Il reste une des grandes autorités du mouvement Massorti en formant des centaines de rabbins par l’école rabbinique qu’il dirigea durant des décennies.
Ses ouvrages et travaux de centaines de pages sont remarquables d’érudition, de précision et de densité. Il connaissait bien sûr tout le Talmud par cœur, mais fut surtout un méticuleux chercheur et marqua profondément non seulement ses élèves, dont Elie Wiesel qui lui rend souvent hommage, mais surtout toute une génération de chercheurs en Talmud . Il est la référence universitaire en matière talmudique, le plus grand !
Saul Liberman est né à Motol prés de Pinsk, en Biélorussie.
Il étudia dans les yeshivots de Malch et de Slobodka en Lituanie.
Dans les années vingt il suivit les cours de l’université de Kiev, et après un cours séjour en Palestine, il continua ses études en France.
En 1928, il s’installa à Jérusalem. Là, il étudia la philologie talmudique, la langue grecque et la littérature à l‘Université Hébraïque où on le nomma en 1931, Chargé de cours de Talmud .
Il enseigna également au Séminaire de Formation d ‘Enseignants « Mizrachi » et il fut nommé Doyen du « Harry Fischel Institute » pour la recherche talmudique ,à Jérusalem, en 1935.
En 1940, il fut invité en tant que professeur par le Séminaire Théologique Juif Américain (JTS ) à New York, la grande institution du mouvement Massorti américain.
Neuf ans plus tard, on le nomma Doyen de ce même JTS , et en 1958 Recteur du Séminaire de l’Ecole Rabbinique Massorti .
Lieberman, qui combinait une immense érudition dans tous les champs de la littérature talmudique et rabbinique, possédait également une grande érudition classique. Cela en fit un personnage hors norme et un savant inégalé. La plupart des grands talmudistes manquant singulièrement de culture universitaire et n’ayant pas acquis les instruments nécessaires au travail de commentaire sans précédant fait par Liberman.
Il ouvrit de nouveaux champs à la compréhension de la vie, des institutions, des croyances et de la production littéraire de la Palestine Juive de la période talmudique.
Il fit ses débuts dans la littérature savante avec la publication de « Al ha Yerushalmi » (voir l’ouvrage avec d’autres en bas de l’article) dans lequel il suggéra des manières de corriger des distorsions dans le texte du Talmud de Jérusalem et proposa diverses lectures du traité « Sotah ».
Suivirent des séries d’études de textes du Talmud de Jérusalem publiées dans « Tarbitz » puis, par « Talmudah shel Keisaryah » (1931) dans lequel il exprime l’idée que les trois premiers traités du Seder Nezikin dans le Talmud de Jérusalem avaient été compilés à Césarée, probablement au milieu du 4 ème siècle après l’ère chrétienne.
Une autre publication fut « Ha yerushalmi ki Peshuto » (1934) un commentaire du traité « Shabbat », « Eruvim » et « Pessahim » du Talmud de Jérusalem.
Il était conscient de la nécessité de clarifier non seulement le texte du Talmud de Jérusalem, mais surtout les sources tannaiques, et particulièrement celles de la « Tosefta » à l’élucidation desquelles peu de commentateurs s’étaient attelés dans les générations précédentes.
Dans un temps relativement court de trois ans (1937-39) il publia les quatre volumes de « Tossefet Rishonim », un commentaire de l’intégralité de la « Tosefta » avec des corrections du texte , basé sur des manuscrits, des éditions antérieures, et des citations tirées d’écrits rabbiniques antérieures.
Durant cette période, il publia également « Tashlum Tosefta » , un chapitre d’introduction à la seconde édition de M. S. Zuckermandel de la « Tosefta » (1937) traitant de citations provenant de la « Tosefta » faites par des autorités rabbiniques antérieures que l’on ne trouvait pas dans le texte.
Des années plus tard, Lieberman retourna à l’élucidation systématique de la « Tosefta ». Il entreprit la publication du texte de la Tosefta, basée sur des manuscrits et accompagnée de brèves notes d’explication et d’un commentaire extensif appelé « Tosefta ki-Feshuta », ce dernier combinait des recherches philologiques et des observations historiques avec une discussion de toute la littérature talmudique et rabbinique dans lequel le texte de la « Tosefta » est soit commenté, soit cité.
Entre 1955 et 1967 apparurent dix volumes de cette nouvelle édition comportant le texte et les commentaires des ordres « Zeraim » et « Moed » et sur une partie de l’ordre Nashim.
Dans le « Sifrei Zuta » (1968) Lieberman avança le point de vue selon lequel ce midrash halakhique avait vraisemblablement fini par être édité par Bar Kappara à Lydda.
Ses deux volumes en anglais, qui ont également une traduction hébraïque « les Grecs dans la Palestine juive » (1942) et « L’Hellénisme dans la Palestine juive » (1950) illustrent l’influence de la culture Grecque sur la Palestine Juive des premiers siècles de l’ère chrétienne.
