La question peut surprendre, mais mérite réponse. Plusieurs internautes mélangent cette question avec celle de l’homosexualité.
Semence en vain
Le judaïsme interdit l’onanisme. Il se base sur l’histoire d’Onan (qui a donné le terme français onanisme) dans la Bible.
« Alors Juda dit à Onàn : « Epouse la femme de ton frère en vertu du lévirat, afin de constituer une postérité à ton frère. » Onàn comprit que cette postérité ne serait pas la sienne ; et alors, chaque fois qu’il approchait de la femme de son frère, il corrompait sa voie, afin de ne pas donner de postérité à son frère. Sa conduite déplut au Seigneur, qui le fit mourir de même. » (Genèse 38).
Cela a donné un principe d’Halakha « verser sa semence en vain ». Ce principe est considéré comme grave et certains textes sont très sévères envers celui-ci.
Certains rabbins considèrent que la faute de la génération du déluge était celle-ci, en interprétant le verset : " toute créature ayant perverti sa voie sur la terre." (Gen. 6.12). Ils existe une palette d’interprétation sur cette perversion, de la zoophilie et le mélange des espèces, à la masturbation elle-même. Elle représente de toute façon un refus de vie, un refus de construire une espèce selon le principe de "croitre et multiplier" et engendre donc logiquement un déluge destructeur.
Différents textes du Talmud mettent en garde contre un contact intime susceptible de provoquer une auto excitation ou encore de porter son regard vers des choses ou des scènes susceptible de nourrir des fantasmes.
Chez certains cabalistes, on considérait que la semence « gaspillée » allait donner naissance à des êtres démoniaques. (Il existe un très bon ouvrage abordant cette question « Les étincelles du hasard » d’Henri Atlan, édition du Seuil). Le Zohar lui-même considère la "semence en vain" comme une faute terrible.
Dans les milieux piétistes juifs cet interdit est devenu quasiment obsessionnel. C’est notamment le cas dans les écrits du fameux rabbin hassidique Nahman de Breslav qui revient souvent sur ce problème. (Dans le mouvement hassidique tout le rapport à la sexualité est étrange et problématique, le désir doit être mis ailleurs).
A priori, un juif ne devrait avoir de rapports sexuels qu’avec une femme et de préférence la sienne. Les rapports sont a priori susceptibles de mener à la procréation (une des obligations pour un juif).
Cependant dans le cadre de la sexualité maritale, bon nombres de textes rabbiniques sont permissifs quant à la manière dont les choses se passent. Pour le dire vite, il existe une grande liberté liberté sexuelle intramaritale et la semence peut se retrouver ailleurs que dans la vagin lui-même. D’autres textes prônent au contraire la plus grande circonspection en la matière.
Onanisme
Pour le judaïsme, c’est une pratique interdite, du fait de l’interdit de "la semence en vain". Le traité Nida (13) fustige ceux qui sortent leur semence avec leur main... Les rabbins vont très loin dans leur langage "imagé", celui qui ferait cela mérite la mort, celui qui ne fait que se toucher au dessous du nombril mérite qu’on lui coupe la main...
Il va de soi que c’est une façon de parler afin de dissuader leurs étudiants de le faire, mais en aucun cas un texte législatif.
On devrait donc s’en abstenir et faire de grands efforts pour cela.
Dans le même Talmud (Nida 13a) rabbi Eliezer (toujours extrême dans ses positions) affirme que celui qui se tient le membre pour uriner "amène le déluge sur le monde". Cette opinion quelque peu contestable et au langage excessif est reprise par Maimonide puis le Shoulkhan Aroukh , qui fixent la halakha ainsi. Cela montre combien ces rabbins voyaient la masturbation d’un mauvais œil, puisqu’ils sont prêt à vouloir empêcher d’uriner normalement. D’aucuns qualifieront une telle position halakhique d’obsessionnelle avec une certaine raison...
