Dans la plupart des communautés affiliées au mouvement conservative , la coutume s’est instaurée de prier sans mehitsa : cette coutume est-elle fondée sur le plan de la Halakha ?
Réponse :
Durant toute l’époque du premier Temple (Xe au VIe siècle avant l’ère vulgaire) mais aussi pendant la plus grande partie de celle du second Temple (Ve au Ier siècle après l’ère courante), il n’est fait aucunement mention d’une séparation entre hommes et femmes dans la population qui se rendait au Temple de Jérusalem.
La Bible et les écrits apocryphes fournissent un nombre considérable d’attestations prouvant la mixité de la prière à commencer par la fameuse scène de la prière de Hanna à Shilo (début du livre de Samuel).
Une innovation temporaire :
Pour la période du second Temple, de nombreuses sources indiquent que la mixité était la norme sur le Parvis des femmes.
Vers la fin de la période du second Temple, les Sages décidèrent la construction d’une galerie réservée aux femmes à l’intérieur de l’Ezrat nachim (parvis des femmes) et ce, pour assurer la séparation des sexes durant les festivités de l’eau [Simhat beit hachoéva] qui se déroulaient pendant la fête de Soukot , et dont la célébration enthousiaste donnait lieu à certains débordements.
A propos de ces festivités il est dit dans la Michna Souka 5:1 :
« Celui qui n’a pas été témoin de la joie lors de la fête "du puisement de l’eau" n’a connu aucune joie dans sa vie ».
Les Rabbins ont donc promulgué un décret exigeant l’édification d’un balcon pour les femmes, dans le Parvis des Femmes du Temple, pendant la fête du « puisement de l’eau ».
C’est ce qu’enseigne la Michna Midot 2:5 : « A l’origine, il [le parvis des femmes] était dénudé. Puis on l’entoura d’une balustrade [balcon], les femmes assistant d’en-haut, les hommes d’en-bas, pour éviter d’être mêlés les uns aux autres ».
De prime abord, on pourrait croire qu’une galerie permanente fut construite sur le parvis des femmes, à l’usage des femmes, tout au long de l’année. Cependant les principaux commentateurs de la Michna (tels Maïmonide , le Meïri , le Roch , le Ra’âv, le Tiféret Israël) ont expliqué que cette balustrade n’était érigée que pour les besoins de la fête du puisement de l’eau.
Les auteurs du décret voulurent ainsi séparer les sexes afin de prévenir la « frivolité » susceptible de se manifester pendant la fête du puisement d’eau.
De là il ressort clairement que pendant le reste de l’année, au contraire, hommes et femmes se côtoyaient librement sur le parvis des femmes qui était le lieu de rassemblement principal dans le Temple.
Il semble que la raison pour laquelle ce lieu avait reçu un tel nom " ezrat nashim" est qu’il marquait la limite que les femmes ne devaient pas franchir pour pénétrer dans les parvis intérieurs du Temple réservés aux prêtres et aux lévites, sauf pour apporter un sacrifice. Le nom n’indique donc nullement qu’il s’agissait d’un endroit réservé exclusivement aux femmes.
Les premières synagogues :
On soutient parfois que la raison pour laquelle aucune trace matérielle de séparation n’a été retrouvée dans les anciennes synagogues serait, tout simplement, que les femmes n’assistaient pas à l’office synagogal.
Cependant, on ne recense pas moins de dix-neuf sources prouvant clairement que, durant la période talmudique, les femmes se rendaient régulièrement à la synagogue.
En voici quelques exemples :
Dans les Antiqués juives (XIV:10,24, paragraphes 259-261), Josèphe
Flavius cite un décret des dirigeants de Sardes en Asie Mineure, datant de
la fin du premier siècle avant l’ère commune :
Il a plu au conseil et au peuple ... [qu’il soit permis aux Juifs] de se rassembler et de mener une vie conforme à leurs coutumes ... et qu’il leur soit également accordé un lieu où ils pourront se rassembler avec leurs femmes et leurs enfants et faire les prières selon leurs lois ancestrales.
