Les différences entre sionistes-religieux progressistes et juifs massortis ont tendance à s’effacer, et parfois le passage au "mouvement Massorti " apparaît comme une continuation logique de l’éducation au "Bné Akiva".
Tamar Elad-Applebaum, 33 ans, aujourd’hui rabbin Massorti , a grandi dans une famille sioniste religieuse dans le quartier de Ramat-Eshkol à Jérusalem.
Son parcours est classique pour une jeune fille de son milieu : études secondaires au lycée religieux "Pelekh", membre actif puis cadre dans le mouvement "Bné Akiva", service militaire, université, enseignement.
Le changement dans sa vie par rapport à ses amies est dû à des convictions féministes qui bouillonnent en elles depuis toujours, et dans son refus de tout compromis avec l’égalité entre les sexes : "Je me suis toujours sentie féministe. Mon groupe du Bné Akiva a justement été un des premiers à proposer des leçons de Talmud aux filles par des filles, et je me sentais prendre part à un grand changement. D’un autre côté, je me suis aussi confronté à un "plafond de verre" : ces mêmes femmes érudites se retrouvaient après le cours derrière la mehitsa, et j’y voyais une profonde injustice, un "crime religieux".
En classe de première j’ai décidé de commencer à prier trois fois par jour (comme les garçons) mais j’avais du mal à trouver un endroit où les femmes pouvaient prier, et j’éprouvais une grande solitude. J’ai toujours senti que je ne pouvais me permettre de prier à voix haute, que je ne connaissais pas les secrets des règles de la liturgie ou de la lecture dans la Torah, et cela me dérangeait beaucoup".
Mais de là à rejoindre les massortis, la route était encore longue. "Lors de mon service militaire j’ai bien côtoyé quelques groupes de massortis ou de libéraux, mais je me sentais étrangère à eux, ils étaient pour moi un groupe d’américains étranges".
Après l’armée elle s’inscrit à l’université pour étudier la pensée juive et seulement après –sur le conseil d’un ami orthodoxe - elle commençe à étudier au séminaire rabbinique massorti .
Le rabbin Avi Deutsch, 37 ans, a lui aussi un parcours proche. Il grandit dans le quartier de Kiryat Moché à Jérusalem, est membre du "Bné Akiva", "et à l’âge de 8 ans j’ai même milité contre le retrait du Sinaï", dit-il avec un sourire. Après ses études secondaires au lycée religieux "Himmelfarb" il étudie à la yéchiva du mouvement des Kibboutz religieux. "Je voulais vraiment être rabbin , et quelqu’un m’a conseillé d’aller étudier au séminaire massorti . Puisque je ne voyais pas beaucoup de différence entre le monde dans lequel j’ai grandi et les massortis, je me suis dit "pourquoi pas ?"
Mon épouse a grandi dans une famille massorti , et cela a aussi contribué à ma décision." Après ses études il officie pendant 5 ans et demi comme rabbin de communauté à Jérusalem. Parallèlement il est membre actif de l’association "shomré mishpat"- association de rabbins de toutes les tendances qui apportent un soutien humaniste aux palestiniens.
Le parcours biographique n’est pas le seul point commun de Tamar Elad-Applelbaum et d’Avi Deutsch. Pour les deux, ce qui peut paraître à certains comme un changement drastique n’est que la continuation naturelle du milieu dans lequel ils ont grandi. "Le vocabulaire théologique de la yéchiva du kibboutz religieux n’est pas fondamentalement différent de celui des massortis. Seule la pratique quotidienne change" dit Avi Deutsch.
Le seul dilemme qui les taraudait avant faire le pas n’était pas de nature idéologique ou religieuse mais tout simplement sociale : comment les proches vont-ils réagir ?
Pour Avi, l’accueil fut presque parfait : "ma seule crainte était d’ordre sociale, et après m’être assuré que cela n’influerait pas sur mes liens sociaux, je n’ai pas eu beaucoup de difficulté pour entamer le processus. En fait, même certaines personnes desquelles je ne m’y attendais pas, comme certains rabbins qui m’étaient proches, m’ont soutenu dans cette démarche.
A dire vrai, je ne me suis pas confronté à une seule réaction hostile dans tout mon cercle de connaissance. Il y eu bien une mauvaise expérience aux milouïm, lorsqu’un des camarades a refusé que je lise dans la Torah. Dans ce cas je me suis levé et j’ai quitté la synagogue. Une autre fois un ami proche a refusé de dire une bénédiction à mon mariage. Ce n’étaient que des cas isolés, même si je reconnais que j’ai eu du mal à les digérer."
