Voici une réaction à un article de Rivon Kryeger que j’ai trouvé sur un blog.. Je n’ai pas son e-mail pour la lui adresser personnellement. Je me permets donc d’utiliser votre site comme plate-forme de correspondance.
A vous de juger si cela peut enrichir votre site.
Cher m.
Je ressens l’obligation, malgré mes charges professionnelles, de réagir à l’article paru en votre nom sur le blog « le monde juif ».
Pour faciliter ma tache je reprendrais les quelques pans de l’article qui m’ont le plus apostrophé.
1. Vous écrivez : « Le débat est ailleurs. Il porte sur la crispation d’une large partie de l’orthodoxie contemporaine. Nous ne dénigrons pas ses choix propres mais son exclusivisme. »
Il me semble, que cette accusation est tout à fait hors-jeu. Oui ! L’orthodoxie comme n’importe quel autre courant pense détenir la projection la plus parfaite qui soit de la révélation du Sinaï envers notre société. Autant que Massorti pense que cette projection serait plurielle, exclusivement, les orthodoxes la pensent exclusivement unique.
2. Vous ecrivez : « Ce que nous dénonçons n’est pas telle personnalité ou tel groupe en soi mais une attitude méprisante qui campe sur des positions fondamentalistes, dogmatiques et totalitaires. Laquelle ? Celle qui pense le judaïsme comme un système hermétique, autosuffisant et ahistorique ».
« fondamentalistes, dogmatiques et totalitaires, hermétique, autosuffisant et ahistorique », sont ici des « concepts creux » qui provoquent une incompréhension en raison de la sémantique que chaque personne lui accorde. Quelque part, l’ambiguïté est inhérente au concept lui-même. Judaïsme est un concept qui pousse à une appropriation personnelle du sens du mot, ne propose pas de sens communément admis. Il me semble dommage que dans un article d’une telle qualité, la confusion et le désordre puissent naître pour si peu…
Ahistorique ? Je ne sais pas à quoi vous faites référence, tout le monde sait bien que la Tora se projette différemment dans chaque génération. A une époque les tephillin étaient porté tout au long de la journée, aujourd’hui cela n’est plus le cas (sauf dans une certaine Yechiva à Jérusalem) d’innombrables takanot ont été institué (Cf. Le Maharatz Hayot (Zvi Hirsh Hayes, mévo hatalmud chapitres 7,8,9,10,11) depuis le don de la Tora jusqu’à la conclusion du talmud. Ces takanot prirent effet en temps et en lieu, par le biais d’un verset de la Tora qui donne pouvoir au sage de la génération (dans les condition qui leur sont connues) de d’établir des lois « miderabanan », non pas pour une raison sociale ou communautaire. Bien qu’une raison sociale put bien être, dans nombreux cas, le stimuli qui engendra la loi.
3. Vous ecrivez : « Elle est manichéiste et considère que tout ce qui n’est pas elle (autres religions, autres convictions) appartient aux forces obscures du mal, aux "Fils de Ténèbres" (en référence à la secte dite du désert de Judée). Elle refuse de se mesurer aux données contradictoires (elle préfère utiliser le langage du déni, de l’exécration et de l’anathème, et de l’intimidation, en vouant aux gémonies les contradicteurs »
Tenir des propos de ce genre, en parlant du courant orthodoxe, c’est allez vite en besogne ! Le monde orthodoxe ne manque pas de débats virulents sur des questions des plus épineuses, mamzerout, agounot, guérout et j’en saute. Continuellement, les divergences d’opinions persistent jusqu’à la « halakha lémaassé », et pourtant il y a une union commune entre les antagonistes, pourquoi le rigoriste n’exclue pas son contradicteur du courant orthodoxe il ne l’excommunie pas ? Pourquoi l’écart comportemental créé par les désaccords continus et fondamentaux, n’empêchèrent pas les filles de beth shamaï de se marier avec les garçons de beth hillel et vice-versa (yebamot 14a) ?
Pourquoi par contre les pharisiens ont-ils encouragé la césure avec les caraïtes et toutes les autres sectes disparues ? Pourquoi les orthodoxes ne se marient pas avec les libéraux et les massorti ? une énigme révélatrice !
4. Vous ecrivez : « Elle feint d’ignorer au sein même de la tradition l’évolution et la diversité des mentalités, des idées, des normes. Elle méconnaît ou déconsidère l’interaction permanente entre la loi juive et la société, non seulement celle qui est déjà effective mais également celle qui est nécessaire, féconde et souhaitable au regard de valeurs fondamentales du judaïsme (!) que sont la justice, et l’équité, tsedaka ou-michpat, sans parler de la miséricorde, midat rahamim. »
Encore une fois vous allez vite en besogne, elle ne méconnaît pas la diversité de mentalité puisqu’elle en est composée.(Décrivez-moi un type de mentalité que vous ne trouverez pas parmi les partisans du courant orthodoxe !). Son rapport avec la société existe, sans aucune ambiguïté, cependant, non, il ne concorde pas à vos attentes.
