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Massorti et hassidisme
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Auteur : Yeshaya Dalsace

Webmaster de ce site, Rabbin à Paris de la communauté DorVador, Paris 20e. Contact yeshaya@massorti.com


Je suis passionné par le hassidisme   tel que décrit par Marc Alain Ouaknin : le hassidisme   est-il totalement compatible avec le judaïsme massorti   ?

Réponse :

Celle –ci est à la fois simple et complexe.

Pour répondre simplement

il n’y a strictement aucune incompatibilité. Plusieurs rabbins   Massorti   sont étroitement liés au hassidisme  . C’est le cas d’un de mes grands amis, jeune rabbin   en Amérique, mais il est loin d’être le seul. C’est le cas surtout du rabbin   Abraham Heschel   dont le système de pensée est profondément ancré dans le hassidisme  . Il était d’ailleurs descendant et héritier d’une des cours importantes du hassidisme   et portait le nom de son arrière-grand-père, rabbin   hassidique très célèbre. Il faut également citer Elie Wiesel qui possède un diplôme rabbinique Massorti   obtenu au JTS   mais n’est, ni strictement hassid (au sens sociologique du terme), ni vraiment Massorti   (au sens idéologique).

Pour répondre maintenant plus en profondeur

, il faudrait définir une spécificité du mouvement Massorti   et enfin une autre du mouvement hassidique. D’un certain point de vue ils sont profondément opposés.

Historiquement, le mouvement Massorti   est né de celui de la Haskala   (le mouvement des lumières dans le judaïsme) et donc de la rationalité. Le mouvement Massorti   fut celui de l’élite intellectuelle européenne occidentale, puis américaine. Il est surtout universitaire et finalement assez peu piétiste. Le mouvement Massorti   met l’accent sur l’autonomie individuelle et le libre choix de la personne. La plupart des grands maîtres du mouvement Massorti   était dans la droite ligne du mouvement lituanien, intellectuel et rationaliste, élitiste et avant tout érudit.

Le mouvement hassidique au contraire est né dans les couches populaires de l’Europe orientale. Il fut une réaction contre la Haskala   qu’il a toujours combattu. Il est piétiste et assez peu rationnel. Les rabbins   lituaniens l’ont toujours combattu, parfois férocement. Celui qui adhère véritablement au hassidisme  , adhère également à un rabbi, à une cour hassidique. Il ne fera rien sans consulter son rabbi. Il délaissera son autonomie personnelle pour faire partie d’un groupe. Le hassidisme   est truffé d’histoires miraculeuses et de légendes assez peu vraisemblables.

Autant dire qu’apparemment, tout sépare le mouvement Massorti   du mouvement hassidique.

Cependant, le mouvement Massorti   aujourd’hui n’est pas le même qu’auparavant. Il n’est plus le bastion et le refuge de la critique rationnelle. Le mouvement de la Haskala   n’a plus rien à voir avec ce qu’il a été au 18e et 19e siècle. Il est un acquis indiscutable et fait partie du bagage de la grande masse des juifs occidentaux. Il est donc logique que dans le mouvement Massorti   aujourd’hui il y ait une quête d’un certain piétisme et de voies spirituelles proches du hassidisme  . Il y a un très grand regain d’intérêt pour l’œuvre d’Abraham Heschel   et du hassidisme   en général. Plusieurs spécialistes de la mystique juive fréquentent le mouvement Massorti   et font partie de ses synagogues, c’est le cas par exemple du professeur Moshe Idel en Israël, le plus grand spécialiste actuel de la kabbale.

De son côté, le hassidisme   a profondément changé. La shoah a mis fin au monde hassidique authentique. Ce n’est plus un mouvement populaire ancré dans un terroir Est européen. Les cours hassidiques qui existent aujourd’hui, sont souvent très sectaires est totalement fermées sur elles-mêmes. Certes elles étudient encore les textes fondateurs du hassidisme  , mais ne produisent plus une véritable pensé comme ce fut le cas au 19e siècle. La plupart des gens qui s’intéressent à la pensée hassidique, s’intéressent en fait à la pensée d’un monde qui hélas a été exterminé.

Il est fort possible que naisse prochainement un courant de pensée nouveau puisant à la fois aux sources du hassidisme   et de la modernité. Il se passe des choses assez intéressantes de ce point de vue en Israël et aux Etats-Unis.

Pour conclure,

vous pouvez être un bon Massorti   et un hassid. Par contre, vous ne pouvez pas être un hassid au sens sectaire du terme tout en étant Massorti  , il y a trop d’incompatibilités. Me semble-t-il en tout cas.

Mais il ne faut jamais perdre de vue que le judaïsme est un tout et qu’aucune de ses composantes ne vit sur un îlot totalement indépendant et isolé du reste. Les idées s’interpénètrent et le monde juif n’est jamais un système fixe, que ce soit sous l’étiquette du hassidisme   ou du mouvement Massorti  .

Yeshaya Dalsace

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