Pour Tamar, les réactions furent plus mitigées :"ma famille a certes eu des craintes sur mon avenir dans le milieu religieux, mais elle a bien reçue la démarche, puisqu’ils comprenaient que ce n’était que la continuation de mon cheminement personnel. Mais chez certains amis il y eut un éloignement, qui m’a beaucoup déçue et isolée. Les amis ne m’ont pas abandonné, mais un fossé s’est creusé avec le temps jusqu’à devenir un abîme."
Tamar et Avi sont représentatifs d’un phénomène intéressant de la dernière décennie : des jeunes se situant dans l’aile libérale du mouvement sioniste religieux trouvent finalement leur place dans le mouvement massorti . Ce mouvement leur convient car son idéologie correspond à celle qu’ils avaient lorsqu’ils étaient encore considérés "orthodoxes ".
Autrement dit, la recherche d’une vie comportant une certaine fidélité à la tradition, dans laquelle la halakha tient une place centrale, (à la différence des libéraux qui ont abandonné la halakha ), à côté d’une volonté d’"actualisation" de la halakha en conformité avec les valeurs de la vie modernes en lesquelles ils croient aussi (féminisme, droits de l’homme etc.)
Il faut néanmoins préciser qu’il ne s’agit pas d’un phénomène de masse, et que les religieux ne se précipitent pas par milliers vers les communautés massorties. D’autre part, ici et là il y eut toujours des gens qui changèrent de bord, et pas seulement des jeunes. Le cas le plus célèbre de ces dernières décennies est celui du professeur Alice Shalvi, ancienne directrice du lycée "Pelekh" à Jérusalem et présidente du lobby des femmes d’Israël, qui il y a 12 ans a surpris toutes ses élèves et amis en annonçant son passage au mouvement massorti .
Alice Shalvi vécut sa révolution intérieure à l’âge de 70 ans.
Aujourd’hui elle dit : "il m’arrive souvent de me demander si je le referais aujourd’hui, après qu’il y ait eu nombre d’avancées féministes dans l’orthodoxie moderne, mais il me semble qu’il reste encore malgré tout une certaine différence entre le niveau d’égalité qui existe même dans une synagogue comme "Shira Hadasha" (la synagogue la plus féministe de l’orthodoxie hiérosolomytaine, dans laquelle les femmes montent à la Torah et dirigent les offices pour certaines prières, bien que les hommes et les femmes soient séparés) et entre ce que je recherche."
Malgré cela, on peut constater un changement profond dans le rapport entre l’orthodoxie libérale et le mouvement massorti . "Je rencontre beaucoup de jeunes couples, vivant à Jérusalem, qui ne veulent plus que leurs enfants grandissent avec le fossé qui existe dans l’orthodoxie libérale entre le niveau d’égalité à la maison et les normes de la synagogue", dit Tamar Elad-Applebaum. "Pour eux, les synagogues massortis sont une possibilité de plus." Le principal changement n’est pas dans le nombre de membres des communautés massorties, mais dans la large légitimité que le mouvement acquiert de plus en plus dans le milieu sioniste religieux. Cela arrive, par exemple, à l’institut Schechter .
De plus en plus d’anciens du Bné Akiva viennent y étudier, malgré l’identification massorti .
Le rabbin professeur David Golinkin, président de l’institut Schechter et responsable du comité de halakha du mouvement massorti israélien, témoigne que "nombre des membres de l’orthodoxie libérale utilisent mon livre sur le statut de la femme dans la halakha ".
Certaines personnes qui n’iraient pas régulièrement dans une synagogue massorti ne ressentent plus de problème à y prier de temps en temps, si l’occasion se présente. "Le chabbat avant mon mariage je suis monté à la Torah dans une synagogue massorti ", raconte Avi Deutsch, et tous mes amis orthodoxes sont venus. C’était un office égalitaire, avec des femmes dirigeant les prières, et aucun n’en a fait grand cas." Tamar de son côté témoigne : certains amis orthodoxes sont venus en visite chez moi à Omer et m’ont découvert dans ma fonction de rabbin ."
Le rabbin Dr. Benyamin Lau, un des représentants les plus connus de l’orthodoxie ouverte, reconnaît lui-même un changement dans l’attitude vis-à-vis des massortis : "Il est vrai qu’ils sont devenus une option pour une partie de notre public, particulièrement à Jérusalem. Je pense que cela est dû justement aux changements intervenus dans le milieu sioniste religieux dans les domaines du féminisme et du rapport aux tribunaux rabbiniques. Chez certaines personnes s’est créé un sentiment de frustration du fait que le résultat est encore loin des espérances. Ils n’ont pas de patience pour le processus continu, évolutif, et ils veulent déjà aller là où le processus leur semble achevé."