5. Vous ecrivez : « Elle se réfugie dans un conservatisme à tous crins, inféode la pensée à l’apologétique, et quand elle ne parvient plus à justifier des situations criantes d’injustice (ex. agounot) générées par les inadéquations de la Loi, elle invoque l’immuabilité de la Tora. Par-dessus tout elle est incapable de se remettre en cause, de porter un examen critique sur quoi que ce soit. »
Vous exprimez ici deux idées distinctes : des « situations criantes d’injustice » qui ne sont pas résolues dans le contexte orthodoxe, et l’incapacité de se remettre en cause via ces situations douloureuses (j’espère vous avoir bien compris)
Vous oubliez, cher m. la règle « number one » de l’orthodoxie, « hachgaha pratite » (dois-je traduire ?). Pas toutes les douleurs ont leur sédatif adéquat. Penser que le corps rabbinique peut trouver des issues à tous les maux, n’est qu’une surestimation flagrante de leur pouvoir !
Un enfant atteint d’une tumeur au cerveau à la naissance, n’est pas une situation criante d’injustice ? Alors Ms. les médecins, quelles solutions, préconise la science dans de tels cas ? Le silence et la prière !
6. Vous ecrivez : « Plus elle cultive l’ascèse, l’acribie, la discipline de fer, plus elle cultive le ressentiment envers ceux qui s’en défient. Plus elle s’arc-boute sur des broutilles, se cadenasse dans le carcan du juridisme, plus le mode d’emploi et le règlement intérieur scotomisent la vocation et la finalité des préceptes divins. »
Oui c’est vrai que le juif orthodoxe a tendance à rentrer dans une spirale technocratique (une des formes de méloumada) lui faisant oublier que l’acte n’est que le support de la mitsva. Je crois que l’on peut attribuer cette fredaine à tout juif pratiquant. Il n’en reste pas moins que dans le monde de l’acte, la technique reste prioritaire dans nombreuses situations : si un homme se convertit en se trempant dans un mikvé qui a 39.99 sea et pas 40 il n’est pas juif !! Pour quelques broutilles !!
7. vous écrivez : « Le Maharatz Hayot (Zvi Hirsh Hayes, Tiferet Israël dans Atèrèt Tsvi) a conclu à partir du Meiri (qui ne le dit qu’implicitement, Beit ha-bahira, Yoma 84b, pikouah nefech) qu’il convient de lever les interdits du chabbat pour sauver la vie de musulmans et chrétiens. Ce n’est pas moins halakhique. A mon humble avis, cela l’est même infiniment plus. »
Admettons, pour un instant, que cette responsa ainsi que les dits du Méiri ne soit pas la résultante d’une condition contextuelle de pikouah nefech « au sens large » ( et j’en doute fort, le Méiri vivant à l’age d’or de la censure…), il n’en reste pas moins que vous avez trouvez un avis minoritaire dans le monde vaste de la responsa de ces époques. Si ce Méiri et cette Maharatz Hayot n’existaient pas vous n’auriez pas reculé, pourquoi les prenez-vous en otage ? (de plus il ressort du méiri qu’uniquement une personne ayant adopté une religion doit être sauvé, un athée, non !)
8. vous écrivez : « Ce qui n’est pas bienséant à mon sens, c’est le mauvais procès qui fait des « réformistes » les responsables du désaccord, de la « cassure », etc. En général, on est deux ou plus, à ne pas être d’accord. Dire que l’autre est responsable du désaccord, car il ne rejoint pas votre propre opinion est une curieuse façon de concevoir et de gérer le débat. »
Pour l’instant, il n’y a pas de débat. L’orthodoxie constate des faits. Selon son optique, les réformistes sont responsables de la cassure. Il n’y a là rien de curieux. Si vous souhaiter un débat, c’est possible, mais sans mépris ni dénigrements, sans agressions verbales, sans utiliser des noms d’homme comme bouclier humain, sans utiliser des concepts creux tels que « la modernité », « la culture » sans vouloir plaquer au judaïsme votre vision du monde mais au contraire de comprendre quelle est la volonté divine aujourd’hui, un débat de qualité, un débat d’idées.
