C’est l’histoire d’une famille juive suisse –la famille Meijer- originaire d’un des seuls villages où jusqu’en 1869, les Juifs étaient autorisés à résider. Marchands de bestiaux (l’une des rares professions autorisées avec le métier de colporteur), puis fondateurs de négoces –textiles pour la plupart-, quand vient le temps de l’émancipation, en 1871, et quand démarre justement cette saga romanesque prenante, les Meijer et leurs descendants continuent de chercher leur place désireux de s’élever socialement mais partagés entre la fidélité à la Tradition, l’assimilation (et même la conversion au christianisme), la révolution et le sionisme.
Sur quatre générations, ces nombreux descendants (et l’arbre généalogique à la fin de l’ouvrage est ici le bienvenu) -auxquels on s’attache au fil de plus de 700 pages écrites dans une langue assez sobre avec de succulentes expressions traduites du judéo-allemand - vont passer au travers des évènements les plus noirs du XXe siècle ( guerres et persécutions) mais vont néanmoins en ressentir les secousses…
L’auteur, Charles Lewinsky s’est inspiré de l’histoire de sa famille pour écrire ce premier roman traduit en français. Mais dans plusieurs interviews, il précise bien qu’il n’a pas voulu écrire un roman juif mais avant tout un roman suisse.
C’est vrai que cette fresque romanesque –best-seller en Allemagne- est d’autant plus intéressante qu’elle traite d’un sujet peu traité, « une minorité dans la minorité » : les Juifs suisses qui ont eu une histoire, un destin différent des autres Juifs d’Europe –pas toujours des plus enviables- mais, une histoire sans Holocauste, « … en Suisse, où l’on a vécu toutes ces années sur une île, à pied sec au milieu de l’inondation… »
Eva Hadas-Lebel
Melnitz de Charles Lewinsky
Traduit de l’allemand (Suisse) Grasset ,776 p. 22,90 Euros.





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