A propos de la centralisation du phénomène à Jérusalem : justement la ville qui devient de plus en plus ultra-orthodoxe centralise les courants les plus libéraux du monde sioniste religieux : que ce soit "Betzet", les célibataires adultes (qui servent de référence à la série TV "Serouguim"), dont quelques uns ont des rapports sexuels ou des enfants hors mariage, ou que ce soit la légitimation des massorti .
Tamar explique cette situation par le fait qu’à Jérusalem s’est développé une communauté religieuse intellectuelle, avec une certaine ouverture de pensée, et avec le temps le sentiment s’est développé que cette ouverture n’avait pas d’expression pratique dans la vie religieuse. A Jérusalem sont aussi arrivés de nombreuses familles de conservatives américains, qui envoyaient leurs enfants dans des écoles religieuses, et c’est ainsi que les religieux "tsabarim" ont fait connaissance avec eux et ont vu que le "démon" n’est pas si terrible, qu’il s’agit de gens qui cherchent une vie religieuse sincère.
Cependant, le phénomène n’est pas réservé à Jérusalem. Le rabbin Roberto Arbiv, qui dirige depuis 17 ans la communauté Sinaï à Tel Aviv, représente en lui-même ce processus. "Monté" en Israël après une éducation dans une famille religieuse en Italie, c’est en Israël qu’a débuté son cheminement vers le mouvement massorti : "En arrivant en Israël on m’a envoyé dans un internat religieux, j’étais très observant. J’étais même parmi les rares qui osaient faire sortir leurs tsitsit . Mais je ne me sentais pas à l’aise avec l’institution religieuse et je cherchais une yéchiva qui me convienne. Lorsque la possibilité d’étudier au séminaire rabbinique massorti s’est offerte, j’ai décidé de rejoindre ce cursus."
La majorité des personnes interrogées pour cet article considèrent qu’il n’y a presque aucune différence entre les visions "orthodoxes libérales" ou "massorti ".
Comme le dit Golinkin, "dans l’affaire des femmes à qui on refuse le guèt, l’association "Kolekh" (association orthodoxe féministe), a proposé un texte d’accord prémarital qui résout le problème des refus de guèt, alors que nous avons proposé un texte un tout petit peu différent. C’est-à-dire que l’outil "halakhique" de base est identique.
En fait, la principale différence entre les communautés est dans le domaine de la synagogue : dans les communautés massorti l’égalité entre hommes et femmes est totale, alors que les communautés orthodoxes , même les plus libérales, ne permettent pas une telle égalité, car il n’y a aucun décisionnaire orthodoxe qui le permette."
Est-ce que les massorti issus des communautés sionistes religieuses sont parmi les plus conservateurs du mouvement massorti ?
Roberto Arbiv affirme que dans son cas la réponse est positive : "dans ma communauté les offices sont totalement égalitaires, mais pour tout ce qui concerne les autres questions de halakha je suis sans aucun doute du côté des plus conservateurs. Chez nous pas d’instruments de musique à chabbat, le respect de la cacherout est total, et même le sidour que nous employons est un sidour orthodoxe classique."
Pour Avi Deutsch, la réponse est plus complexe : "pour certaines choses je suis plus proches des réformés, notamment car je suis prêt à marier les couples homosexuels, et par certains aspects je suis plus proche de l’orthodoxie , comme le respect du chabbat et de tous les jeûnes, même ceux dont le statut "halakhique" est douteux."
Qu’est-ce qui empêche l’option massorti de devenir une voie de masse pour les orthodoxes libéraux ?
Golinkin pense que la raison est principalement une question de lignes : "tant que vous vous définissez comme "orthodoxe " vous êtes "des nôtres", mais si vous allez dans une synagogue massorti vous avez "dépassé les bornes".
Mais si vous posez la question à Méa Shéarim, ou même dans la plupart des communautés sionistes religieuses en Israël, personne ne verra en "Shira Hadasha" une communauté orthodoxe ."
Pour Alice Shalvi, "la représentation déformée en Israël place massortis et libéraux dans le même sac. On attribue aux deux mouvements une seule et même position, anti-halakhique, alors que notre mouvement est vraiment beaucoup plus proche de l’orthodoxie moderne que des libéraux."
Le rabbin Lau affirme qu’il existe suffisamment de bonnes raisons pour que l’aile gauche de l’orthodoxie libérale ne change pas de camp : "Premièrement, je pense qu’il y a certaines différences conceptuelles non négligeables, principalement sur la question fondamentale de la Torah révélée ou résultant d’un développement historique, et c’est une différence essentielle même si la conclusion en matière de halakha pratique peut-être proche. Deuxièmement, il y a aussi la question de qui est apte à publier des avis dans les questions de société. Les critères du mouvement massorti sur ce point me semblent trop légers. Et je n’ai pas honte de dire que l’argument public est aussi important. La majorité du public israélien, surtout oriental et traditionnaliste, identifie vie religieuse et communauté orthodoxe . Le fait de se rendre dans une synagogue massorti signifie une rupture d’avec le courant central pas seulement du milieu religieux mais surtout de l’identité religieuse israélienne, et un éloignement vers une direction marginale. Je pense qu’il est important que les changements qui doivent être fait le soient à l’intérieur de ce courant central, même si c’est une voie évolutive longue."