Oui c’est possible mais pour l’instant, vous arrosez l’orthodoxie d’un discours provocant le dédain, l’aversion et l’antipathie, et tout cela au nom du respect d’autrui ! arrêtez de vous faire remarquer par votre arrogance dissimulée. C ‘est lourd !! Changez votre fusil d’épaule vous aurez certainement des interlocuteurs plus intéressants et un débat de meilleure qualité, si encore, vous en cherchiez !
Les pharisiens accusaient les juifs chrétiens de créer une « cassure ». eux, leur rétoquaient « Dire que l’autre est responsable du désaccord, car il ne rejoint pas votre propre opinion est une curieuse façon de concevoir et de gérer le débat. ». oui je compare, pourquoi pas ? Jusqu’à Paul de Tarse en 49, les juifs chrétiens ne s’étaient pas détachés de la pratique mais avaient uniquement des divergences de croyance. Ils ont cependant été exclus,,,, ????
9. Vous écrivez : « Face à la déferlante de doutes, face à l’assimilation à tous crins, certains juifs ont préféré se recroqueviller et rejeter toute la modernité en bloc (l’ultra-orthodoxie). »
encore une fois vous allez vite en besogne ! le monde ultra-orthodoxe n’est pas recroquevillé sur lui-même. Benny levi est un homme à l’esprit large, ouvert, pur et profond. Le rabbi de loubavitch qui détient 7 doctorats (science exacte) n’est pas fermé sur lui-même, et vous en connaissez certainement d’autres. Ils ont analysé (et qui le pourrait mieux que Benny Lévy) la condition humaine et ont transcrit, conjugué « la lettre » à cette situation. Le résultat c’est le système orthodoxe auquel ils adhèrent. Ce n’est pas le vôtre certes, ce n’est pas une raison pour qualifier leur comportement intellectuel de recroquevillement et de renfermement en eux-mêmes. Ils ont simplement un résultat d’analyse différent du votre. Respectez leur droit et arrêtez de les prendre pour moins cultivés que vous. Ce petit jeu n’a pas de sens et rend le débat stérile.
10. Vous écrivez : « Présenter les massorti ou les libéraux comme les agents sataniques qui ont provoqué ou provoquent encore la crise majeure de l’ébranlement de la religion n’est pas seulement une erreur naïve d’évaluation, c’est une accusation opportuniste et grossière qui fait penser furieusement à de l’antisémitisme primaire ! »
je ne sais pas qui a porté de telles accusations, mais je vous donne totalement raison !! Que chacun s’occupe de sa bosse !!
Vous écrivez : « Admettez que sur le principe, ce n’est pas différent de ce que vous avez vous-même évoqué, à savoir la petite "révolution" opérée par le Hazon Ich considérant les juifs laïques comme des "Tinokot che-nichbou" (enfants captifs) et non plus comme des renégats, avec les pires implications que l’on sait. Selon sa perception des choses, il faut rapprocher les « moumarim ba-zeman ha-zè », « be-avotot chel ahava » (chaînes d’amour) et transgresser le Chabbat pour sauver leur vie (cf. Hazon Ich, Yorè dea 2:15). »
Le Hazon Ich n’a pas fait de révolution, il a juste cherché à savoir si la définition de moumar englobé l’ensemble des juifs laïques ou non. Il a conclu qu’étant donné l’état actuel de la société, le laïque, né laïque, est partiellement privé d’objectivité sur le problème de la croyance et de la pratique. Il ne rentre pas dans le cadre de Moumar.
Vous continuez : « Comme ce n’est pas non plus différent de la petite révolution opérée par le Hafets Haim (likouté halakhot Sota 21) considérant que, ha-idana, de nos jours, l’interdiction faite aux femmes d’étudier la Tora (y compris, écrite et pas seulement orale) n’a plus lieu d’être, et que désormais, à l’inverse, c’est même une grande mitsva qu’elles étudient, en tout cas certaines matières... »
Sachez, cher m. que la personne qui vous a transmis cette information, est soit dans l’erreur, soit de mauvaise fois. Le Hafets Haïm se rapporte au rambam qui dit que lekhatekhila (à priori), on n’enseigne pas aux filles, même « ces certaines matières » sur cela le hafets haïm nous dit qu’aujourd’hui nous somme dans des conditions contextuelles « bediévéd » (à posteriori). Cela justement car étant donné, que cet interdit ne soit pas absolu, comme le dit explicitement le rambam, il laisse chaque grand de la génération analyser si la société actuelle ne requiert pas un traitement différent. le hafets Haïm nous dit simplement que rambam sera d’accord qu’il est nécessaire d’enseigner aujourd’hui, aux filles autant qu’aux garçons « ces » certaines matières.