Cependant, il faut relativiser le problème et on ne peut se contenter de ces textes pour penser une pratique aussi répandue.
Il est malsain de culpabiliser à outrance un adolescent qui à travers la masturbation découvre sa sexualité (même si cela se fait dans l’interdit et qu’il le sait). C’est hélas le cas dans certains milieux ultra orthodoxes , où la culpabilisation fonctionne à fond, car les textes cités plus haut sont enseignés et pris sans aucune distance. Cela risque de déboucher sur des névroses sexuelles dont ce milieu ne manque hélas pas. C’est une des raisons pour lesquelles on s’y marie très tôt.
Chez la plupart des juifs aujourd’hui, on se marie de plus en plus tard et on subit l’influence d’une société qui prône une grande liberté de mœurs. Il est évident que la masturbation est pratiquée par la plupart des adolescents juifs.
Nous pensons qu’il est inutile de culpabiliser à outrance des gens soumis à des pulsions auxquelles il est très difficile de résister.
La question n’est pas, doit-on ou non se masturber, c’est évident que non, mais doit-on mettre l’accent sur cet interdit au risque de provoquer des troubles psychiques chez l’adolescent ?
La masturbation féminine ne provoquant pas d’émission de semence n’est pas du tout concernée par ce problème. Cela dit certains rabbins pensaient, à l’instar de l’opinion de l’époque, que les femmes émettaient une semence au moment du rapport (sans doute pensaient-ils cela de la sécrétion vaginale ou peut-être également de ce que des sexologues ont vilainement appelé l’éjaculation féminine). (voir par exemple Tossafot Nida 13, qui justifie la masturbation féminine par le fait que la semence reste dedans)
Curieusement le Talmud Nida considère que les femmes sont indifférentes au contact de leur propre main et peuvent donc s’examiner (pour vérifier qu’il n’y a pas de sang) autant qu’elles le veulent sans risque d’excitation sexuelle. Cela les laisserait "indifférentes", les femmes seraient insensibles !!!
נשים לאו בנות הרגשה נינהו
A croire que les rabbins ignoraient un pan fondamental de la sexualité féminine... limites de la connaissance masculine qui prétend gérer le féminin sans lui demander son avis... Certains rishonim ont d’ailleurs corrigé le tir dans leur commentaire (le même Tossafot par exemple, mais pas le Ramban qui semble penser comme le Talmud ). Notons que la multiplication des femmes rabbins ou talmudistes change ce genre d’approche de nos jours. Notons également que l’idée même de "répandre sa semence en vain" employée à propos des femmes par les Rishonim , relativise beaucoup tout leur débat sur notre sujet, car reposant sur des notions de la nature assez différentes des nôtres.
Refus de procréation
Le texte biblique ne reproche pas la masturbation en soi, mais le fait de refuser de procréer. Onan ne veut pas faire un enfant qui serait symboliquement celui de son frère mort. On ne demande d’ailleurs pas l’opinion d’Onan dans cette histoire, ni celle de Tamar. Tous deux sont soumis à une norme sociale qui ne semble pas bien fonctionner. Ce texte peut d’ailleurs être lu comme une critique sévère des mariages arrangés. La tradition juive a eu tendance à appliquer l’interdit à toute forme de masturbation masculine tout en sachant très bien que celle-ci s’est toujours pratiquée.
La vie est sacrée et l’homme doit engendrer la vie. Le refus de vie, le refus de transmission de vie est la faute véritable dans tout cela.
On considéra que la semence masculine devait être préservée à des fins de procréation. L’interdit de la masturbation est basé sur cette idée de préservation.
