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Auteur : Alain Michel

rabbin et historien israélien


Parasha Bemidbar -

Notre parasha   ouvre le livre de Bemidbar, que l’on nomme également en hébreu « séfer hapikoudim » qui a été traduit en français par « le livre des Nombres ».

En effet, ce livre s’ouvre, dans notre parasha  , par un recensement qui a lieu au début de la traversée du désert, un an après la sortie d’Egypte, et se termine (dans la parasha   Pinchas) par un nouveau dénombrement qui, lui, a lieu 39 ans plus tard, peu avant l’entrée en terre promise. Le premier commentaire de Rashi   sur notre parasha   (et donc sur le livre tout entier) dit la chose suivante : « Par amour d’eux Il les dénombre à chaque moment. Lorsqu’il sont sortis d’Egypte Il les a compté, lorsqu’ils se sont dégradés par le veau d’or Il les a compté pour savoir combien restaient, lorsqu’Il vint poser sa présence sur eux ils les a compté, c’est le premier nissan   qu’a été confectionné le sanctuaire et c’est le premier Iyar qu’Il les a compté (d’après le midrash   Torat Cohanim   cité ici par Rashi  ) ».

A priori, le commentaire de Rashi   ne semble pas présenter de difficultés : en effet, nous pouvons retrouver facilement les passages de ces différents comptes » :

- dans le livre de l’exode, chapitre 12, verset 37, il est écrit : « Et les enfants d’Israël voyagèrent de Ramsès à Soukoth, quelques six cent milles gens de pieds sans compter les enfants ».

- dans le livre de l’exode, au chapitre 32, verset 28, après la faute du veau d’or il est écrit : « Et les enfants de Lévi accomplirent ce que Moïse avait dit, et il est tombé parmi le peuple ce jour là environ trois mille personnes ».

- enfin, dans notre Parasha   de Bémidbar, au chapitre 2, verset 32, il est dit : « Voici les comptes des enfants d’Israël par familles paternelles, l’ensemble du recensement du camp suivant les différentes armées, six cent trois mille cinq cent cinquante ».

Nous savons pourtant que Rashi   commente lorsqu’il existe une difficulté textuelle, or ici il semble que tout soit clair, et dans le texte de la Torah, et dans celui du midrash   que cite Rashi  . En réalité, il nous semble que Rashi   vient nous signaler ici une difficulté du texte du midrash  , pour attirer notre attention sur une question cruciale du texte du livre des Nombres. Le midrash   omet en effet de nous rappeler le dernier recensement, celui qui est effectué à la fin des 40 ans de désert. N’est-il pas, lui aussi, un signe d’amour ? Si nous regardons le verset 51 du chapitre 26 du livre des Nombres, la difficulté nous saute immédiatement aux yeux : « Voici les comptes des enfants d’Israël, six cent un mille sept cent trente ».

En 40 ans, la démographie du peuple d’Israël a été nulle, voir même un petit peu négative : 1720 personnes en moins ! Pour ceux qui, comme moi, attendent impatiemment chaque année la publication, la veille de Yom Haatzmaout, l’indépendance d’Israël, de l’évolution démographique du pays, et sont heureux de constater que la population juive s’est agrandie, le gel de la population des Hébreux pendant les 40 ans de la traversée du désert est particulièrement frappante. Que s’est-il passé ? C’est que le désert est, en réalité, un passage obligé, mais négatif, du développement d’Israël. Il permet la remise de la Loi, il permet la préparation de la génération qui va conquérir la terre, mais tout ceci est déconnecté de toute réalité historique et matérielle : même la nourriture et les vêtements leur sont offerts sans qu’ils n’aient à fournir le moindre effort ! Mais le but du Judaïsme n’est pas d’évoluer dans le désert, de bloquer tout dynamisme comme cela se reflète dans cette non-évolution démographique. Mais au contraire l’Alliance divine nous a été donné pour faire « laassot », pour construire et développer, pour être un peul dans l’histoire et non un peuple déconnecté des évènements.

C’est ce que Rashi   nous signale, par son commentaire, pour nous empêcher de tomber dans une erreur de compréhension alors que nous entamons le livre du désert (Bémidbar). Bémidbar veut dire textuellement « le lieu de la parole », mais ce que Dieu nous demande, c’est de savoir sortir de ce lieu de la parole pour rentrer dans le monde de l’action, rentrer en terre d’Israël.

Rabbin   Alain Michel – Rabbin   Massorti   à Jérusalem et historien

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