Sur le long terme, l’accès au mouvement massorti en particulier, et la formation d’un camp religieux libéral en général, sont des points importants dans l’histoire du sionisme religieux.
Dans les premières décennies de l’Etat d’Israël, le sionisme religieux était un mouvement qui marchait sur deux plates-bandes : d’un côté il se déclarait mouvement orthodoxe dont la fidélité à la halakha était identique à celle de l’ultra-orthodoxie , mais d’un autre il se permettait des comportements qui n’étaient pas admissibles par les standards de halakha de ses propres dirigeants (danses mixtes, consommation d’une culture populaire de masse laïque etc.).
Les premiers qui tentèrent de mettre fin à cette contradiction intérieure furent les gens des yéchivot, appelés hardalim (haredim léoumim), qui exigèrent du mouvement sioniste religieux de corriger ses comportements pour les mettre en accord avec ses déclarations officielles.
Face à cette exigence les orthodoxes libéraux adoptèrent une position apologétique et cherchèrent à légitimer leurs comportements par des décisions halakhiques orthodoxes . Ainsi, ils proposent eux même de résoudre la contradiction non dans le sens d’un changement de comportement, mais d’un changement de la halakha .
Quel est l’avenir de ce processus ? Le rabbin Lau estime que "l’orthodoxie va bientôt se diviser officiellement. Il y aura un camp orthodoxe conservateur dont le centre sera occupé par les ultra-orthodoxes , en face d’un camp orthodoxe moderne, qui probablement devra se choisir un nouveau nom, et ils ne pourront plus continuer à exister sous la même dénomination commune. Les dernières confrontations au sujet de l’année sabbatique (shmita ) et de la conversion, et l’intention d’organiser des tribunaux rabbiniques alternatifs pour ceux dont les institutions sont dominées par les ultra-orthodoxes , annoncent ce futur éclatement. D’un autre côté, je pense qu’il restera toujours une différence entre le courant "orthodoxe moderne" et le courant "massorti ", puisqu’il y a des différences essentielles entre les deux."
Golinkin décrit un scénario différent, dans lequel les massortis eux-mêmes, notamment aux Etats-Unis, s’apprêtent à se diviser, particulièrement à la suite de la décision d’autoriser les unions et les rabbins homosexuels.
A son avis, il y a une chance pour que les massortis conservateurs et les orthodoxes libéraux commencent à s’associer et à fonder des synagogues communes.
D’après lui, il se peut que le problème de sensibilité sur l’appellation "conservative " se résoudra par le fait que ces communautés ne sentiront pas le besoin de se définir autrement que "attachées aux mitsvot" : "la tendance à éviter de s’identifier clairement avec un courant spécifique se propage actuellement aux Etats-Unis, et il se peut vraisemblablement que le même processus ait lieu ici."
Haaretz traduction David Touboul
הגבולות בין הדתיים הליברליים לקונסרווטיווים מיטשטשים והולכים באחרונה, ולפעמים המעבר ל"תנועה המסורתית" נראה המשך טבעי לדרך של "בני עקיבא". נותרה בעיקר בעיית התווית
מאת יאיר שלג
תמר אלעד-אפלבום, בת 33, כיום רבה קונסרווטיווית, גדלה בבית ציוני-דתי בשכונת רמות אשכול בירושלים. המסלול שלה היה מסלול דתי-לאומי קלאסי : לימודים בתיכון הדתי "פלך", חברות מסורה (כולל הדרכה) בתנועת "בני עקיבא", שירות צבאי, אוניברסיטה, תפקידי חינוך. את השינוי במסלול חייה לעומת שאר חברותיה היא תולה בפמיניזם שבער בה, בחוסר היכולת להתפשר על נקודה כלשהי של אי-שוויון בין גברים לנשים : "מאז שאני זוכרת את עצמי אני פמיניסטית. הסניף שלנו בבני עקיבא דווקא נחשב אחד המקומות הראשונים בתנועה שהעבירו שיעורים בתלמוד גם לבנות, ועל ידי נשים, והרגשתי שאני נוטלת חלק במהפיכה. מצד שני, הרגשתי גם את תקרת הזכוכית : אותן נשים למדניות מצאו את עצמן בסוף השיעור מאחורי מחיצה, ואני ראיתי בזה עלבון עמוק, ממש פשע דתי. בכיתה י"א החלטתי להקפיד להתפלל שלוש תפילות ביום, אבל היה לי קשה למצוא מקום שבו נשים מתפללות, ואני זוכרת ממש תחושת בדידות גדולה. תמיד הרגשתי שאני לא יכולה להרשות לעצמי להתפלל בקול, שאני לא מכירה את רזי הגבאות והקריאה בתורה, וזה הפריע לי מאוד".