Nous savons aujourd’hui qu’un homme pubère fabrique naturellement de la semence et qu’il l’évacue régulièrement en éjaculant, dans le cas d’abstinence il le fera par un rêve érotique. Notre connaissance physiologique relativise beaucoup cette idée de préservation, comme celle de destruction. Nous savons qu’une éjaculation contient un nombre immense de spermatozoïdes et que dans la vie d’un homme, les milliards de spermatozoïdes fabriqués seront détruits d’une manière ou d’une autre. Nous savons également que la semence masculine n’est rien sans l’ovule féminin et vice versa. Les antiques croyaient, eux, que la semence était masculine et que la femme n’était qu’un réceptacle.
Nous connaissons également l’influence des poussés hormonales sur le comportement sexuel.
On ne peut de nos jours réfléchir sérieusement à ces problèmes sans tenir compte de tout cela, ni non plus de l’évolution des mentalités sur la sexualité et sur les connaissances de l’aspect psychologique de la sexualité.
C’est pourquoi, d’un point de vue Massorti , on ne se contentera pas de citer des textes de la tradition pour prendre position sur une telle question, mais on prendra également toutes les données en compte (sociologiques, physiologiques et psychologiques).
Dans une telle perspective, il me semble sain et raisonnable de ne pas assimiler la masturbation au refus de procréation. Ce ne pas ainsi qu’elle est pratiquée dans la plupart des cas.
La contraception
Elle s’est toujours pratiquée, plus ou moins efficacement. Les rabbins contemporains recommandent une contraception féminine, plutôt que l’usage du condom, car on considère que la semence doit arriver à destination.
Dans l’antiquité, on employait des sortes de mixtures spermicides. De nos jours, la pilule ou le stérilet sont recommandés. On évite les moyens faisant écran, ce que la guemara appelle "mokh", sorte de tampon spermicide mis au fond du vagin. En cela le diaphragme et les éponges spermicides sont problématiques. Le condom encore plus.
Pour le condom, dans les circonstances de maladies, notamment le sida, il est recommandé pour des raisons de survie, de l’utiliser plutôt que risquer la contagion. Bien entendu que l’abstinence d’un rapport à risque est l’option la plus recommandable.
Mais la Tosefta (Nida 5) recommande le coitus interruptus, donc l’éjaculation extérieure, à des fins contraceptives dans le cas où la femme allaiterait (afin qu’une éventuelle grossesse n’interrompe pas la montée de lait, mettant en danger l’enfant explique Rashi ).
Un couple peut très bien utiliser des moyens contraceptifs, soit pour attendre un peu avant de commencer à faire des enfants (on pourrait discuter du bien fondé de repousser une mitsva...), soit entre les enfants ou une fois le principe de la procréation accompli (deux enfants selon la norme admise..., même si l’on ne peut que souhaiter qu’il y ait plus d’enfants juifs après la Shoa).
Le rapport du judaïsme à la contraception mériterait un plus long développement dans un autre article.
Éjaculation extérieure hétérosexuelle
Dans une pratique hétérosexuelle, il arrive que l’éjaculation se fasse de façon extravaginale. Ce n’est pas la norme, bien évidemment mais c’est envisageable.
En effet, plusieurs textes rabbiniques sont extrêmement permissifs sur la pratique sexuelle dans le couple. L’idée est qu’un couple a le droit de s’amuser à trouver son plaisir et renouveler celui-ci.
Sur ce sujet il existe un formidable adage talmudique (certes un peu macho dans sa façon de parler des femmes, mais très permissif) : " Tout ce qu’un homme souhaite faire avec sa femme, il le fait. A l’exemple d’un morceau de viande en provenance du boucher, il peut le manger salé ou grillé ou au pot ou bouilli, à sa volonté ou encore à l’exemple d’un poisson sortie du filet." (Nedarim 20b)
כל מה שאדם רוצה לעשות באשתו עושה ; משל לבשר הבא מבית הטבח, רצה לאכלו במלח - אוכלו, צלי - אוכלו, מבושל - אוכלו, שלוק - אוכלו ; וכן דג הבא מבית הצייד
Même Maimonide , pourtant assez sévère sur ces questions, précise qu’un couple peut s’adonner à toutes sortes de pratiques sexuelles.
