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Les coutumes juives de deuil
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Auteur : Yeshaya Dalsace

Webmaster de ce site, Rabbin à Paris de la communauté DorVador, Paris 20e. Contact yeshaya@massorti.com


La Tradition juive a instauré un ensemble de mesures qui visent à ce que le deuil soit vécu dignement dans le respect du disparu, et dans l’accompagnement des endeuillés.

Les proches peuvent aider ceux-ci à vivre leur deuil, à l’exprimer par les paroles, et expurger la douleur par les rites afin que leur vie triomphe de l’épreuve ; il faut être à l’écoute des endeuillés, leur donner la possibilité qu’avec le temps et l’amour de leurs proches, ils puissent trouver les ressources pour ne pas se meurtrir en s’abandonnant à un chagrin qui détruirait leur projet d’existence.

Il importe de visiter les endeuillés durant leur deuil et de respecter leurs rythmes : ne pas s’imposer outre mesure, accepter les silences et les pleurs, être présent à celui qui souffre au mieux de vos forces. Dans tous les cas, prenez conseil auprès du rabbin  .

Sont directement concernés par les règles traditionnelles du deuil : les parents proches, soit les fils et filles, époux et épouse, frères et sœurs, père et mère du défunt, dès lors qu’ils ont atteint leur majorité religieuse (12 - 13 ans).

Les fils (et filles, si elles le désirent, voir article sur ce sujet) du défunt sont tenus de réciter le Kaddich   durant la période qui leur est impartie mais en l’absence des enfants, les petits-enfants peuvent le faire, voire un parent ou ami proche (parfois un père ou une mère pour son fils ou sa fille, un mari pour sa femme, etc.).

Les autres membres de la famille ou amis proches s’associent au deuil en marquant leur soutien aux endeuillés : repas, procédures administratives, visite des endeuillés, présence lors du Shiva  , etc. S’ils désirent prendre sur eux quelques règles du deuil (sauf le Kaddich  ), on ne les en empêche pas.

Ces différents rites sont là pour aider l’endeuillé, non pour ajouter à sa peine. Ils lui permettent de se consacrer pleinement à sa douleur, à ne pas la cacher, à l’exprimer même physiquement en se négligeant. Certains ne désirent pas suivre toutes ces coutumes, ils ne doivent pas en être culpabilisés. Par contre, ils doivent comprendre que l’ensemble de ces règles représente une sage manière de faire son deuil, de s’y plonger pleinement pour mieux en sortir. Ils est bon de faire confiance à la sagesse ancestrale des rites juifs qui connaissent la profondeur de l’âme humaine.

— Avant l’enterrement :

Le corps du défunt :

Le judaïsme considère que le corps d’un défunt mérite le plus grand respect. On le compare parfois au rouleau de la Torah devenu inutilisable, et qui néanmoins, garde une partie de sa sacralité.

Allumer une veilleuse (bougie de longue durée) qui devra brûler, en la renouvelant durant les sept jours de deuil qui suivront l’enterrement. (symbole de l’âme du défunt encore présente parmi nous)

On recouvre tant que possible tous les miroirs d’une étoffe (nappe, drap, serviette) pour une durée identique (symboles de vanité).

Si le défunt est à la maison, essayez de le veiller jour et nuit (par relais). Durant la veille, on a coutume de réciter le livre des Psaumes (plus particulièrement les Psaumes 23 et 91).

Le corps du défunt est traditionnellement placé les pieds vers la porte, une veilleuse allumée à sa tête (certains en mettent deux, une à la tête et une aux pieds).

Le corps sera vêtu de vêtements blancs simples, en coton ou en lin. En règle générale, la modestie et la simplicité sont de mise dans un enterrement juif. Tout décorum excessif est considéré comme une vanité et contraire à l’esprit du judaïsme. C’est pourquoi le cercueil sera choisi dans le bois le plus simple. On peut entourer le défunt dans son propre Talit  , à condition d’en avoir déchiré (couper les tsitsits   avec des ciseaux) l’une des franges pour le rendre inutilisable.