Cet écrit témoigne du fait que les femmes prenaient part aux prières dans la synagogue de Sardes.
Dans une baraïta du Talmud Babylonien (Avoda zara 38a-b) il est écrit :
Une femme peut sans hésiter mettre une marmite sur le feu, et une voisine (non-juive) peut venir et remuer cette marmite jusqu’à son retour [de la femme juive] du bain ou de la synagogue.
Ce passage prouve que les femmes avaient l’habitude de se rendre à la synagogue comme elles avaient coutume de se rendre au bain public.
Dans le Talmud babylonien Sota 22a on raconte :
Une veuve allait prier chaque jour dans la maison d’étude de R. Yohanan, bien qu’il y ait une synagogue dans son quartier. Celui-ci lui dit : « ma fille, n’y a-t-il pas de synagogue dans ton quartier ? » Elle lui répondit : « Rabbi, n’y a-t-il pas un mérite à parcourir une longue distance dans le but de se rendre à un lieu de prière ? »
On remarque que Rabbi Yohanan ne s’étonne pas du fait que la veuve aille tous les jours à la synagogue, mais du fait qu’elle ne fréquente pas la synagogue de son quartier.
L’archéologie confirme les sources littéraires sur ce point.
Depuis le début du XXe siècle, plus d’une centaine de synagogues antiques ont été exhumées en Israël, sur le Golan, en Transjordanie, auxquelles on peut ajouter une dizaine d’autres dans la diaspora. Or on n’a retrouvé de traces d’une galerie que dans cinq synagogues d’Erets Israël seulement et dans aucune de celles de diaspora.
En outre, il n’y a absolument aucune preuve archéologique que les cinq galeries découvertes étaient effectivement destinées à l’usage des femmes.
Le professeur Shmuel Safrai (Université de Bar Ilan - grand spécialiste de la période talmudique) en conclut :
Le fait que d’une part, les femmes étaient obligées de prier [d’après la Halakha ] et que d’autre part, elles avaient l’habitude de fréquenter la synagogue, et que malgré cela, les sources littéraires ne fournissent aucun indice de l’existence d’une galerie de femmes démontre d’une certaine manière qu’il n’existait ni galerie de femmes ni mehitsa.
Pour ce qui est des synagogues, il n’existe aucune source, ni littéraire, ni archéologique, qui permette de supposer l’existence d’une séparation à l’époque de la Michna et du Talmud .
La première mention d’une telle séparation date de la fin de la période des Guéonim (vers le XIe siècle). Par la suite, on en trouve quelques mentions, mais c’est toujours incidemment que l’existence d’une séparation est signalée. Ce n’est qu’à la fin du XIXe siècle que l’on trouve une source halakhique imposant une séparation dans la synagogue !
De nombreux rabbins orthodoxes prétendent que la galerie des femmes dans la synagogue a le statut d’une loi du Pentateuque, mi-dé-orayta. Cette affirmation n’est pas corroborée par les sources talmudiques. Loin s’en faut !
La Michna , la Tossefta et le Talmud de Babylone disent explicitement que l’édification d’un balcon temporaire de séparation vers la fin du second Temple est un Tikoun gadol (mesure rabbinique), à l’initiative des Sages .
De toute façon, on ne peut en rien déduire la situation qui pouvait prévaloir dans les synagogues antiques de l’existence d’une séparation temporaire dans le Temple ; la synagogue diffère du Temple par une infinité de détails.
A partir du Moyen Age :
Quant aux commentateurs médiévaux, ils ne mentionnent la séparation dans la synagogue que comme un état de fait, jamais comme une exigence explicite, et aucun d’eux n’interdit l’assistance mixte sur les bancs.
