Question d’un internaute :
Après quelques petites recherches je n’ai pu avoir d’informations sur le lieu où se trouverait la Torah, celle qui a été remise à Moshé.
Certains scientifique s’accordent à dire que celle que nous possédons actuellement aurait été écrite entre 1500 et 600 av JC.
Comment peut-on savoir si elle est la retranscription de l’unique ? Comment des hommes qui ne l’auraient jamais vu auparavant auraient-ils pu la retranscrire ?
Suivons-nous donc vraiment les lois où sommes-nous manipulés ?
Notre réponse :
Cher Monsieur,
Il est très important de faire la différence entre mythe et Histoire. Le mythe est fondateur d’une culture et trouve son importance dans une réalité qui va au-delà de la réalité historique. L’Histoire se base sur des faits avérés et ne saurait affirmer quoi que ce soit sans le prouver.
Moshe appartient-il au mythe ou à l’Histoire ? Il appartient sans doute aux deux. Cependant, c’est le Moshe du mythe qui nous intéresse et non celui de l’Histoire. C’est celui qui est raconté dans la Tora et non celui des archéologues qui ne pourront sans doute jamais prouver ou réfuter son existence.
D’après la Tora elle-même, Moshe aurait écrit une Tora qui aurait été remise au peuple juif et dont un exemplaire aurait été déposé dans l’arche sainte. La Tora elle-même ne définit pas le contenu précis de cette Tora de Moshe. L’arche sainte elle-même a disparu, sans doute pillée par les Égyptiens lors d’une invasion de Jérusalem avant même la destruction du premier Temple. Certaines légendes pensent qu’elle serait cachée quelque part… tout cela n’est que spéculation. Le peuple juif largement paganisé, oublia l’existence de cette Tora qui aurait été retrouvée par un prêtre du premier Temple à l’époque du roi Josias (-622) (voir la Bible 2 R 22). La nature précise de la Tora retrouvée ne nous est pas connue, certains chercheurs pensent qu’il s’agirait d’une forme primitive du Deutéronome, le cinquième livre de la Tora.
Le fait est que les juifs ont depuis Ezra le scribe (à l’époque du retour de Babylone, Ve siècle avant è.c) la coutume de lire une Tora en public présentée comme le code de la loi pour les juifs.
La tradition juive affirme que la Tora que nous lisons dans les synagogues est exactement la même que celle lue à l’époque d’Ezra qui lui-même n’aurait fait que reprendre le texte découvert dans le Temple, qui lui-même serait la copie écrite par la main de Moïse… aucun historien sérieux ne prête foi à de telles affirmations, mais nous continuons à l’affirmer et même à le chanter chaque shabbat à la synagogue.
Pour la recherche biblique, le texte de la Tora est le résultat d’une longue et lente élaboration de l’assemblage de plusieurs sources parfois très anciennes.
C’est pourquoi, il serait vain de vouloir affirmer scientifiquement que la Tora que nous possédons aujourd’hui est bien la copie de celle écrite par Moshe. Par contre, la tradition juive appelle le livre de la Tora « Torat Moshe », la Tora de Moïse. Ce texte reste pour le judaïsme, le texte de référence absolue et c’est celui que nous lisons à la synagogue. La tradition juive lui accorde ce statut de texte révélé. Mais la tradition juive en affirmant cela se place du côté du mythe et non pas de l’Histoire. (la révélation n’est absolument pas une notion scientifique mais mythique ou religieuse si vous préférez).
Cela veut-il dire que nous avons été trompés ? Absolument pas. Quand les rabbins du Talmud affirment que Moshe a écrit toute la Tora, ils parlent en sages et en rabbins mais pas en historiens, de leur point de vue l’affirmation est tout à fait juste.
Il en est de même lorsqu’ils affirment que leur enseignement oral viendrait lui-même en droite ligne du Sinaï.
Nous, les modernes, avons conscience des distorsions entre mythe et Histoire. Il faut accepter de les différencier et ne surtout pas chercher à les réconcilier, car ils obéissent à des réalités différentes. Une personne intelligente et cultivée est tout à fait armée pour comprendre cela et ne pas s’y tromper.
Les fondamentalistes, qu’ils soient laïcs ou religieux, détestent cela. S’ils sont religieux, ils veulent à tout prix faire plier l’Histoire devant le mythe ; s’ils sont laïcs, c’est le mythe qui doit céder la place devant la véracité historique. Un juif moderne équilibré doit ne renoncer ni à l’un, ni à l’autre. Le mythe parle à une certaine réalité de mon être, mes connaissances historiques à une autre.
Enfin, sur la question de savoir si nous suivons les vraies lois : le droit hébraïque, la Halakha , ne se base nullement sur la Tora mais plutôt sur le Talmud . C’est un droit complexe et évolutif qui possède son Histoire propre et une dynamique tout à fait particulière. Quand un juif accepte le joug des mitzvot et cherche à respecter la Halakha , il suit assurément la vraie loi. Ce n’est pas pour autant la copie exacte de ce qui a été dicté à Moshe, mais c’est la Halakha .
En son temps, le Talmud avait totalement conscience de ce problème et raconte une anecdote assez marrante comme quoi Moshe en personne aurait visité la classe de Tora de Rabbi Akiva (IIe siècle). Moshe n’aurait absolument rien reconnu de son enseignement ! Pourtant Rabbi Akiva affirme que cet enseignement vient bien de Moshe ! Face à cette affirmation, Moshe trouve satisfaction. C’est une histoire et non de l’Histoire.
Cette anecdote présente une excellente définition de ce qu’est le judaïsme et sa véracité. Cette véracité relève du mythe et non de l’Histoire mais elle plonge ses racines dans l’Histoire antique et vient féconder l’Histoire moderne.
Yeshaya Dalsace





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