Dans son commentaire sur la Mishna (sanhedrine 7), Maimonide précise qu’un homme peut prendre sa femme comme ils se désirent. Toute pratique sexuelle dans le couple est autorisée, la question de la destination de l’éjaculation n’est pas prise en compte.
Cependant, Maimonide précise que les sages préfèrent qu’un homme se conduise dignement avec sa femme, c’est-à-dire ne se laisse pas aller à certaines pratiques, même si elles sont autorisées.
Enfin il ajoute une nouvelle restriction pour le public des « pieux » (hassidim) qui ne devraient avoir de rapports sexuels que dans le but de la procréation…
פירוש המשנה לרמב"ם סנהדרין ז
ומותר לאדם לבוא על אשתו שלא כדרכה ודרך אברין או איך שירצה, וכך היתה תשובת אחד החכמים לאשה ששאלתו על כך, אמר לה התורה התירתך לו. וכבר רצה אחד החכמים לקבוע שיש בזה מן הגנאי שיהא האדם עושה עם אשתו מעשים אלו או שישמש עמה באותם האופנים שעושים ההמון לרוב התאוה, כגון מה שהזכרנו משכב הפוך ונשוק מקומות מסויימים בגוף וכיוצא בזה, ואמרו חולקים עליו וחכמים אומרין כל מה שאדם רוצה לעשות באשתו עושה, ופסק התלמוד בזה הלכה כחכמים. אבל על אף שכל זה מותר כמו שאמרנו, החסידים הצנועים מתרחקים מכל הדברים הבהמיים האלה ומגנים אותם ומגנים את אותם השמים כל מחשבתם ומאויים ענינים אלו. לפי שכיון שנתברר שמטרת המשגל היא קיום המין לא ההנאה בלבד, ולא ניתנה ההנאה בכך אלא כדי לעורר את בעלי החיים אל המטרה העיקרית שהוא העמדת הזרע, והראיה הברורה לכך הפסקת התאוה והעדר ההנאה אחר יציאת שכבת הזרע, כי למען זה בלבד נתעוררו הטבעים, ואלו היתה המטרה התענוג כי אז היתה ממשיכה ההנאה כל זמן שירצה האדם ליהנות, ואין הדבר כן. ולפיכך מטרת החסידים היא מטרת הטבע בלבד, והחכמים משבחין את זה ומחבבין אותו וקורין למי שמטרתו כן מקדש עצמו בשעת תשמיש, והוא שיתכוון לפלוט העודף בלבד ואמרו שזה ממה שמוסיף בבנים טהרה ופרישות ויושר מדות. וכבר הגדילו בשבח אחד החכמים שהיתה לו אשה שיש בה מומים ניכרים וגלוים והוא לא ידע בכך מפני שמחשבתו היתה עסוקה במה שמתעסקים בו החסידים הטהורים, ובשעה שהוא נצרך לה אין מטרתו אלא מטרת הטבע בחכמה האלהית, ואין זה סותר למה שקדם באמרם כל מה שאדם רוצה לעשות באשתו עושה, לפי שדרכי האסור והמותר זולת דרכי המגונה והרצוי והאהוב, ואיך צריך לנקוט בדרך הצניעות וההפלגה בפרישות
Dans son Michné Tora (hilkhot issouré biya 21.9) le même Maimonide reprend ces autorisations, mais met en garde contre le fait de répandre la semence en vain. Il prône donc de finir le rapport de façon classique.
La question se pose pourquoi il ne l’a pas précisé dans son commentaire sur la mishna et lequel des deux textes est le plus fiable ? On peut avancer des arguments dans un sens ou un autre concernant l’histoire de ces textes et leurs éventuelles contradictions internes, le fait est que l’idée de répandre la semence déplait à Maimonide .