Bien qu’aucune source halakhique avant le XIXe siècle, n’impose juridiquement la mehitsa (la galerie des femmes), de nombreuses sources médiévales attestent indirectement de l’existence d’une séparation entre les sexes dans les synagogues.
La source la plus ancienne est sans doute dand le Seder Eliyahou Rabba
datant de la fin de l’époque des Gueonim : « Un homme ne doit pas se placer
parmis les femmes pour y prier car il pourrait être perturbé par leur
présence ».
Dans plusieurs fragments de la Gueniza du Caire (Fostat) datant du XIe
siècle, on trouve pour la première fois une mention explicite de la galerie des
femmes (Ezrat Nachim).
Le Professeur Zeev Safrai et d’autres historiens pensent que la galerie des femmes est apparue comme une formule de compromis par rapport à la tradition musulmane qui interdisait complètement l’entrée des mosquées aux femmes.
A partir du XIIIe siècle, un certain nombre de sources en Espagne et
surtout en pays achkenaze (Nord de la France et Allemagne), mentionnent
explicitement les galeries des femmes (appelées le plus souvent « synagogue
des femmes »).
L’habitude de s’asseoir séparément ne s’institutionnalisa (c’est à dire fut prônée comme une loi à respecter absolument) que vers la fin du XIXe siècle, comme réaction orthodoxe dirigée contre les tendances non-orthodoxes .
Changer un Minhag
Il ressort donc de l’examen des sources que l’existence d’une section séparée pour les femmes est un minhag (une simple coutume) qui s’est développée durant la période des Guéonim (7e - 11e siècles). Il faut attendre le XIXe siècle pour que des rabbins se "réveillent" et affirment que la coutume de séparer les hommes des femmes relève d’une loi de la Tora. Leur argument ne tient pas face à l’examen des sources et relève tout simplement d’une interprétation novatrice.
La question qui se pose alors est de savoir s’il est possible de modifier une coutume vieille d’un millénaire pour laisser s’assoir hommes et femmes ensembles à la synagogue, comme c’est la cas de la plupart des synagogues des courants modernistes du judaïsme.
Selon une opinion orthodoxe courante, il faudrait se conformer systématiquement aux coutumes qui nous ont été transmises.
Plusieurs sources dans le Talmud et le Midrach insistent sur la prohibition de modifier les coutumes ancestrales. Ces textes s’appuient sur des versets tels que : « Ecoute, mon fils, les remontrances de ton père, ne délaisse pas les instructions de ta mère » (Proverbes 1:8). (Voir : Pessahim 50b ; Beitsa 4b ; T.J. Pessahim 4:1, 30b)
Ceux qui s’opposent à tout changement même dans les coutumes, s’appuient sur ce qu’écrit Maïmonide dans son Michné Torah (Hil. mamerim 1:1-2) :
"C’est un commandement positif (mitsvat asséh) d’obéir aux injonctions qui ont été instaurées comme barrière autour de la Torah, ou comme nécessité de l’heure telles que les décrets, les ordonnances et les coutumes. Et celui qui les transgresse, enfreint un interdit (mitsva lo taasséh)."
Mais Maïmonide ne parle ici que des coutumes instaurées par le Tribunal Suprême de Jérusalem, or nous avons établi dans les pages précédentes que la séparation des sexes à la synagogue est une coutume qui s’est développée plus de huit cent ans après la destruction du Temple.
Même le Rama qui a écrit, dans le Choulkhan Arukh (O."H. 690 : 17), que « l’on ne doit abolir aucun minhag [coutume], ni s’en moquer, car il n’a pas été instauré sans raison », écrit ailleurs : « cependant, si ce qui est en question est désormais différent de ce qui prévalait à l’époque des rabbins antérieurs, on est autorisé de modifier le minhag en considération de l’époque » (Responsa du Rama No. 21[No. 19 dans les éditions plus tardives]).
