Réponse :
Celle –ci est à la fois simple et complexe.
Pour répondre simplement
il n’y a strictement aucune incompatibilité. Plusieurs rabbins Massorti sont étroitement liés au hassidisme . C’est le cas d’un de mes grands amis, jeune rabbin en Amérique, mais il est loin d’être le seul. C’est le cas surtout du rabbin Abraham Heschel dont le système de pensée est profondément ancré dans le hassidisme . Il était d’ailleurs descendant et héritier d’une des cours importantes du hassidisme et portait le nom de son arrière-grand-père, rabbin hassidique très célèbre. Il faut également citer Elie Wiesel qui possède un diplôme rabbinique Massorti obtenu au JTS mais n’est, ni strictement hassid (au sens sociologique du terme), ni vraiment Massorti (au sens idéologique).
Pour répondre maintenant plus en profondeur
, il faudrait définir une spécificité du mouvement Massorti et enfin une autre du mouvement hassidique. D’un certain point de vue ils sont profondément opposés.
Historiquement, le mouvement Massorti est né de celui de la Haskala (le mouvement des lumières dans le judaïsme) et donc de la rationalité. Le mouvement Massorti fut celui de l’élite intellectuelle européenne occidentale, puis américaine. Il est surtout universitaire et finalement assez peu piétiste. Le mouvement Massorti met l’accent sur l’autonomie individuelle et le libre choix de la personne. La plupart des grands maîtres du mouvement Massorti était dans la droite ligne du mouvement lituanien, intellectuel et rationaliste, élitiste et avant tout érudit.
Le mouvement hassidique au contraire est né dans les couches populaires de l’Europe orientale. Il fut une réaction contre la Haskala qu’il a toujours combattu. Il est piétiste et assez peu rationnel. Les rabbins lituaniens l’ont toujours combattu, parfois férocement. Celui qui adhère véritablement au hassidisme , adhère également à un rabbi, à une cour hassidique. Il ne fera rien sans consulter son rabbi. Il délaissera son autonomie personnelle pour faire partie d’un groupe. Le hassidisme est truffé d’histoires miraculeuses et de légendes assez peu vraisemblables.
Autant dire qu’apparemment, tout sépare le mouvement Massorti du mouvement hassidique.
Cependant, le mouvement Massorti aujourd’hui n’est pas le même qu’auparavant. Il n’est plus le bastion et le refuge de la critique rationnelle. Le mouvement de la Haskala n’a plus rien à voir avec ce qu’il a été au 18e et 19e siècle. Il est un acquis indiscutable et fait partie du bagage de la grande masse des juifs occidentaux. Il est donc logique que dans le mouvement Massorti aujourd’hui il y ait une quête d’un certain piétisme et de voies spirituelles proches du hassidisme . Il y a un très grand regain d’intérêt pour l’œuvre d’Abraham Heschel et du hassidisme en général. Plusieurs spécialistes de la mystique juive fréquentent le mouvement Massorti et font partie de ses synagogues, c’est le cas par exemple du professeur Moshe Idel en Israël, le plus grand spécialiste actuel de la kabbale.
De son côté, le hassidisme a profondément changé. La shoah a mis fin au monde hassidique authentique. Ce n’est plus un mouvement populaire ancré dans un terroir Est européen. Les cours hassidiques qui existent aujourd’hui, sont souvent très sectaires est totalement fermées sur elles-mêmes. Certes elles étudient encore les textes fondateurs du hassidisme , mais ne produisent plus une véritable pensé comme ce fut le cas au 19e siècle. La plupart des gens qui s’intéressent à la pensée hassidique, s’intéressent en fait à la pensée d’un monde qui hélas a été exterminé.
Il est fort possible que naisse prochainement un courant de pensée nouveau puisant à la fois aux sources du hassidisme et de la modernité. Il se passe des choses assez intéressantes de ce point de vue en Israël et aux Etats-Unis.
Pour conclure,
vous pouvez être un bon Massorti et un hassid. Par contre, vous ne pouvez pas être un hassid au sens sectaire du terme tout en étant Massorti , il y a trop d’incompatibilités. Me semble-t-il en tout cas.
Mais il ne faut jamais perdre de vue que le judaïsme est un tout et qu’aucune de ses composantes ne vit sur un îlot totalement indépendant et isolé du reste. Les idées s’interpénètrent et le monde juif n’est jamais un système fixe, que ce soit sous l’étiquette du hassidisme ou du mouvement Massorti .
Yeshaya Dalsace





Pas de message