D’autres livres écrits par lui furent « Shekiin » (1939), sur les légendes Juives, les coutumes et les sources littéraires trouvées dans « Karaite » et dans les écrits chrétiens polémiques et « Midreshei Teiman » (1940) dans lequel il montre que le Midrashim Yéménite avaient préservé du matériau d’exégèse qui avait été omise délibérément par les rabbins du Talmud .
Il édita une autre version du Middrash Rabbah sur le Deutéronome. Selon lui, cette version avait été courante dans le judaïsme Sépharade, alors que le texte classique était celui des ashkénazes.
En 1947, il publia « Hilkhot ha Yerushalmi » qu’il identifia comme un fragment d’ouvrage de Maimonide sur le Talmud de Jérusalem.
Lieberman a également édité le commentaire non publié jusqu’alors « Commentaire de la Tosefta Hasdei de David Pardo sur l’ordre « Tohorot ». La première partie de ce travail paru en 1970.
Un grand nombre de ses œuvres sont apparues dans des éditions nouvelles et révisées.
Lieberman fut l’éditeur en chef d’une nouvelle édition critique du « Mishne Torah » de Maimonide ( vol 1 1964) et l’un des éditeurs des séries Judaica de l’université de Yale.
Il édita également divers ouvrages scolaires.
Il contribua en de nombreuses études à la publication de livres scolaires et également de notes pour des livres de thèses. Dans ces travaux, il basait sur différents aspects du Monde antique certaines idées des rabbins du talmud et montra comme ils étaient étroitement liés à l’ensemble de la culture méditerranéenne de l’époque. Il mit en lumière des évènements de la période talmudique et élucida surtout une quantité énorme de mots et expressions obscures de la littérature talmudique et midrashique.
Il fut durant de nombreuses années président de l’Académie Américaine des Recherches Juives. Il a été membre honoraire de l’Académie de la Langue Hébraïque, membre de l’Académie Israélienne des Arts et Sciences et aussi membre de l’Académie Israélienne des Sciences et Humanités.
En 1971, on lui donna le Prix d’Israël pour les Études Juives et en1976 il reçut le Harvey Price du Technion de Haifa.
Au sein du mouvement Massorti , il ne fut pas toujours compris et ne chercha jamais à se mêler aux grands débats de terrain. Il dirigea néanmoins l’Ecole rabbinique et impressionnait bien entendu beaucoup les élèves. Il trouva incontestablement au sein du Mouvement Massorti , l’accueil, l’ouverture, les moyens et la tranquillité d’esprit pour poursuivre son œuvre colossale.
Il ne se mêla que très peu des débats sur la Halakha , mais écrivit néanmoins une Takana à la classique Ketouba afin d’éviter le problème des Agounot . Cette initiative lui valu bien entendu les foudres des orthodoxes , qui n’osait néanmoins pas trop l’attaquer. Certains de ses livres furent même brûlés par quelques fanatiques de Brooklyn. Hélas, cette Takana fut invalidée par la Cour suprême américaine et ne s’avère donc pas d’une réelle utilité juridique. On l’appelle la Takanat Liberman. Elle engage le Hatan à se présenter au Beit Din pour proposer le Guet en cas de divorce civil.
Sa femme Judith Liebermann était la fille de Rabbi Meir Berlin (fondateur de l’Université de Bar Ilan) leader du Misrachi.
Elle fut dès 1941 principale des Etudes d’Hébreu de l’Ecole de Filles Shulamit de New York puis Proviseur de cette même école, la première école Juive pour filles d’Amérique du Nord.
Ouvrages du RaShaL consultables
Ces ouvrages n’ont d’intérêt que pour l’érudit, ils sont le pain blanc du savant talmudiste et de celui qui recherche une meilleure compréhension des sources talmudiques.
Hélas, pour des questions de droits, ils ne peuvent plus être mis en ligne... Nous avons donc retiré les ouvrages de ce site où ils étaient tous en PDF.
Hayerushalmi kepshuto
Premier volume d’une série qui ne fut, hélas, jamais terminée. C’est un ouvrage de 553 pages de commentaires savants sur trois traité du Talmud de Jérusalem, traités Shabbat, Erouvin et Pessahim.
Le Talmud de Jérusalem est moins étudié que celui de Babylone, mais plus ancien et donc plus "authentique" d’un point de vue historique. Les grands savant modernes s’y sont particulièrement attachés.
Al Hayerushalmi
Ouvrage de 82 pages qui propose des corrections au texte du Talmud de Jérusalem. Ce travail critique se base sur les différents manuscrits disponibles.
Tossefet Rishonim
Somme remarquable de toutes sortes de versions différentes du texte talmudique, plus particulièrement de la Tossefta d’après les Rishonim et leurs manuscrits.
