Certains rabbins se sont laissés tentés à intégrer la Shoa à leur mode de pensée traditionnelle, mais c’est un échec.
Pourtant, il faut bien avoir le courage de regarder le problème en face.
Aucune solution ne s’impose, mais le questionnement demeure et il est de notre devoir de poser la question.
La Shoa ne serait qu’un Pogrom supplémentaire, à mettre dans la longue liste de la martyrologie juive ?
Des théories ont été émises mais aucune ne saurait être satisfaisante.
Peut-on demeurer juif après le génocide nazi ? La pensée juive est-elle remise en cause ? Peut-on continuer à penser avec les concepts habituels de la tradition juive ?
La nature même de notre pensée sur Dieu n’est elle pas bouleversée par un tel cataclysme ?
Croire en Dieu après la Shoa ?
La Shoa doit-elle représenter un évènement fondateur pour le Judaïsme contemporain ?
Voici un cours de pensée juive sur la Shoa, comportant plus de questions que de réponses sur un sujet néanmoins inévitable.
Cours de Yeshaya Dalsace
Cours d’Alain Michel historien et rabbin
Cours de Catherine Chalier philosophe
Prise de parole au cours d’un colloque de l’Alliance présentant la pensée d’un rabbin hassidique lui-même dans le ghetto de Varsovie. Rabbi Kalonymus Kalman Shapiro (1889-1943), appelé le rabbin de Piascezno, son premier poste, a fondé à Varsovie une yeshiva hassidique. Les drachot (discours), prononcées dans le ghetto de Varsovie, ont été rassemblées sous le titre de Ech Kodesh, le livre du feu saint.
Sur le même sujet, une analyse de différentes positions théologiques par l’historien Yehouda Bauer
http://www.massorti.com/spip.php?ar...
Les enfants du Moloch ou les otages de l’intégrisme.
Un article sur la difficulté d’une part de l’orthodoxie à intégrer la Shoa dans sa pensée sans déraper. http://www.massorti.com/Les-enfants...
Livres sur Dieu et la Shoa
Le Concept de Dieu après Auschwitz d’Hans Jonas
La question est de savoir ce que ce sommet de l’horreur humaine, ou plutôt de l’inhumanité, peut nous apprendre sur le concept de Dieu. Comment rendre compte du mal ? Comment concilier le concept de Dieu avec le constat de l’inhumanité, de la violence, de l’horreur extrême sans précédent que constitue l’extermination massive de juifs par les nazis ? On ne peut plus attribuer l’existence du mal à l’infidélité ou à la fidélité du peuple juif, à la croyance ou à l’impiété, à la faute et à son châtiment... Pourquoi Auschwitz ? Quel est le sens de ce massacre ? Pourquoi les juifs ont-ils été exterminés ? La question centrale est en fait celle-ci : « Quel est ce Dieu qui a pu laisser faire ? ». En effet, nous sommes en droit de nous demander, si Dieu existe, comment il faut comprendre cet être s’il laisse perpétrer de telles atrocités. Jonas est juif, donc n’émet pas ici (il le fera cependant dans la suite du texte, sans cependant s’y attarder puisque ce n’est pas son but) l’hypothèse que cela a eu lieu car Dieu n’existe pas. Fidèle à sa conviction religieuse, Jonas de dire : « Dieu laissa faire ». D’où, encore une fois : « Quel est ce Dieu qui a pu laisser faire ? ». Car la visée de Jonas ici est celle d’une théodicée, comme il y en a eu de nombreuses auparavant, et dont celle de Leibniz demeure certainement la plus célèbre : il s’agit bel et bien de défendre la cause de Dieu, notamment en partant de l’aporie, de l’obstacle gigantesque que constitue l’existence du mal, qui plus est sous sa forme la plus abominable. Quel est ce Dieu qui a pu laisser agir les nazis et délaisser apparemment le « peuple élu » ? Jonas souligne au passage la situation du juif, pour qui, contrairement au chrétien, le monde n’est pas le lieu du mal mais celui de Dieu, de la création, de la rédemption : le « laisser-faire » de Dieu est bien plus dur à comprendre pour le juif. Dieu peut-il être encore le « seigneur de l’histoire » ?
L’idée essentielle que Jonas a développée dans ce court texte est celle du renoncement de la puissance divine au moment de la création mondaine. Établir le concept de Dieu après Auschwitz, c’est nécessairement scinder ce concept et celui de toute-puissance, d’une part parce que cela ne permet pas, sur le plan théologique, le maintien de la bonté divine et de la connaissabilité de Dieu, mais surtout, sur le plan logique, parce que la toute-puissance est un concept contradictoire : il est dès lors possible de maintenir rationnellement la bonté de Dieu, même après les atrocités d’Auschwitz. Ce Dieu qui a « laissé faire » est en fait un Dieu qui ne pouvait pas faire autrement, car il a abandonné toute sa puissance pour créer le monde. Il revient désormais à l’homme d’accéder au divin, et de réaliser le bonheur et la paix ici-bas. Cette conception de Dieu comme un être qui s’est dépouillé de sa toute-puissance pour faire advenir le monde a le mérite de chercher à concilier sans trop de compromis (Jonas maintient cependant que Dieu est connaissable, ce qui peut apparaître comme un a priori traditionnel, ou, par charité interprétative, comme un a priori de la rationalité) l’existence du mal et celle de Dieu (comme être bon). C’est ici une théodicée peu coûteuse que propose Jonas, et une conception de Dieu qui donne tout son poids à la responsabilité humaine, et donc toute sa valeur à l’humanité. Le Dieu d’après Auschwitz ne répond pas aux prières, il ne fait pas de miracle : il nous a légué de manière soucieuse son propre devenir dont il nous incombe d’assurer la réalisation. Dieu, par définition, est absolument insaisissable ; il ne s’agit donc pas de Lui dans les présentes tentatives de Le comprendre. Quant à parler de "concept de Dieu", cela revient à une création de Dieu par l’homme, ce qui est une impossibilité métaphysique, l’inférieur ne pouvant produire le supérieur.
Hans Jonas (1903 - 1993) Juif allemand, fut élève de Husserl, Heidegger et Bultmann avec Hannah Arendt. En 1928, Il fait une thèse de doctorat sur la gnose. Très tôt conscient du danger nazi, il quitte l’Allemagne pour la Palestine et revient y combattre en tant que soldat de la Brigade juive sous commandement britannique. Sa mère meurt dans un camp. il continuera sa vie et sa carrière universitaire en Amérique.
« Croyances rebelles : théologies juives et survie du peuple après la Shoah »
La Shoah, avec ses millions de morts, ne fut pas sans conséquences sur le plan théologique. Comment penser Dieu, son existence, son silence, son alliance avec le peuple hébreu après la Shoah ? Ces questions pouvant remettre en cause les fondements du judaïsme et sa survie ont été posées par plusieurs rabbins du monde anglophone parmi lesquels Emil Fackenheim, Richard Rubenstein et Eliezer Berkovits.
Le rabbin David Meyer présente ces penseurs du judaïsme dans son livre « Croyances rebelles : théologies juives et survie du peuple après la Shoah » publié chez l’éditeur belge Lessius.





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