הדרך עוד היתה רחוקה מהצטרפות ממשית לקונסרווטיווים. "בשירות הצבאי שלי אמנם נחשפתי לקבוצות של קונסרווטיווים ורפורמים, אבל הרגשתי מנוכרת אליהם, כאילו הם משהו אמריקאי זר". אחרי הצבא למדה מחשבת ישראל באוניברסיטה ואחר כך - דווקא בעצת חבר אורתודוקסי - החלה ללמוד רבנות בתנועה המסורתית (שמה הישראלי של התנועה הקונסרווטיווית).
גם הרב אבי דויטש, בן 37, עבר מסלול דומה. הוא גדל בשכונת קרית משה בירושלים, היה חבר בבני עקיבא, "וכשהייתי בן שמונה אפילו נלחמתי נגד הנסיגה מסיני", הוא אומר בחיוך. אחרי לימודים בתיכון הדתי "הימלפרב" הלך ללמוד בישיבת הקיבוץ הדתי. "רציתי מאוד להיות רב, ומישהו הציע לי ללכת ללמוד רבנות אצל הקונסרווטיווים. מכיוון שלא ראיתי הרבה הבדל בין העולם שגדלתי בו לבין הקונסרווטיווים, אמרתי : למה לא ? אשתי גדלה בבית קונסרווטיווי, וגם זה סייע להחלטה", הוא מספר. לאחר לימודיו כיהן במשך חמש שנים וחצי כרב קהילה בירושלים. במקביל הוא חבר בארגון "שומרי משפט" - ארגון רבנים מכל הזרמים המתמקדים בסיוע הומניטרי לפלשתינאים.
לא רק הסיפור הביוגרפי של אלעד-אפלבום ודויטש דומה. בעיני שניהם, מה שנראה מבחוץ כחציית קווים היה למעשה המשך טבעי של המסלול שבו גדלו. "השפה התיאולוגית בישיבת הקיבוץ הדתי לא שונה מהותית מהשפה התיאולוגית של הקונסרווטיווים. רק הפרקטיקה שונה", אומר דויטש. הדילמה האמיתית שליוותה את שניהם לפני "חציית הקווים" לא היתה אפוא דילמה אידיאולוגית או דתית אלא, בפשטות, דילמה חברתית : איך תקבל זאת הסביבה - המשפחה, החברים.
דויטש מדווח על קבלה כמעט מושלמת : "החשש האמיתי שלי היה חשש חברתי, ומאחר שהיה לי די ברור שזה לא ישפיע על אופי הקשרים החברתיים שלי, לא היה לי קשה מאוד לעשות את המהלך. למעשה, אפילו אנשים שלא ציפיתי מהם, כמו כמה רבנים שהיו קרובים אלי, נתנו לי גיבוי וחיזקו אותי. בעצם, גם בסביבה הרחוקה יותר כמעט שלא נתקלתי בתגובות עוינות. היתה חוויה אחת קשה במילואים, כאשר אחד החבר’ה הדתיים התנגד שאקרא בתורה וטען שאני לא מוציא אותו ידי חובה. במקרה הזה פשוט קמתי ועזבתי את בית הכנסת. היה גם מקרה אחר של חבר שסירב לומר ברכה מתחת לחופה שלי. אלה היו מקרים בודדים, אבל אני מודה שקיבלתי אותם קשה".
אצל אלעד-אפלבום היו התגובות מורכבות יותר : "המשפחה אמנם חששה לעתידי בחברה הדתית, אבל את הצעד עצמו הם קיבלו בצורה יפה, גם משום שהם הבינו שזה בעצם המשך טבעי לדרך שממילא הלכתי בה. אבל אצל חלק מהחברים היתה התרחקות, שיצרה אכזבה ותחושת בדידות גדולה. החברים לא נטשו אותי, אבל נוצר פער שהלך וגדל עם השנים ולפעמים יכול היה להגיע לתחושה חריפה של תהום".