Quatre volumes sont lisibles ici. Ils représentent une mine d’informations et de commentaires.
Tossefet Rishonim volume 1 mérite au moins la lecture de la préface. Il porte sur les Ordres zeraim et moed. Il contient 253 pages.
Tossefet Rishonim volume 2 porte sur les Ordres Nashim, Nezikin et Kodashim et fait 311 pages. Il prolonge le premier volume en apportant également quelques suppléments.
Tossefet Rishonim troisième volume porte sur les Ordres Kelim et Nida . Il contient 297 pages.
Tossefet Rishonim quatrième volume porte sur les Ordres Mikvaot et Ouktsin.
Liberman a toujours été passionné par la Tossefta dont il reste le plus grand spécialiste de toute l’histoire juive. Il se passionna pour cette œuvre majeure et finit par écrire un commentaire systématique Hatossefta Kepshouta que nous n’avons pas à notre disposition ici.
Midrashei Teman
C’est un texte peut-être plus accessible pour le grand public érudit. il s’agit d’un large exposé d’une quarantaine de pages sur le Midrash yéménite.
Edition scientifique de la Tossefta
La Tossefta est un recueil de sources rabbiniques juste postérieur à la Mishna .
Cette édition critique de la Tossefta par Saül Lieberman est celle qui fait aujourd’hui autorité. C’est celle que l’on trouve dans le CDrom de l’Université de Bar Ilan. Elle donne les différentes variantes selon les manuscrits et un court commentaire.
Tossefta Kipshouta
C’est l’oeuvre majeure de Lieberman. Un commentaire détaillé de la Tossefta d’une très grande importance pour la recherche.
On consultera également les éditions Schoken à Jérusalem publiant plusieurs de ses œuvres.
http://bookstore.schocken-jts.org.i...
Saul Lieberman Institute for Talmudic Research
http://www.jtsa.edu/x15447.xml
Bibliothèque en ligne pour consultation de manuscrits du Talmud
http://www.lieberman-institute.com/
A lire sur un excellent Blog juif francophone :
Une polémique sur les rapports de Liberman avec l’orthodoxie .
"Saul Liberman and the Orthodox".





2 messages

Messages
1. Saul Lieberman (1898-1983), 6 mai 2012, 15:17
vous pourriez avoir l’honnetete de preciser que bien que travaillant dans un organisme massorati Lieberman esr toujours rester un juif orthodoxe et ouvert au monde ce qui explique son incomprehension au sein des mondes orthodoxes et liberaux
2. Saul Lieberman (1898-1983), 6 mai 2012, 20:41, par Yeshaya Dalsace Webmaster
Vous parlez d’honnêteté de façon insultante et méprisante.
Vous sous-entendez en effet que nous ne disons pas la vérité. Vous sous-entendez surtout que quelqu’un de la trempe de Saul Lieberman ne pouvait pas être massorti .
Tout d’abord je vous signale que l’article fait le lien avec un blog Orthodoxe parlant de ce sujet. Ensuite, Saul Lieberman a toujours enseigné au sein du J T S. Il savait parfaitement ce qu’il faisait et il a été le directeur de l’école rabbinique pendant plusieurs décennies, jusqu’à sa mort.
Ce que vous n’avez pas compris, c’est que le mouvement massorti est un mouvement pluraliste et qu’il comprend en son sein différentes tendances, y compris celle plus à droite à laquelle appartenait Lieberman. Quelqu’un comme Liberman avait tout à fait sa place dans ce mouvement.
C’est bien le mouvement massorti qui lui a offert la possibilité de faire ses recherches et lui a donné les moyens intellectuels et matériels pour écrire ses livres. Vous devriez avoir l’honnêteté de reconnaître qu’un tel travail de recherche aussi minutieux et scientifique ne pouvait pas avoir lieu dans le cadre orthodoxe qui n’offrait pas de telles possibilités. La plupart des institutions orthodoxes aujourd’hui n’ont pas changées et n’offrent pas une telle liberté de penser ni une telle rigueur de recherche. Voyez le niveau du séminaire rabbinique français.
Vous oubliez également qu’être massorti c’est tout d’abord être ouvert d’esprit et cela est tout à fait compatible avec une pratique minutieuse des commandements.
Je me permets de vous répondre un peu sèchement car je n’ai pas l’intention de me laisser traiter de malhonnête par des gens qui eux-mêmes n’ont pas l’honnêteté de regarder l’histoire intellectuelle du judaïsme telle qu’elle a été ni telle qu’elle continue à être. Je suis tout à fait prêt à reconnaître les mérites et les qualités des orthodoxes , ayez la même capacité à reconnaître celle du camp d’en face et un peu plus d’amour général d’Israël ferait du bien à tout le monde.
Yeshaya Dalsace