Le visage du défunt sera recouvert d’un drap et ne doit pas être exposé au public. Dans le judaïsme on ne regarde pas les morts, par respect et afin de garder l’image vivante de la personne.

Les rites de la purification du corps seront exécutés par des personnes agréées : la "Hevra Kadisha". Ils se font soit à la maison, soit au reposoir. A défaut, on veillera à ce que le corps soit propre et traité décemment. Cela s’appelle la Tehora. (Pour en savoir plus sur ce rite http://www.massorti.com/Le-Rituel-d...

L’endeuillé avant l’enterrement :

L’endeuillé a le statut de onèn. Il ne consomme ni viande, ni vin (sauf Chabbat). Il ne dit pas les bénédictions qui accompagnent les repas, ni ne récite le Chema  , ni ne met les Tefillin, il ne compte pas pour le minyan  . Le onèn peut se rendre à la synagogue le Chabbat mais il ne montera pas à la Tora.

Pour le décès d’un père ou mère, certains ont la coutume de déjà réciter le Kaddich   dès le décès, en minyan  .

L’enterrement sera organisé dans les plus brefs délais. Même si les moyens de conservation moderne le permettent, il est considéré comme indécent de repousser trop longtemps la cérémonie.

Il est admissible d’attendre jusqu’à trois jours afin de rassembler les proches dont la présence à l’enterrement est jugée indispensable.

Par contre, il est considéré comme indécent de surseoir un enterrement afin d’organiser une cérémonie plus grandiose ou afin de pouvoir attendre la venue d’un plus large cercle de visiteurs. Le judaïsme refuse de voir dans un enterrement un événement « mondain ».

Dans ce genre de décision, c’est l’honneur du défunt qui compte avant tout en tenant compte cependant de la sensibilité familiale.

Il n’est pas d’usage d’apporter des fleurs à un enterrement juif. Ce n’est pas pour autant un interdit strict et il n’y a pas à se formaliser si certaines personnes le font. Mieux vaut cependant donner de l’argent à une institution charitable ou à la synagogue en mémoire du défunt.

par contre, chacun présent, à commencer par les proches, jette un peu de terre (trois poignées) sur le cercueil. Cela exprime le devoir d’enterrer un mort qui incombe à chacun et le retour à la poussière.

Pour l’enterrement, évitez les chaussures en cuir, les bijoux en or, tout signe de vanité, penser à mettre une kippa.

Rite de la "Kri’a" : déchirure du vêtement. Préparez un vêtement qui devra être déchiré en signe de deuil durant la cérémonie (la famille proche uniquement : mari, femme, enfants, parents, frères et sœurs).

Dans tous les cas, référez-vous au rabbin   de votre communauté ou de votre famille qui connaît les cas d’exception et jugera de la situation. Cette déchirure du vêtement permet de matérialiser la douleur morale et d’exprimer la déchirure irréparable que représente la mort d’un proche. Le vêtement déchiré sera gardé les sept jours (shiva  ) et jeté ensuite (dans l’antiquité on le recousait car les vêtements étaient rares).

Le Kaddish  

Il est prononcé auprès de la tombe en présence d’un Minyan  . (Certains Massorti   comptent les femmes dans ce minyan  ).

Le Kaddish   n’est pas le kaddish   classique des endeuillés récité par la suite, c’est un kaddish   exclusif pour l’enterrement. Voir PDF joint.


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-- Après l’enterrement :

Les sept jours de deuil "shiva  "

Les amis et famille proches s’occupent au retour du cimetière de préparer un repas de deuil (œufs durs, lentilles, etc. aliments qui symbolisent le cycle de la vie et la renaissance). On a également la coutume de boire un verre de vin (kasher  ) en signe de consolation et de partage. Une formule particulière de consolation est alors récitée sur la coupe de vin.

