Introduction :
De nombreux juifs se sont convertis au christianisme durant ces dernières décennies et en particulier à la suite de la deuxième guerre mondiale. Le retour aux racines juives est devenu chose courante. D’après la stricte Halakha , ces personnes sont halakhiquement juives (du moment que leur mère est juive). Elles peuvent donc réintégrer le judaïsme sans autre forme de procès. Le mouvement Massorti recommande néanmoins que ces personnes se plongent dans un mikvé . Voici pourquoi :
Historique du problème :
À l’époque talmudique aucune procédure spéciale n’a été enregistrée. Il semble que la repentance intense ait été considérée suffisante.
A l’époque des Gueonim , on exigeait de l’ex-apostat de s’engager à respecter le shabbat et les mitsvot. Certains pensaient qu’il devait être fouetté. Rav Paltoi Gaon considère que le pénitent doit être immergé. Au moyen âge, on cessa de demander que le pénitent soit battu bien que Ibn Adret et Rashi l’exigent encore. Rabbi Simha de Spire (voir Or Zaroua 1.112) considère que tout pénitent doit passer par le mikvé . Cependant, on trouve chez les Tossafot l’opinion que ce mikvé n’est pas nécessaire, la repentance suffirait. Rabbi Meir Hacohen de Rotenbourg pense que le mikvé n’est pas suffisant et qu’il faut également une repentance sincère. Preuve supplémentaire, que la pratique du mikvé était courante à l’époque. Rabbi Eliezer de Worms exigeait tout un processus de pénitence couronné par un mikvé (voir Rokeah 23 édition non censurée).
Dans l’Espagne du 14e siècle, cette pratique du mikvé comme cérémonie de réintégration au judaïsme était tout à fait courante. Rabbi Yom Tom ben Abraham pense même que cela doit se faire devant un Beit Din de trois personnes. (voir Nimouké Yossef sur Yevamot 47b) Yossef Karo (dans le Beit Yossef) ramène positivement cette pratique du mikvé sans considérer qu’elle soit obligatoire.
וכתב עוד ישראל שחטא ועשה תשובה דכולי עלמא שורת הדין אינו צריך טבילה אלא קבלת חבירות בפני בית דין לכתחלה ואף על פי כן טובל הוא מדרבנן משום מעלה דומיא דעבד משוחרר שאין טבילתו אלא מדרבנן וכ"כ בתוספות עכ"ל
Le mikvé est exigé par le Levush ainsi que par David ibn Zimra. Au 15e siècle, plusieurs commentateurs ashkénazes rapporte la coutume que le pénitent se rase totalement le corps avant de se plonger dans le mikvé . Rabbi Isserlein considère cependant qu’il ne faut pas trop humilier le pénitent déjà suffisamment affligé comme cela.
Le Maguen Abraham considère que ce mikvé peut même se faire le shabbat ! (Ce qui montre l’importance qu’il accorde à cette cérémonie)
מומר שרי לטבול כיון דאינו מדאורייתא כמ"ש שם סוף הסי’ וכ"מ ביבמות דף מ"ז ע"ב דלר"י מטבילין גר בשבת
Par la suite, il semble que cette pratique soit un peu tombée en désuétude, tout en étant encore appliquée par certains, car plusieurs sources du 18e siècle considèrent qu’il ne faut pas être trop exigeant là-dessus.
Conclusion :
La pratique d’un mikvé pour un apostat, représente une coutume très ancienne. Il va de soi que le fait d’avoir abandonné le judaïsme ou de ne pas avoir été élevé en son sein, laisse des traces psychologiques et identitaires. Il est important, sans pour autant humilier la personne, que celle–ci comprenne que son retour au judaïsme doit être effectif. À une époque où il est si facile de changer d’identité et de pratiques, ou un certain esprit de syncrétisme peut faire des dégâts, il peut sembler d’autant plus important de marquer son retour au judaïsme par une cérémonie symbolique officielle.
La personne revenant au judaïsme devrait le déclarer officiellement devant un Beit Din représentant la communauté en déclarant clairement son intention d’abandonner toute croyance incompatible avec le judaïsme, puis aller se plonger dans un mikvé sans faire de bénédiction.
La personne pourra alors être accueillie officiellement et chaleureusement dans la communauté. Nul ne doit lui rappeler ses torts passés.
Cependant, si quelqu’un est revenu au judaïsme de façon sincère et de notoriété publique sans avoir fait cette cérémonie, on ne doit rien exiger d’elle.
Yeshaya Dalsace sur la base d’une Teshouva du CJLS de 1947 par Rabbi Boaz Cohen





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