Il est avéré qu’au cours de notre histoire, un très grand nombre de coutumes ont subi des modifications : modifications intervenant d’abord dans la pratique du peuple, puis entérinées formellement par les rabbins . Les mœurs et coutumes d’une société donnée sont des facteurs majeurs affectant aussi bien la Halakha que le Minhag. (Voir sur ces points les ouvrages des historiens de la Halakha comme ceux du professeur Jacob Katz ou encore les ouvrages de Louis Jacobs ou encore les travaux de Menahem Elon).
La question n’est donc pas de savoir si l’on peut ou non changer l’usage de la mehitsa, mais s’il est opportun de le faire et pour quel public.
Il se trouve que, dans notre propre société (celle que fréquente 90% des Juifs et 100% du public des synagogues massorti ), la norme est de s’asseoir de façon mixte en toute circonstance. Dans la plupart des synagogues américaines, l’usage de la mixité est vieux déjà de plusieurs générations.
On peut donc appliquer le principe halakhique de ha-idana (actuellement, de nos jours), pour justifier une modification à une coutume. Ce principe a été suivi des centaines de fois par les décisionnaires depuis l’époque talmudique.
En outre, on peut invoquer le concept halakhique de reguilout (accoutumance) qui a été adopté par des décisionnaires médiévaux tels que le Raaviyah et le Levouch, voire même par les partisans de la mehitsa comme au XXe siècle, le Rabbin Moshe Feinstein par exemple dans sa défense de cette séparation. Selon ce concept, les propensions sexuelles déplacées ne sont plus probantes dès lors que les personnes mêlées se trouvent dans une situation qui leur est familière.
En conséquence, puisque les hommes et les femmes, de nos jours, ont l’habitude de s’asseoir côte à côte à diverses occasions, cela ne devrait pas normalement affecter la capacité d’un homme ou d’une femme à trouver la concentration dans ses prières.
Il existe certes des communautés où la mixité peut constituer une gêne pour les participants. Dans ce cas il est parfaitement justifié, pour elles, de maintenir une séparation.
Mais il n’en va pas de même dans la conception de notre mouvement, puisque s’asseoir ensemble y est un fait routinier.
Pour nous, la mixité est bienséante et licite, aussi bien sur le plan de la Halakha que sur celui de la sociabilité, du fait que les femmes accèdent ainsi à une pleine participation aux offices et parce que les familles peuvent partager ensemble cette expérience spirituelle.
On en arrive au véritable enjeu de la mixité : ne pas éloigner de la synagogue des femmes juives qui souffrent de cette séparation. Le fait est que notre public féminin est très sensible à cette question et souhaite pouvoir voir, entendre et participer. Chaque fois qu’il se trouve dans une synagogue avec mehitsa, il est choqué et même humilié. La plupart du temps, les femmes au balcon bavardent entre elles et ne s’intéressent que très peu à l’office. Notre public voit donc comme un progrès fondamental d’enlever la séparation, car celle-ci est pour lui le symbole même du peu de cas que la synagogue orthodoxe fait des femmes.
Il y a donc pour nous, une excellente raison de renoncer à ce minhag : offrir au femmes juives modernes et émancipées un lieu propice à la continuité juive et à leur désir spirituel.
Rabbin David Golinkin (Jérusalem)
(Traduction de Sylvie Honigman - adaptation Yeshaya Dalsace)
Texte détaillé, annoté et imprimable dans le pdf joint
Texte complet de la Teshuva en hébreu
Mise au point
Il va de soi que la question posée ici correspond à une certaine mentalité, celle d’un judaïsme qui veut briser l’enfermement dans lequel une partie de la tradition juive enferme la femme juive et qui est très mal vécu par une bonne part de ces femmes aujourd’hui, éloignant un grand nombre de celles-ci du judaïsme pratiquant.