Ensuite, durant les sept premiers jours (le jour de l’enterrement compte pour le premier, le premier soir compte donc comme début du second jour), on reste chez soi, sans sortir durant les sept jours de deuil (sauf nécessité de se procurer de la nourriture mais en principe d’autres personnes devraient s’en occuper).

Essayez d’organiser un minyan   (au moins dix personnes juives adultes) pour chaque soir (au moins) afin de pouvoir réciter le Kaddich  .

Cette récitation du Kaddich   se prolonge durant onze mois pour des parents défunts et trente jours, pour tout autre proche, mais à la synagogue. Si vous ne pouvez vous en acquitter quotidiennement, tâchez de venir le Shabbat à la synagogue pour le dire.

Évitez de travailler durant les sept premiers jours de deuil. Si cela vous est impossible, essayez au moins de l’éviter durant les trois premiers jours.

On laisse allumée une veilleuse (bougie spéciale) durant les sept jours.

La coutume est de s’asseoir à même le sol (on peut installer des matelas ou coussins par terre) ou sur une chaise basse. Les amis et proches viennent visiter et consoler la famille endeuillée à leur domicile. On les reçoit, on converse en toute amitié, il n’est pas d’usage de se saluer mutuellement (sobriété du rapport).

On évite musique et télévision. On ne fait aucune fête de famille. On n’étudie pas la Tora, sauf les règles et sujets liés au deuil, et sauf pour ce qui est dit en l’honneur du défunt.

Les endeuillés ne se font pas couper les cheveux (ni coupe, ni mise en pli), ne coupent pas les ongles, ne se rasent pas, ne se parfument pas, ne se frictionnent pas, ne se lavent que pour l’hygiène nécessaire, n’ont pas de rapports conjugaux. On ne revêt pas de vêtement fraîchement repassé.

En vue du Chabbat, il sera permis d’enlever le vêtement déchiré. Le Chabbat, les endeuillés ne montent pas à la Tora mais comptent pour le minyan  . Le Chabbat l’emporte sur le deuil et l’on mange de la viande et on change de vêtements.

La journée du septième jour, on reprend un rythme de vie normal, on vaque à ses affaires, le deuil des sept jours et terminé. Si l’on peut, on ira ce jour rendre visite sur la tombe et y réciter quelques prières avec kaddish   (si minyan  ).

Les trente jours après l’enterrement "sheloshim"

C’est un deuil au second degré. Les interdits sont levés (sauf de se raser, se couper les cheveux et mettre des vêtements neufs, les vêtements propres sont autorisés), mais on évite encore toute fête. On continue à dire quotidiennement le Kaddich  .

Le trentième jour qui suit l’enterrement (et non du décès), on fait éventuellement une petite cérémonie commémorative (éventuellement une étude dédiée à la mémoire du défunt) mais ont fait de toute façon le Kaddich  .

L’année qui suit l’enterrement "shana"

Pour le décès d’un parent (père ou mère), on continue à dire le Kaddich   pendant onze mois, et on ne participe pas à des fêtes en dansant et en faisant éclater la joie.

Pour tout décès, après un an (à dater de l’enterrement), selon la date du calendrier juif, on fait une commémoration (éventuellement au cimetière ou à la synagogue) : c’est le Jahrzeit (consultez le rabbin   pour en fixer la date). On dit le Kaddich  , on récite le El malé rahamim ou la Ashkava (en semaine), on allume une veilleuse. On offre la tsedaka (don pour la communauté, éventuellement objet cultuel ou culturel dédié à la mémoire du disparu, œuvres pour les nécessiteux).

Anniversaire du décès, "Jahrzeit"

D’année en année, on commémore le Jahrzeit (mais alors selon la date hébraïque du décès et non plus de l’enterrement).

On allume une veilleuse durant 24 heures à partir du coucher du soleil.

