voit que la communauté orthodoxe de Strasbourg en est encore là, 200 ans après la révolution française, on ne peut que rester songeur et surtout regretter pour les Strasbourgeois qu’il n’y ait pas encore de communauté Massorti à Strasbourg.
Il se pourrait bien que ce soit encore la meilleure solution, mais difficile à mettre en œuvre.
Un autre point est également intéressant dans ces histoires : c’est le rôle ultra conservateur des rabbins consistoriaux. Le changement vient d’une lutte de la base contre ses cadres rabbiniques. Ceux-ci ne plient que face à une forte pression de leur public. Le changement n’est donc possible que si des femmes courageuses sont prêtes à se battre. Et encore, dans le meilleur des cas elles n’obtiendront pas grand-chose. Historiquement, dans le mouvement Massorti , les choses se sont passées différemment. Il y eut bien sûr une demande de la base pour un changement du statut de la femme (dès les années 1950). Les rabbins du mouvement Massorti comprirent très bien que c’était un enjeu crucial pour l’avenir du judaïsme et sa bonne santé. Certains résistèrent, mais la plupart firent tout pour améliorer la situation et prouver que le changement était possible du sein même de la Halakha . C’est donc en fait les rabbins eux-mêmes qui, loin de suivre leur base de loin en trainant les pieds, poussèrent au changement. Un immense travail d’érudition et d’exégèse fut produit pour montrer que le judaïsme pouvait être féministe sans pour autant être dénaturé, bien au contraire.
Il est donc intéressant de signaler le rôle très différent des rabbins au sein des différents mouvements. Dans les deux cas, ils représentent une élite intellectuelle et sont les garants de l’avenir du judaïsme. Dans un cas, ils optent pour la réaction absolue ; dans l’autre, ils voient dans le changement une chance pour le judaïsme qu’il ne faut surtout pas manquer, à condition de le justifier du sein même du système.
Yeshaya Dalsace (responsable de ce site, rabbin de Maayane Or à Nice) 19/10/2006
Epilogue : belle victoire du droit des femmes !
Eclatante victoire de Janine Elkouby aux élections du Consistoire Israélite du Bas Rhin
Chers ami(e)s,
Je suis heureuse de vous annoncer l’élection de Janine Elkouby arrivée en tête du scrutin sur 15 candidats et seule élue dès le premier tour au élections du CIBR !
Elle démontre que les électrices et électeurs de la Communauté Israélite de Strasbourg ont approuvé et soutenu notre combat - combat pour les droits des femmes, combat pour l’équité, combat contre les intégrismes....
Merci de nous avoir soutenues.
Amitiés.
Sonia Sarah Lipsyc
Pour en savoir plus consultez le blog http://soniasarahlipsyc.canalblog.c...





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