Bien evidement, les matières sur lesquelles l’interdit était absolu (et cela seulement dans une certaine forme et une certaine constance) resteront à l’ecart de l’enseignement aux féminins. Enfreindre ces lois, et enseigner le talmud par exemple (dans les format interdits) ne créai pas une forme d’égalisation des sexes, mais dénaturalise le système intellectuel féminin.
Regarder autour de vous, les femmes rabbins, en Israël et en Amérique, elles sont dans une proportion démesurées, divorcées et célibataire à un age bien avancé !! c’est ce que créait à l’extrême la formation intellectuelle masculine appliqué au monde féminin, bien évidemment, écouter de temps à autre un cours de Talmud n’aura pas des conséquences si frappantes.
11. Vous écrivez : « Vous avez bien sûr raison sur le fait qu’il serait souhaitable de tomber d’accord sur le statut de la judéité et des conversions. Mais derrière ce problème, se cache le vrai, celui de l’incapacité de l’orthodoxie radicale à se mettre autour d’une table avec les courants modérés et réfléchir à des solutions raisonnables et réalistes autour de la procédure de conversion. Plus un individu se fait « orthodoxe », plus il se montre incapable d’honorer le débat, d’écouter les autres opinions, d’établir un consensus, de faire certains compromis nécessaires pour l’unité du peuple juif. Avec cette logique qui ne fait que se renforcer, on entre dans une spirale autoritaire d’exécration, le « tout ou rien ». »
Comme si massorti était prêt à se mettre autour d’une table avec les courants libéral et réformé et réfléchir à des solutions « raisonnables et réalistes » autour de la procédure de conversion ! (deux ans de procédure !! c’est pas très raisonnable ça !) Plus un individu se fait « massorti et se dit respectant la halakha », plus il se montre incapable d’honorer le débat, d’écouter les autres opinions, d’établir un consensus, de faire certains compromis nécessaires pour l’unité du peuple juif…
allez…un peu d’objectivité !!
12. Vous écrivez : « … Le grand tribunal rabbinique israélien présidé par le rav Abraham Sherman (camp des Harédim) vient d’invalider il y a quelques mois à peine, tik 5489-64-1) des milliers de conversions opérées depuis 1999 sous l’autorité du rav Haïm Druckman (camp des sionistes ortho) »
Il n’a pas invalidé ! Il a eu la gentillesse et la force de caractère, de ne pas laisser croire à des non-juifs qu’ils soient juifs !! Ce que vous faite vous-même quand un non-juif de père goy vous annonce qu’un rabbin réformé, l’a fait monter à la Tora, n’est-ce pas ?
13. vous écrivez : « …et est même allé jusqu’à récuser sa qualité de dayan ! Où est donc la belle unanimité sur la question des conversions, une union sacrée qui n’aurait été brisée que par les fauteurs de troubles ? Les voilà maintenant regardés par les Harédim comme de graves sectateurs. Demain, ils seront traités de "karaïtes". »
on vous a plusieurs fois fait la remarque de ne pas construire votre judaïsme sur le dos des autres !!! ça devient exaspérant !! chaque communauté à ses problèmes ne battissez pas votre judaïsme sur le vide-ordure des autres !
14. Vous écrivez : « Je veux bien accorder pleine légitimité à des positions que je récuse mais l’agressivité, le mépris et le dénigrement sortent du cadre du débat civilisé. »
Premièrement, le judaïsme orthodoxe ne dénigre pas massorti, il l’ignore intellectuellement. La façon de massorti de percevoir le monde est à leurs yeux infidèle à la volonté divine. Juste ou faux ? Peu importe, vous ne leur amputerez pas la liberté de penser !!. Vous aussi ignorez les chrétiens intellectuellement (oui, nos frères les chretiens !) est-ce là un mépris ? Tandis que vous, par contre, vous dénigrez les orthodoxes, vous dénigrez leur façon de penser en générale, et leur vue sur les besoins du judaïsme contemporain en particulier. Ensuite vous avez l’outrecuidance de les accuser d’agressivité et de mépris ! Vous osez espérer un débat fécond avec un opposant que vous méprisez ?
Conclusion :
Cette réaction qui peut sembler agressive n’est en fait qu’un cri d’espoir d’un débat constructif. Si vous souhaitez ce débat ignorez la forme et penchez-vous sur le fond de ces répliques…
Je me ferais un plaisir de continuer ce débat…qui pourrait être publié dans plusieurs blogs privés… sinon ce n’est pas bien grave cela restera dans mes archives personnelles.
A vous de choisir…
Cordialement.
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