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La sainteté par l’autre
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Auteur : Yeshaya Dalsace

Webmaster de ce site, Rabbin à Paris de la communauté DorVador, Paris 20e. Contact yeshaya@massorti.com


Notre Parasha   touche au cœur du message de la Tora et donc du Judaïsme, l’amour du prochain.

Le principal sujet de la Parasha   kedoshim qui se place au cœur même du Lévitique (livre difficile et ritualiste), lui-même au centre du pentateuque, est la Kedousha   humaine, la capacité chez l’humain d’approcher la sainteté, ou du moins d’y aspirer. Cette quête de sainteté, arrachement à la banalité, reste l’inspiration ultime de la démarche religieuse.

Moïse Hayyim Luzzatto termine son célèbre ouvrage « Le Sentier de rectitude » par une réflexion sur la sainteté, dixième niveau atteignable par un humain. En voici un extrait :

« La sainteté se présente à nous sous deux ; aspects : aspect d’exercice volontaire et d’effort au début, aspect de récompense céleste et de don gratuit à son couronnement. En d’autres termes, l’homme commence par se sanctifier lui-même et reçoit, en fin de compte, la sanctification d’En-Haut.

C’est ce qu’ont enseigné nos Sages  . « Si l’homme se sanctifie quelque peu, il se voit sanctifié encore bien davantage ; se sanctifie-t-il ici-bas, il reçoit la sanctification d’En … Haut. » (Yoma, 39a)

En quoi consiste son effort ? A se séparer et à se déraciner entièrement du monde matériel pour s’attacher constamment, à toute heure et à tout instant, à l’Eternel. C’est la raison pour laquelle, les prophètes sont appelés « anges »…

Même au moment où l’homme saint est pris par les occupations matérielles indispensables à sa vie physique, son âme ne se départ pas de son désir suprême, l’attachement, ainsi qu’il est écrit (Psaumes 63.9) : « Mon âme est attachée à ta suite, ta droite me soutient. » Cependant, il faut reconnaître, qu’il est impossible à un homme de parvenir par ses propres forces à un degré d’élévation qui dépasse ses moyens. Car, en fin de compte, c’est un être. Composé de matière, fait de chair et de sang. C’est pourquoi nous avons dit que le couronnement de la sainteté était un don gratuit.

En résumé, la sainteté consiste pour l’homme à s’attacher constamment à Dieu, à un point tel que, quelle que soit l’action qu’il accomplisse, il ne vienne jamais à se séparer de lui ni à s’en éloigner. »

On remarquera que l’injonction de l’amour est au cœur de la parasha   Kedoshim qui traite de la sainteté : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même, je suis l’Éternel ». Cette injonction à aimer le prochain, parfait dépassement de soi, a été considérée par les rabbins   comme l’essence même du message de la Tora, en cela Jésus n’a rien inventé, mais n’a fait que confirmer ses maîtres.

Aimer son prochain peut se faire de deux façons : soit s’attacher à lui pour ce qu’il vous apporte, cet amour est alors intéressé. Dans un tel cas on s’aime d’abord soi-même. Soit aimer le prochain pour ce qu’on peut lui apporter. C’est-à-dire être totalement dans le don de soi aux autres. Cet amour-là est bien sûr beaucoup plus difficile. Il oblige à une forme de renoncement, un effacement de sa propre personne face à l’intérêt extérieur.

C’est pourquoi le commandement nous dit « comme toi-même », l’autre est aussi moi-même, c’est-à-dire que j’ai su renoncer à mon intérêt premier pour m’ouvrir à autre que moi. Le verset se termine par le terme « je suis l’Éternel ». C’est en pensant à l’Éternel, c’est-à-dire l’infini de l’être que l’on peut parvenir à l’autre comme soi-même.

Mais on peut aussi comprendre l’expression « je suis l’Éternel », comme un conditionnel : ce n’est que par l’amour du prochain que l’Éternel est en ce monde. Cette idée est exprimée chez les sages   qui décrivent l’éloignement de la shekhina   dès lors que les humains se détestent. On peut enfin comprendre que le « je » véritable, c’est-à-dire l’Ego humain, doit se fondre dans l’idée de l’Éternel.

Nous savons combien l’approche fondamentaliste d’une religion en est la pire distorsion. À l’heure où dans le judaïsme le fondamentalisme devient à la mode, il est bon d’en rappeler les pièges et d‘en dénoncer les excès. Ici, celui de l’inspiration égotique à la sainteté par un surinvestissement du rite au détriment de l’éthique. Le phénomène est partout visible dans le judaïsme contemporain qui aime parfois à s’auto-caricaturer.

Certains réduisent même le champ d’application de l’injonction d’amour de l’autre à un domaine restrictif. Le prochain, c’est le juif et chez le juif, c’est le juif kasher  , le juif déviant étant infréquentable, voire détestable ! Le prochain devient donc moi-même. Celui qui comme moi est plongé dans le rite, ou à la rigueur susceptible d’y rentrer grâce à ma force de conviction. On en arrive donc à une totale déformation du message.

Dans la Tora, le rite, instrument nécessaire, est le chemin menant à l’amour altruiste qui demeure le but de toujours.

Dans le fondamentalisme, l’amour est sacrifié sur l’autel du rite devenu objet d’idolâtrie. Au nom de la pureté de rite, on est prêt à écraser le visage de l’autre, le dénaturer et le mépriser. Combien de violence et d’humiliation entend-on autour de nous au nom de ce fondamentalisme malsain ! Combien de souffrance humaine fait-on subir au nom du rite ! Plus aucun renoncement de soi, contrairement à ce que prônait Luzzatto, mais satisfaction de l’image de soi, de son auto-déguisement en homme de sainteté. La distorsion du message est donc totale, on glisse de l’amour dans la perversion, de l’effacement du moi dans le paganisme d’une image juive fantasmée.

Ces mots ne remettant nullement en cause les personnes très pratiquantes d’un cœur sincère et par soucis de bien faire, tout en gardant l’esprit ouvert, ce qu’on attend d’un pieux véritable, un Hassid. Il ne faut pas confondre Hassid et fondamentaliste.

En tout cas, la sainteté passe par l’amour et l’amour véritable par la sainteté. L’amour n’a de sens, comme la spiritualité, que lorsqu’il y a ouverture vers autrui, qui ne doit pas se réduire au reflet de nous-même, à un narcissisme sous couvert de spiritualité.

Yeshaya Dalsace

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