De plus c’est un point de vue qui considère que l’argument puritain sur la séparation systématique des sexes que certains rabbins ont prôné par le passé et qui reste la norme indéfectible dans les milieux juifs ultra orthodoxes ne correspond plus à rien pour une très grande partie du public juif contemporain, et c’est à ce public-là que nous nous adressons.
Le point de vue Massorti est fondamentalement différent du point de vue haredi , ce qui ne veut pas dire qu’il ne respecte pas le point de vue des ultra orthodoxes , qui prône lui un monde très différent, profondément imprégné de puritanisme et pour qui le mélange entre les sexes est symbole de dépravation et de tentation constante.
Nous pensons simplement que la halakha n’est pas unilatérale, que c’est un système en mouvement et pluriel.
Notre réponse est donc valable pour notre public qui est celui des Juifs modernes et décomplexés sur la question des rapports entre hommes et femmes.
Nous voulons que ce public trouve sa place à la synagogue et n’y voit pas un lieu « rétrograde » ou simplement passéiste, mais un lieu dans lequel une spiritualité juive d’aujourd’hui peut s’exprimer sans avoir à renoncer à des valeurs qui sont celle d’un monde contemporain qui n’est pas forcément dépravation et que le monde actuel dans lequel les femmes ne sont pas qu’objet de tentation, mais bien des personnes à part entières capables d’exprimer au même titre que les hommes une spiritualité active ne doivent pas être cantonnées au vestiaire du monde juif religieux.
Bien entendu, notre position ne peut pas être acceptable pour des gens qui pensent que la séparation entre les sexes est constitutive du judaïsme et qui voit dans la mentalité médiévale, la référence absolue. Pour eux, la mixité est scandaleuse, c’est leur droit et nous le respectons, mais nous pensons autrement.
Bien plus encore, nous ne trouvons pas dans les fondements du judaïsme une telle importance de la séparation qui ne reflète qu’une mentalité et une certaine époque, mais en rien un fondement spirituel.
Surtout, nous savons que la séparation est la première étape vers la ségrégation et le traitement des femmes comme des juifs de seconde zone dans toutes sortes de domaines. C’est pourquoi faire tomber la mehitsa, c’est permettre une vraie émancipation de la femme juive et pour nous, cette émancipation relève d’un fondement juif essentiel : la dignité humaine, le respect d’une femme comme être à part entière au même titre qu’un homme et non un rebut spirituel réduit à un objet de tentation qu’il faut absolument cacher.
Cela ne veut pas dire que notre point de vue moderniste doit s’imposer à ceux qui n’en veulent pas et nous les respectons dans leur spécificité. Nous pouvons déplorer les freins psychologiques et certaines mentalités rétrogrades à nos yeux, il n’empêche que c’est une réalité d’une partie du monde juif actuel très attaché à cette idée de séparation et cela doit être respecté dans ces milieux. C’est aux femmes orthodoxes de mener leur propre combat d’émancipation si elles le désirent et en ont le courage.
Mais nous ne pouvons nous laisser enfermer dans une vision puritaine de la halakha . Ce responsum vient donc montrer que le mode de fonctionnement des synagogues modernistes sans séparation est parfaitement légitime et répond à un véritable enjeux social, éthique et spirituel.
Il faut rappeler également que dans la plupart des synagogues du Consistoire , avant la prise de pouvoir par la stricte orthodoxie à partir des années 1970, il n’y avait pas de Mehitsa, de séparation physique, mais on s’asseyait séparément sans rideau ou paroi.
On voit donc bien que la pratique n’a pas toujours été la même sur cette question dans les synagogues de France et pourrait bien changer à nouveau dans l’avenir.
Nous pensons enfin que le large public doit réfléchir, faire ses choix et trouver la synagogue ou le mouvement correspondant aux valeurs juives qu’il veut défendre.
Le puritanisme est également une valeur respectable et un choix légitime et même si nous n’arrivons pas aux mêmes conclusions, nous présentons ici le point de vue inverse sur cette question de la mixité et le mode de société qu’il prône.