אלעד-אפלבום ודויטש מייצגים תופעה מעניינת של העשור האחרון : צעירים הנמצאים עמוק באגף הליברלי של הציונות הדתית מוצאים בסופו של דבר את ביתם ואת מקומם בתנועה הקונסרווטיווית. היא מתאימה להם משום שהאידיאולוגיה שלה, כמו שמעידים דויטש ואלעד-אפלבום, היא האידיאולוגיה שבה החזיקו עוד כשנחשבו "אורתודוקסים". כלומר, הרצון בחיים שיש בהם נאמנות למסורת, ובכלל זה גם ראיית ההלכה כערך מרכזי (להבדיל מהרפורמים, שאצלם אין מערכת הלכתית), לצד רצון ב"עדכון" ההלכה בהתאם לערכי החיים המודרניים שהם מאמינים גם בהם (פמיניזם, זכויות אדם וכדומה).
חשוב להדגיש : לא מדובר בתופעה המונית, ורבבות חובשי כיפות סרוגות אינם הולכים ומציפים את הקהילות הקונסרווטיוויות. דגש נוסף : פה ושם, תמיד היו אנשים שחצו כך את הקווים, ולאו דווקא צעירים. המקרה הידוע ביותר בעשורים האחרונים הוא זה של פרופ’ אליס שלוי, בשעתה מנהלת תיכון "פלך" בירושלים ויו"ר שדולת הנשים בישראל, שלפני כ-12 שנים הפתיעה את תלמידותיה וחברותיה והודיעה על המעבר לתנועה הקונסרווטיווית.
שלוי עשתה את המהפך שלה כשכבר היתה בת שבעים. כיום היא אומרת : "לא פעם אני שואלת את עצמי אם הייתי עושה את זה היום, לאחר שחלו הרבה שינויים פמיניסטיים גם בתוך האורתודוקסיה המודרנית, אבל נדמה לי שבסך הכל עדיין יש מרחק משמעותי בין רמת השוויון שקיימת אפילו בבית כנסת כמו ’שירה חדשה’ (המניין הפמיניסטי ביותר של האורתודוקסיה הירושלמית, שבו נשים עולות לתורה ומתפללות כחזניות לפחות חלק מן התפילה, אם כי הישיבה נפרדת) לבין מה שאני הייתי מצפה".
ואף על פי כן, ניכר שינוי מובהק ביחס של האורתודוקסיה הליברלית לתנועה הקונסרווטיווית. "אני פוגשת הרבה זוגות צעירים, במיוחד ירושלמים, שכבר לא מוכנים שהילדים שלהם יגדלו בפער שקיים ברוב האורתודוקסיה הליברלית - בין השוויון בבית לנורמות של בית הכנסת", אומרת אלעד-אפלבום. "בשבילם, בתי הכנסת הקונסרווטיוויים נעשים אפשרות נוספת".
השינוי העיקרי אינו במספר האנשים שפוקדים את בתי הכנסת הקונסרווטיוויים, אלא בלגיטימציה הרחבה שהתנועה מקבלת במחוזות הציונות הדתית הליברלית. זה קורה, למשל, במכון שכטר ; יותר ויותר בוגרות ובוגרים של בני עקיבא באים ללמוד שם, למרות הזיהוי הקונסרווטיווי. הרב פרופ’ דוד גולינקין, נשיא מכון שכטר ויו"ר ועד ההלכה של התנועה המסורתית בישראל, מעיד ש"רבים מחברי הקהילות האורתודוקסיות-ליברליות משתמשים בספרי על מעמד האשה בהלכה". אפילו אנשים שלא יילכו בקביעות לבית כנסת קונסרווטיווי כבר אינם מרגישים בעיה להתפלל בו מדי פעם בפעם, אם הנסיבות מזדמנות. "בשבת שלפני החתונה שלי עליתי לתורה בבית כנסת קונסרווטיווי", מספר דויטש, "וכל החברים האורתודוקסים שלי באו לשם. זו היתה תפילה מעורבת, עם חזניות, ואף אחד לא עשה מזה עניין". גם אלעד-אפלבום מעידה : "היו חברים אורתודוקסים שבאו להיות אתי בשבתות בעומר ונחשפו לתפקוד שלי כרבה".
הרב ד"ר בני לאו, אחד הנציגים המוכרים של רבנות אורתודוקסית פתוחה, מזהה אף הוא שינוי ביחס לקונסרווטיווים : "זה נכון שהם הפכו להיות אופציה לחלק מהציבור, במיוחד בירושלים. אני חושב שהסיבה לכך היא דווקא השינויים שהחלו בתוך הציונות הדתית בתחום הפמיניסטי וביחס לבתי הדין. אצל חלק מהאנשים נוצר תסכול שהתוצאה עדיין רחוקה מהציפיות. אין להם סבלנות לתהליך המתמשך, האבולוציוני, והם רוצים כבר להיות במקום שהם חשים שהתהליך הושלם".