Maimonide interdit la contraception par retrait. (Elle est cependant envisagée dans la Tossefta dans certains cas).
De même que la masturbation, qu’il considère gravement, dans la ligné des textes du Talmud cités ci-dessus.
רמב"ם הלכות איסורי ביאה פרק כא הלכה יח
אסור להוציא שכבת זרע לבטלה, לפיכך לא יהיה אדם דש מבפנים וזורה מבחוץ, ולא ישא קטנה שאינה ראויה לילד, אבל אלו שמנאפין ביד ומוציאין שכבת זרע לא די להם שאיסור גדול הוא אלא שהעושה זה בנדוי הוא יושב ועליהם נאמר ידיכם דמים מלאו וכאילו הרג הנפש.
Il est clair cependant que le fait d’autoriser toutes sortes de pratiques ayant de fortes chances de provoquer l’éjaculation relativise sérieusement l’interdit dans les conditions d’un couple.
C’est d’ailleurs en ce sens que vont Tossafot (Yevamot 34b) affirmant au nom du rabbin Isaac que l’interdit de gâcher la semence n’existe que lorsqu’il y a une volonté de faire ainsi de façon systématique (donc comme moyen de contraception), mais de temps en temps si cela arrive autrement ce n’est pas grave au même titre qu’il peut désirer prendre sa femme autrement.
De nos jours, on est beaucoup moins sensible à tout l’argumentaire sur le lieu de la semence qui n’est plus un mystère pour nous et toutes les craintes s’exprimant dans certains de nos textes (notamment cabalistiques ou piétistes) ont sérieusement perdues de leur force.
Nous savons par ailleurs l’importance d’une sexualité épanouie.
Dans ces matières, à notre humble avis, chaque couple doit gérer sa sexualité selon les critères auxquelles il a envie de se référer. Cela peut aller de la plus grande pudeur, jusqu’à une pratique sexuelle tout à fait libérée, dans le plus grand respect de l’autre.
L’homosexualité
La question de l’homosexualité est différente de celle de l’onanisme. Un homosexuel ne se donne pas à lui-même du plaisir mais reçoit ce plaisir de son partenaire.
Dans l’homosexualité, la sexualité demeure un rapport à l’autre qui peut très bien être vécu de façon totalement éthique.
La pratique homosexuelle ne relève pas du refus de la procréation mais de l’attirance inexpliquée pour quelqu’un du même sexe. Bien évidemment, la sexualité homosexuelle est stérile. Mais c’est également le cas de la sexualité hétérosexuelle avec un partenaire que l’on sait stérile ou une femme ménopausée. Il n’est donc pas du tout évident de vouloir affirmer qu’un rapport homosexuel relève de l’interdit de « verser sa semence en vain ».
Il faut signaler que certains homosexuels, hommes ou femmes, choisissent de procréer et d’élever des enfants. C’est également le cas dans le judaïsme.
De façon générale, que ce soit en ce qui concerne la masturbation ou l’homosexualité, qui toutes deux existent et sont pratiquées et l’ont toujours été, le vrai problème qui se pose pour le judaïsme est celui d’être capable de tolérer et d’accepter certaines pratiques sexuelles, même si celles-ci ne correspondent pas vraiment à la norme de la sexualité juive idéale. L’ostracisme et la stigmatisation à l’encontre des homosexuels me semble un problème beaucoup plus grave pour le judaïsme que l’existence d’une pratique homosexuelle chez certains juifs.
En effet, l’homosexualité en milieu juif est tellement mal vécue et mal acceptée, sous toutes sortes de prétextes et à renfort de toutes sortes de citations hautes en couleurs comme celles ci-dessus, que bien des homosexuels juifs (il y en a près de 5% et cela dans tous les milieux y compris les plus pratiquants) se retrouvent face à une terrible situation.
Soit ils rompent avec tout judaïsme et en cela ont une souffrance et un manque grave, sans compter les rapports très difficile avec leur famille.