Voici donc un texte du rabbin Atlan proche des positions du rabbin Ovadia Yossef sur la question de la mixité, en particulier à l’école et entre jeunes qui prend exactement le contrepied de la position du rabbin Golinkin et du mouvement Massorti .
Yeshaya Dalsace
Point de vue orthodoxe sur la mixité
Question :
Est-il permis d’envoyer les garçons et les filles dans un mouvement de jeunesse mixte, car certains disent que cela ne représente pas une réelle interdiction selon le strict Din, et en cas de grande nécessité on peut autoriser, ou bien y a-t-il une réelle interdiction à cela, et qu’il ne faut absolument pas autoriser, même en cas de grande nécessité ?
Réponse :
Il est enseigné dans une Michna du traité Soukkah (51a) :
« Celui qui n’a pas vu la réjouissance de Beit Ha-Choéva (que l’on célébrait dans le Beit Ha-Mikdach lors de la fête de Soukkot), n’a jamais vu de joie de toute son existence. »
La Michna décrit la joie et les danses qui étaient réalisées, et voici les propos de la Michna :
« À la sortie du 1er jour de fête, ils descendaient dans la cour des femmes et ils y organisaient une grande institution. »
Ensuite, la Michna explique de quelle façon ils se réjouissaient. Les hommes de grande piété dansaient avec des torches dans leurs mains, en chantant des chants de gloire à Hachem, les Léviim jouaient de divers instruments de musique .
La Guémara explique (51b) quelle était la grande institution réalisée dans la cour des femmes.
En effet, Rabbi El’azar dit : Ils instituèrent que les femmes devaient rester en haut et les hommes en bas, afin de ne pas entraîner de dérapages de comportement.
La Guémara demande :
Comment ont-ils pu opérer des modifications dans le Beit Ha-Mikdach, en construisant la cour des femmes plus haute que l’endroit où se trouvent les hommes, puisqu’il est écrit dans le livre des Divré Ha-Yamim : « Tout fut réalisé selon l’ordre d’Hachem tel qu’il est écrit. »
Cela signifie que toute la construction du Beit ha-Mikdach fut réalisée exclusivement selon l’ordre donné par Hachem à Gad le visionnaire et à Nathan le prophète.
Selon cela, si l’on réalise la moindre modification dans la construction du Temple, cela représente une faute, même en cas de nécessité.
L’un des grands sages de la Guémara répond à cette question, comme l’indiquent les propos de la Guémara :
Rav dit : ils ont trouvé un verset et l’ont interprété.
En effet, il est écrit dans le livre de Zéh’arya :
« La terre dira l’oraison funèbre, chaque famille séparément. La famille de David et leurs femmes séparément. »
Les sages d’Israël dirent : si dans une situation de peine, lors d’une oraison funèbre, où le Yetser Ha-ra’ n’a pas d’emprise, la Torah dit malgré tout que les femmes et les hommes doivent être séparés, a fortiori lors de la réjouissance de Beit Ha-Choéva où l’on est occupé à se réjouir et où le Yetser Ha-Ra’ a de l’emprise, qu’il faut séparer les hommes des femmes.
Nous comprenons à partir de là quelle importance nos maîtres ont attachée à ce sujet, de faire une séparation dans un endroit où des hommes et des femmes restent régulièrement et de façon prolongée. Il faut les séparer afin qu’ils n’en arrivent pas à fauter.
Tout ceci, dans un lieu comme une synagogue, un centre d’étude, une école, ou un mouvement de jeunesse.
Lors de réjouissances familiales, dans la mesure où cela n’engendrera pas de transgressions, certains disent qu’il n’est pas obligatoire de faire une séparation entre les hommes et les femmes.