אגב, בעניין הירושלמיות של התופעה : דווקא העיר המתחרדת כביכול הביאה לעולם הדתי-לאומי את הכיוונים היותר ליברליים שלו : גם את "בצת" הרווקים המבוגרים (המתוארת בסדרת הטלוויזיה "סרוגים"), שכמה מחבריה מקיימים יחסי מין או מביאים ילדים לעולם גם ללא נישואים, וגם את הלגיטימציה לקונסרווטיווים. אלעד-אפלבום מסבירה זאת בכך ש"בירושלים התפתחה קהילה דתית אינטלקטואלית, עם פתיחות מחשבתית, וככל שעבר הזמן התחדדה ההכרה שלפתיחות הזאת אין ביטוי מעשי בחיים הדתיים שלנו. לירושלים הגיעו גם הרבה משפחות של קונסרווטיווים מארצות הברית, ששלחו את הילדים שלהם לבתי ספר דתיים, וכך גם הדתיים הצברים נפגשו בהם וראו שה’שד’ לא כל כך נורא ומדובר באנשים שרוצים חיים דתיים משמעותיים".
עם זאת, התופעה קיימת לא רק בירושלים. כך, למשל, הרב רוברטו ארביב, זה 17 שנה רב הקהילה הקונסרווטיווית "סיני" בתל אביב, מייצג בעצמו את התהליך. הוא עלה לישראל מבית דתי-לאומי באיטליה, וכאן החל את מסעו אל התנועה הקונסרווטיווית : "כשהגעתי לארץ נשלחתי לפנימייה דתית והקפדתי מאוד במצוות. אפילו הייתי בין היחידים שהוציאו ציציות. אבל לא הרגשתי בנוח עם הממסד הדתי וחיפשתי ישיבה שתתאים לי. כשנפתחה האפשרות ללמוד רבנות בתנועה המסורתית, החלטתי ללכת על המסלול הזה".
רוב המרואיינים לכתבה סבורים שאין כמעט הבדל בין תפישת העולם המכונה "אורתודוקסית ליברלית" לזו המכונה "קונסרווטיווית". כמו שאומר גולינקין, "בסוגיית מסורבות הגט, ארגון ’קולך’ (הארגון האורתודוקסי-פמיניסטי) הציע נוסח של הסכם קדם-נישואים שיפתור את בעיית המסורבות, ואנחנו הצענו נוסח קצת שונה. כלומר, הכלי ההלכתי העקרוני זהה". למעשה, ההבדל העיקרי בין הקהילות הוא בתחום בית הכנסת : בקהילות הקונסרווטיוויות קיים שוויון מלא בין המינים, ואילו הקהילות האורתודוקסיות, גם הליברליות ביותר, אינן מחילות שוויון כזה, משום שלא נמצא שום פוסק אורתודוקסי שיתיר זאת.
האם הקונסרווטיווים שבאו ממחוזות הציונות הדתית נמנים בדרך כלל עם האגף השמרני של התנועה המסורתית ? ארביב מעיד שבמקרה שלו התשובה חיובית : "בקהילה שלי יש תפילה מעורבת ושוויון מלא בין המינים, אבל בכל הנוגע לשאלות הלכתיות אחרות אני בהחלט בין השמרנים. אצלנו לא מנגנים בשבת, יש הקפדה מלאה על הלכות כשרות , ואפילו סידור התפילה הוא סידור אורתודוקסי רגיל". בעיני דויטש, התשובה מורכבת יותר : "יש דברים שבהם אני יותר קרוב לרפורמים, כמו למשל בנכונות שלי לחתן גם זוגות הומוסקסואלים, ויש דברים שבהם אני יותר קרוב לאורתודוקסיה, כמו שמירת שבת או הקפדה מלאה על כל הצומות, כולל אלה שבאמת יש ספק הלכתי גדול אם הם עוד רלוונטיים".
מה מונע מהאופציה הקונסרווטיווית להיהפך לאופציה המונית של הדתיים הליברלים ? גולינקין חושב שהסיבה נעוצה בתווית : "כל עוד אתה קורא לעצמך אורתודוקסי, אתה נחשב ’בתוך המחנה’, ואם הלכת לבית כנסת קונסרווטיווי כבר ’חצית את הקווים’. אבל אם תשאל במאה שערים, או אפילו ברוב הקהילות של הציונות הדתית בארץ, אף אחד לא יראה בקהילת ’שירה חדשה’ קהילה אורתודוקסית". בעיני שלוי, "הדימוי הישראלי המסולף כורך את הקונסרווטיווים והרפורמים באותה חבילה. מייחסים לשתי התנועות עמדה דומה, אנטי-הלכתית, אף שבפועל התנועה שלנו באמת הרבה יותר קרובה לאורתודוקסיה המודרנית מאשר לרפורמים".