Il est de coutume de monter à la Torah et d’offrir le kiddoush   à la synagogue pour la date anniversaire.

Visite des tombes

En principe on ne doit pas aller souvent sur une tombe. La vie doit reprendre ses droits et le deuil ne pas se prolonger au delà du nécessaire.

Il est de coutume néanmoins de rendre hommage aux proches en allant visiter leur tombe, la nettoyer, dire quelques psaumes...

Une très ancienne coutume demande que l’on pose une petite pierre sur le tombeau lors d’une visite.

Les parents non-juifs du défunt.

De plus en plus, du fait des mariages mixtes, des proches du défunt ne sont pas Juifs ou ont un statut non conforme avec la Halakha   (enfants de père juif et de mère non-juive).

Ces proches, peuvent très bien s’associer pleinement aux rites traditionnels du judaïsme et les pratiquer s’ils le désirent, car le deuil est avant tout le leur. Les règles de deuil sont faites pour accompagner et consoler, pas pour séparer ou heurter. Les proches parents non-juifs pourront donc se conformer à ces rituels.

Par contre, ils ne peuvent être comptés dans le minyan   (quorum de 10 personnes juives nécessaire pour dire le kaddish  ), mais ils peuvent s’associer à la récitation du kaddish   si un minyan   est présent. Cela doit bien sûr être fait en accord avec le rabbin   officiant.

Perte d’un grand parent :

Les lois de deuil ne s’appliquent qu’aux proches au premier degré. On ne porte donc pas le deuil pour ses grands parents. Cependant on peut marquer le coup et chercher à exprimer sa douleur selon certains rites de la tradition : allumer une veilleuse, réciter éventuellement le kaddish  , dire des psaumes.

On ne doit pas cependant tenir un rôle qui ne serait pas le sien et marquer le deuil de façon trop complète, on s’associe au deuil de façon volontaire, ce qui est différent. Il peut en être de même avec un ami proche, ou un parent éloigné qui a beaucoup compté.

Dans le cas où personne de proche ne dirait le kaddish  , on peut prendre sur soi de le dire régulièrement pour la mémoire du défunt.

Présence des enfants à l’enterrement :

Il n’est pas nécessaire d’emmener un enfant à un enterrement. Cela peut être choquant pour lui. Par contre, on peut le faire dans certains cas et en prenant certaines précaution d’accompagnement. Ne pas emmener l’enfant assez mature peut provoquer chez lui un sentiment de frustration et d’exclusion.

Il faudra donc juger au cas par cas en sachant qu’il vaut mieux éviter à priori. Ne jamais insister en tout cas pour emmener un enfant, même un peu grand.

Judaïsme et crémation

La crémation est contraire à la tradition juive, mais de plus en plus pratiquée. Les rabbins   massorti   acceptent d’organiser des prières traditionnelles au moment de la levée du corps, mais pas au crématorium. Voir article sur ce sujet http://www.massorti.com/Cremation-e...

Bibliographie

Épître de la vie - Guide des coutumes traditionnelles juives en situation de maladie grave et de deuil

de Jonathan Wittenberg (éd. In Press)

Kaddish par Wieseltier. Un très bon ouvrage, sorte de journal de deuil qui cherche à mieux comprendre le rite de la récitation du kaddish   et le rapport à la tradition.

Contacts

Si vous désirez entrer en contact avec un rabbin   de sensibilité massorti   yeshaya@massorti.com 0669128073 ou voir également la liste des communautés massorti   et des rabbins   :

http://www.massorti.com/-Massorti-e...

Liste des communautés consistoriales (orthodoxes  ) :

http://www.consistoire.org/liste,56...

Il existe également plusieurs rabbins   libéraux susceptibles de vous accompagner :

http://mjlf.org/

Association Française d’Information Funéraire

http://www.afif.asso.fr/francais/De...

Autres articles sur le deuil

http://www.massorti.com/-Deces-

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