C’est pourquoi, l’usage est répandu dans toutes les communautés du peuple d’Israël de placer une séparation à la synagogue entre l’espace réservé aux femmes et celui des hommes, afin de ne pas entraîner de fautes. Ce n’est que durant les 100 dernières années que quelques communautés libérales aux Etats Unis ont commencées à « pratiquer une brèche » dans ce domaine, et le Gaon Rabbi Avraham Itsh’ak Ha-Cohen KOOK zatsal s’éleva violement contre eux, en agissant avec beaucoup de force afin d’informer la gravité de l’interdiction à toutes les communautés du peuple d’Israël, pour que personne ne s’avise de « briser la barrière » dans ce domaine.
À partir de tout ceci, notre grand maître le Rav Ovadia YOSSEF Chlita apprend que selon la Halah’a il est strictement interdit à des garçons et des filles de se rassembler dans les écoles ou lors de jeux. Il rapporte (dans son livre Chou’t Yabiya Omer tome 4 sect. E.H chap.4) les propos de Rabbeinou Yéhouda Hé-H’assid dans le Sefer Ha-H’assidim (13e siècle) :
« Ne mélange pas les garçons et les filles ensemble, de peur qu’ils n’en viennent à fauter. » Il cite des preuves à cela à partir des livres du Tanah’.
Par conséquent, les gens qui créent des mouvements de jeunesse mixtes commettent une grave faute. La responsabilité des fautes commises par les enfants, ainsi que leur avenir, incombent les organisateurs de ces mouvements de jeunesse et les gens qui les encouragent.
Certains prétendent que le fait d’habituer les garçons et les filles à être ensemble depuis leur jeunesse, les empêche de fauter, mais l’expérience a montré le contraire, puisque dans toutes les écoles et mouvements de jeunesse mixtes, on ne trouve quasiment pas une seule personne épargnée de la faute, et des pensées de fautes qui sont encore plus graves que les fautes elles-mêmes.
Une telle chose s’oppose catégoriquement à tous les principes de pudeur pour lesquels nos ancêtres ont sacrifié leurs vies.
Il y a environ 40 ans, les gens du parti Mafdal projetèrent d’ouvrir dans la ville de Nétivot un lycée « religieux » mixte.
Le Gaon et saint Kabbaliste Rabbi Israël ABIH’SIRA zatsal (Baba Salé) se dressa contre eux, avec l’aide du Rav de la ville, le Gaon Rabbi Réphaël kadir SABBAN zatsal. Ils diffusèrent des affiches et des déclarations où il était stipulé que toute personne qui s’associerait aux dirigeants de cette école, sera bannit de la communauté et considéré comme ayant « brisé la barrière de nos maîtres ».
Rabbi Israël ABIH’SIRA zatsal se tourna vers notre maître le Rav Ovadia YOSSEF Chlita, afin qu’il lui apporte son aide sur cette question. Notre maître se joint à lui par sa sainte signature sur les documents informant la gravité d’une telle transgression. Toute personne qui constatait la signature de Rabbi Israël ABIH’SIRA zatsal ainsi que celle de notre maître sur les documents, était prit de peur, et ainsi, le projet de ceux qui brisent les barrières de nos maîtres - « en agissant comme Zimri tout en réclamant la récompense de Pinh’ass » - échoua. (Tout ceci est cité dans le livre Maor Israël - Dérachot, page 294).
Malgré tout, lorsqu’il s’agit d’enfants en bas âge, dans un cas de grande nécessité, comme dans un endroit où toutes les écoles sont laïcs, et où l’effectif de garçons et l’effectif de filles ne permettrait pas d’ouvrir une école séparée, puisqu’un effectif faible ne procurerait aucune subvention, dans de telles situations, notre maître le Rav Chlita autorise pour des enfants en bas âge, en dessous de 9 ans, puisqu’en dessous de cet âge, le Yetser Ha-Ra’ n’a pas encore de réelle emprise sur eux.
Mais au-dessus de 9 ans, cela devient strictement interdit.
Chaque cas est spécifique et nécessite l’avis des grands de notre génération.





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