לאו מאמין שיש מספיק סיבות טובות גם לקצה השמאלי של האורתודוקסיה הליברלית לא לחצות את הקווים אל הקונסרווטיווים : "ראשית, אני חושב שיש כמה הבדלים מהותיים בין תפישות העולם, בעיקר בשאלה העקרונית של תורה מן השמים מול תפישת התורה כהתפתחות היסטורית, וזה הבדל משמעותי גם אם התוצאה ההלכתית המעשית יכולה להיות קרובה. שנית, יש גם השאלה מי מוסמך לפסוק בשאלות ציבוריות מכריעות. הקריטריונים של התנועה הקונסרווטיווית בעניין הזה נראים לי מקלים מדי. ואני לא מתבייש לומר שגם השיקול הציבורי משמעותי. רוב הציבור הישראלי, בוודאי המזרחי והמסורתי, מזהה חיים דתיים עם הקהילה האורתודוקסית. הליכה לבית כנסת קונסרווטיווי פירושה פרישה מהזרם המרכזי לא רק של המגזר הדתי אלא של הזהות הדתית הישראלית, והליכה לכיוון שולי. אני חושב שגם את השינויים שצריכים להיעשות חשוב לעשות בתוך הזרם המרכזי הזה, גם אם מדובר במסלול אבולוציוני וממושך".
בטווח הארוך, הפנייה לתנועה הקונסרווטיווית בפרט, והתגבשות המחנה הדתי-הליברלי בכלל, הן נקודת ציון משמעותית בסיפורה של הציונות הדתית. בעשורים הראשונים למדינה היא היתה תנועה שפסחה על שתי הסעפים : מצד אחד הכריזה על עצמה כתנועה אורתודוקסית שנאמנותה להלכה אינה נופלת כהוא זה מזו של החרדים, ומצד שני הרשתה לעצמה התנהגויות שלא עלו בקנה אחד עם פסיקות ההלכה המקובלות, גם לא של רבניה (ריקודים מעורבים, צריכת תרבות המונים חילונית וכדומה). הראשונים שביקשו להפסיק את הסתירה הפנימית הזאת היו אנשי הישיבות, המכונים חרד"לים (חרדים לאומיים), שדרשו מהציונות הדתית לתקן את התנהגותה בפועל בהתאם להצהרת הכוונות הרשמית שלה. מול התביעה הזאת עמדו הדתיים הליברלים בעמדה אפולוגטית וביקשו לשלב את התנהגותם בתוך הפסיקה הדתית האורתודוקסית. כעת, הם עצמם מפסיקים את האפולוגטיקה ומציעים להפסיק את הסתירה הפנימית לא בכיוון של שינוי ההתנהגות, אלא בשינוי ההלכה.
מה צופן העתיד לתהליך הזה ? לאו מעריך ש"האורתודוקסיה עומדת להתפצל באופן רשמי. יהיה מחנה אורתודוקסי שמרני שבמרכזו החרדים, ומולו מחנה אורתודוקסי מודרני, שמן הסתם יבחר לעצמו שם חדש, והם לא יוכלו לחיות עוד תחת קורת גג אחת של זרם משותף. העימותים האחרונים סביב השמיטה והגיור, והכוונה להקים בתי דין חלופיים לאלה של הרבנות הראשית שנשלטת בידי החרדים, מבשרים על הכיוון הזה. מצד שני, אני מעריך שעדיין יישמר בידול בין הזרם ה’אורתודוקסי מודרני’ לקונסרווטיווים, מכיוון שאכן יש הבדלים משמעותיים ביניהם".
גולינקין מתאר תסריט שונה, שבו גם הקונסרווטיווים עצמם, במיוחד בארצות הברית, עומדים לפני פיצול, במיוחד על רקע ההחלטה שם להכיר בנישואים וברבנים הומוסקסואלים. להערכתו, יש סיכוי שהקונסרווטיווים השמרנים והאורתודוקסים הליברלים יתחילו לשתף פעולה ויקימו קהילות משותפות. להערכתו, ייתכן שבעיית הרגישות ל"תווית הקונסרווטיווית" תיפתר בכך שאותן קהילות לא ירגישו כלל צורך להגדיר את עצמן מעבר להיותן "שומרי מצוות" : "המגמה של הסתייגות מהזדהות ברורה עם אחד הזרמים ממילא הולכת ומתפשטת עכשיו בארצות הברית, ובהחלט ייתכן שהתהליך יקרה גם כאן".
כל הזכויות שמורות ,"הארץ" ©





20 messages