Soit ils cachent leur vrai nature et vivent dans une situation totalement schizophrène. Dans les milieux orthodoxes beaucoup sont mariés et vivent une double vie à l’insu de leur épouse et de leur famille, cela est beaucoup plus commun que ce que l’on s’imagine. certains se marient quand même sans le cacher.
Soit ils s’abstiennent de toute sexualité et à toute époque, cela fut toujours la solution adoptée par les plus pieux et tout laisse à penser que plusieurs grandes figures rabbiniques dans l’histoire juive étaient des homosexuels cachés. C’est bien entendu improuvable, mais soupçonnable. Les 5% d’homosexuels ayant toujours existés et les rabbins non mariés ou vivant une vie maritale très réduite également.
Les souffrances entrainées par ces différentes situations sont parfois très graves et vont même jusqu’au suicide ! Il est donc indispensable d’être prudent avant de condamner et fustiger des gens qui ne sont que victimes de leur identité sexuelle ou plus exactement du regard des autres et non coupables. C’est pourquoi, là encore, on ne peut parler sérieusement d’un problème aussi grave en se contentant d’aligner des citations talmudiques, même si celles-ci doivent servir de base à un débat complexe.
L’attitude Massorti
Notre société a beaucoup évoluée dans sa compréhension de ces questions, aussi bien en ce qui concerne l’onanisme que l’homosexualité.
Le judaïsme Massorti considère qu’il faut tenir compte des nombreux travaux de sociologie et de psychologie sur ces questions avant d’adopter une position tranchée.
Il faut savoir écouter ; dès lors qu’on entend la parole humaine et la souffrance, on comprend la complexité du sujet et on apprend à accepter l’autre comme il est.
Un homosexuel sera tout à fait le bienvenu dans nos communautés, personne ne devrait lui faire de réflexion. De façon générale, nous respectons ce qui relève de la sphère privée des gens, tant que cela ne fait pas de mal aux autres, ce qui est le cas ici.
Quand un juif a véritablement envie et la capacité de travailler sur sa sexualité, il doit le faire. L’un des buts du judaïsme est la maitrise de soi.
Dans un tel cas, la masturbation devra bien évidemment être évitée.
Pour l’homosexualité, cela relève d’une question beaucoup plus complexe qui doit être traitée pour elle-même. Le fait est que comme le léopard ne peut enlever ses tâches, dixit le prophète Jérémie, un véritable homosexuel ne peut changer d’orientation. Contrairement à ce que disent certains rabbins fondamentalistes (Elie Ishay ministre du parti Shass par exemple) l’homosexualité n’est pas une maladie et les homosexuels ne doivent pas se faire soigner.
Doit-on pour autant « unir » un couple homosexuel, cela est très discutable.
Pour finir, le vrai problème est beaucoup plus celui de l’intolérance de certains milieux juifs et les violences et les souffrances que cela engendre, que la masturbation ou l’homosexualité. C’est donc plutôt là qu’il y a un sérieux travail à faire.
Nous sommes les enfants de la révolution sexuelle qui a eut le mérite de libérer la parole et permettre un accès du plus grand nombre à une sexualité épanouie. Nous sommes les enfants d’une tradition juive parfois ultra répressive et culpabilisante dont certains textes et certaines idées sont devenues totalement anachroniques. On doit parvenir à ménager les deux, vivre une sexualité épanouie et libérée, tout en maintenant les principes de kedousha dans le couple et de respect de l’autre.
Yeshaya Dalsace
Sur la question de l’homosexualité juive, voici le lien vers Beit Haverim le groupe juif gay et lesbien de France, qui font un formidable travail d’accueil et de soutien auprès des juifs homosexuels.
Sur les rapports (parfois très ambiguës) du judaïsme à la sexualité en général, on lira avec profit "Éros juif" de David Biale chez Acte sud.





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