Au sens le plus classique, cela désigne celui qui est capable de faire réellement pénitence sur une faute commise par le passé. Il existe des règles très strictes et méticuleuses de pénitence, notamment celles édictées par Maimonide qui donne cette définition sublime : « le véritable pénitent doit pouvoir se retrouver dans des conditions similaires et ne pas recommencer à faire la même erreur. » Les implications de cette pénitence ne sont pas seulement religieuses mais plutôt un travail psychologique sur soi-même, l’acquisition d’une véritable maîtrise de soi.
Mais il existe également une dimension plus profonde encore, liée elle aussi à la dimension psychologique de la Teshouva .
Cette dimension exige d’aller au-delà de l’autosatisfaction que peuvent apporter les deux autres dimensions. En effet, celui qui revient à la pratique religieuse a souvent l’impression d’être enfin dans le droit chemin, il peut devenir satisfait de lui-même, voire même se mettre à paternaliser les autres, ceux qui ne savent pas encore. Sur le plan moral, il peut considérer que sa manière de vivre qui est globalement irréprochable se trouve être la bonne et ne plus vraiment sentir la nécessité de la pénitence qu’il ne pratiquera plus qu’avec formalisme.
La Teshouva des profondeurs exigera de lui de briser encore quelques écorces et de descendre en lui-même plus profondément encore.
Le shabbat Teshouva nous lisons une Haftara spécialement choisie, extraite en partie du prophète Hoshéa. Le texte choisi est la fin de sa prophétie. Le texte commence par un appel à la Teshouva .
יד,ב שׁוּבָה, יִשְׂרָאֵל, עַד, יְהוָה אֱלֹהֶיךָ: כִּי כָשַׁלְתָּ, בַּעֲוֹנֶךָ.
« Israël, reviens à l’Éternel, ton Dieu, Car tu es tombé par ton iniquité. »
Le prophète termine son livre par cette phrase :
יד,י מִי חָכָם וְיָבֵן אֵלֶּה, נָבוֹן וְיֵדָעֵם : כִּי-יְשָׁרִים דַּרְכֵי יְהוָה, וְצַדִּקִים יֵלְכוּ בָם, וּפֹשְׁעִים, יִכָּשְׁלוּ בָם.
« Que celui qui est sage prenne garde à ces choses ! Que celui qui est intelligent les comprenne ! Car les voies de l’Éternel sont droites ; Les justes y marcheront, Mais les rebelles y tomberont. »
Ce verset peut se comprendre, de façon relativement manichéenne : les justes réussiront et les méchants échoueront. En d’autres termes : « Respectez les voies de l’éternel et tout ira bien pour vous. » Ce serait en effet plus simple de prendre le verset dans son sens premier, et bien des personnes religieuses ont tendance à le faire. Mais ce verset nous amène dans une autre dimension : celle de la Teshouva des profondeurs.
En effet l’expression hébraïque בָם est ambiguë, tout comme le « y » en français, car elle signifie littéralement : « en elles ». Ce qui change totalement le sens du verset qui devient alors : « même en marchant dans les voies de l’Eternel, les rebelles échoueront. »
L’appel du prophète Hoshéa à la Teshouva devient alors une mise en garde à ceux qui risquent de tomber dans l’autosatisfaction. En d’autres termes, celui qui n’a pas d’intentions pures échouera même lorsqu’il pratiquera toutes les Mitsvot, et qu’il marchera dans les voies de l’éternel !
La Teshouva ne consiste donc pas seulement à revenir à ses racines juives ; ni à être capable d’exercer sur soi un redressement moral exemplaire. Elle consiste également à être capable de ne pas se laisser prendre au piège de l’autosatisfaction d’avoir franchi les deux premières étapes et de continuer à plonger au plus profond de soi-même afin d’épurer totalement ses intentions et de se mettre à agir dans un total désintéressement de soi.
Il y a en effet un piège dans la Teshouva , le retour au judaïsme : s’autosatisfaire de sa propre culture qui est, en effet, très satisfaisante. Se mettre alors à regarder les autres, ceux qui n’en sont pas ou pas encore, de haut.
Il y a également un piège dans la Teshouva en tant que redressement moral. Justement parce que la pénitence véritable, au sens de Maimonide , est une chose extrêmement difficile et exige un immense travail sur soi-même, la tentation de se prendre pour un Tsadik est grande. La possibilité de se mettre à pratiquer les Mitsvot et les bonnes actions en se complaisant dans une autosatisfaction égocentrique demeure toujours, même chez le juif exemplaire, surtout peut-être chez le juif exemplaire.
C’est alors qu’il faut atteindre le troisième niveau de la Teshouva , plonger en soi-même afin d’arracher totalement son propre Ego et de prendre conscience que tout ce que nous faisons n’est jamais en notre propre nom, ni pour nous-mêmes ; mais bien par altruisme total, pour l’autre absolu : Dieu.
C’est là sans doute le sens plus profond du premier verset de notre Haftara :
יד,ב שׁוּבָה, יִשְׂרָאֵל, עַד, יְהוָה אֱלֹהֶיךָ : כִּי כָשַׁלְתָּ, בַּעֲוֹנֶךָ.
« Israël, reviens à l’Éternel, ton Dieu, Car tu es tombé par ton iniquité. »
C’est là également que la Teshouva est une exigence de toujours et non pas seulement des 10 jours qui vont de Rosh Hashana à Kippour.
Yeshaya Dalsace (d’après un enseignement du professeur Leibowitz. http://www.massorti.com/Yeshayahou-...)
La Teshouva d’après Maimonide se décompose ainsi :
1) La confession : Admettre que nous avons fait quelque chose de mal.
2) La résolution : celle de ne plus jamais commettre cette erreur.
3) Le regret : avec conviction et sincérité des erreurs passées.
4) L’engagement pour l’avenir : le repentir ne sera complet que, lorsque face aux mêmes circonstances déjà rencontrées, on se montrera capable de s’abstenir de tomber dans le même travers.
(Rambam Hilkot Téchouva 2:2)





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