Plaidoyer pour la Cashrout :
La Cashrout consiste à manger selon les préceptes de la loi juive, la Halakha
La Cashrout constitue l’un des aspects essentiels du judaïsme pratique.
Pour certains elle va de soi et il ne saurait être question de ne pas tenir la cuisine casher . Pour d’autres par contre, la Cashrout semble compliquée, voire rétrograde.
Je voudrais pouvoir montrer ici qu’il n’en est rien et expliquer certaines règles de base relativement faciles à observer pour ceux qui veulent le faire mais que la complication des règles effraie. Ces conseils peuvent aussi être utiles si vous (juif ou pas) invitez des juifs traditionalistes à dîner... (mais un conseil, téléphonez leur pour demander des précisions avant de faire une erreur dans le menu...)
Commençons par la signification du mot « casher » : littéralement, il veut dire « conforme », « apte ». Manger casher , c’est manger conformément aux règles de la « diététique » juive. Lorsqu’on se penche sur le problème du sens de la Cashrout, on s’aperçoit bien vite qu’aucune explication n’est pleinement satisfaisante, mais l’on peut néanmoins avancer quelques points susceptibles de favoriser une meilleure compréhension de sa nécessité :
Tout d’abord, elle est un des commandements essentiels et quotidiens du Judaïsme que le croyant se doit de respecter.
Elle constitue une des caractéristiques les plus anciennes et les plus étonnantes du Judaïsme et par cela même mérite le respect.
Le Judaïsme n’est nullement une religion qui ne fait appel à l’homme que par son cerveau, son intellect, mais au contraire il l’implique dans tout son être et donc également dans la façon qu’il a de se nourrir.
La Cashrout représente un instrument pédagogique et identitaire extraordinaire.
A l’heure où il est à la mode - et où il devient indispensable, de manger sainement, c’est une excellente façon de faire attention à ce que l’on ingurgite et de réfléchir à nos fonctions nutritives. Aujourd’hui, puisque nous comprenons de mieux en mieux que la manière de manger influence quantité de fonctions chez l’être humain, la Cashrout ne peut plus passer pour une simple question de forme. Notre nourriture ne pourrait-elle pas également avoir une influence spirituelle sur nous ?
Enfin, elle permet de dompter un des plus forts instincts de la nature, et votre gourmand serviteur sait que ce n’est pas toujours chose facile. Or dompter ses instincts demeure l’un des buts principaux de tout système d’autodiscipline, particulièrement du Judaïsme.
Objections :
D’aucuns diront que la chose est néanmoins trop compliquée et astreignante.
Pas forcément. Les gens ont généralement trop tendance à voir le monde en noir et blanc et les Mitsvot (pratiques religieuses) dans un système de tout ou rien. Cette optique est erronée ; chacun peut fixer son degré de pratique et, en l’occurrence, de Cashrout.
Chaque pas en avant rapproche du but. Le respect de quelques règles de base permet déjà beaucoup.
D’autres diront que c’est trop cher.
D’abord, chaque chose a son prix et le maintien du judaïsme également.
Ensuite, ceci n’est pas forcément vrai. La multiplication des magasins cashers fait marcher la concurrence et les prix ont beaucoup baissé. Le prix élevé de la Cashrout s’explique en grande partie par les taxes imposées par le système de surveillance consistorial. Mais des quantités de produits non estampillés comme Cashers peuvent être consommés. Avec une bonne connaissance de certains principes, on peut tout à fait acheter une quantité de produits industriels en grande surface courante. Il faut pour cela surveiller la composition.
Cela crée trop de différence :
Certaines personnes n’aiment guère se différencier des autres mais, s’il est possible que cela pose parfois des problèmes, il faut se rappeler que le Judaïsme repose aussi sur l’idée, selon l’expression à la mode, du "droit à la différence". C’est là le principe même de la "kedousha ", (la sainteté) qui sous entend la notion d’être à part. Cela ne sous-entend aucun mépris pour les autres, bien au contraire, mais seulement une volonté d’être plus en conformité avec soi-même et plus exigent.
On avancera enfin que la Cashrout sépare les gens et même les familles. C’est hélas vrai parfois, mais ce phénomène est le fait du fanatisme de certains, plus que de la Cashrout elle-même. Il est lamentable que sous prétexte de Cashrout des enfants refusent parfois de manger chez leurs parents. On se trouve dans ce cas-là devant un véritable inversement des valeurs juives . Car évidemment on peut très bien manger casher , c’est à dire avoir certaines exigences minimum au même titre que d’être végétarien et continuer à fréquenter parents et amis (y compris non juifs) ; tout est question de bonne volonté de part et d’autre.
Il existe sûrement beaucoup d’autres objections et arguments à avancer ; retenons juste que des réponses existent et qu’une Cashrout bien vécue peut apporter beaucoup à celui qui la respecte sans pour autant le ruiner ou le couper du monde.
Règles générales de la Cashrout
Cet article ne se veut nullement un guide pratique de la Cashrout, mais seulement une introduction. Ne perdons pas de vue que le sujet est complexe et que chaque point mériterait un plus long développement.
Aliments permis et interdits :
Sont autorisés tous les végétaux et les poissons à écailles et nageoires (qui peuvent être achetés n’importe où) voir la liste. Sont interdits les produits de provenance animale non conformes aux règles de la Cashrout.
Viande
Seuls les animaux autorisés (ovins, bovins, volailles) peuvent être consommés à la condition d’avoir été abattus rituellement par un boucher juif (halal n’est pas kasher ) et donc avec le tampon kasher dessus, et la viande doit être soit salée et trempée dans l’eau selon un certain ordre (processus de cashérisation de la viande qui consiste à en extraire le sang ), soit grillée (en quel cas le sang goûte sur les braises et n’est pas consommé). En général, la viande trouvée dans le commerce kasher a déjà été kashérisée (salée et trempée).
Il est donc strictement interdit de consommer de la viande non surveillée. (Il existe de nombreuses boucheries juives en France et il est même possible de se faire livrer de la viande sous vide ou congelée). Attention, la marque du rabbinat doit être visible (il existe des restaurants et boucheries juifs pas kasher ... Le fameux Goldenberg en son temps par exemple)
Un Juif qui veut manger casher doit être très stricte là-dessus et ne consommer en aucun cas une viande non conforme. Il y a toujours moyen de manger autre chose.
Laitages
Seuls les sous-produits (laitages, œufs) des animaux autorisés (volaille, vaches, chèvres, brebis) le sont également. Nous massorti autorisons tous les fromage, même avec présure. http://www.massorti.com/La-cachroute-du-fromage
Mélanges interdits :
Toute viande et tout laitage doit être cuit et consommés séparément. Cet interdit est strict. On ne mélange jamais lait et viande, y compris de poulet, même en petite quantité. On ne consomme pas du lait et de la viande au même repas.
Un respect plus poussé de la Cashrout exige celui d’autres règles, instaurées dans la volonté d’appliquer plus sûrement celles que nous venons de voir (le principe de Sayag, barrière, cher aux décisionnaires rabbiniques).
Ces règles sont nombreuses et parfois complexes. Chacune nécessiterait une longue présentation et nous ne pourrons ici n’en évoquer que quelques unes.
Produits sous surveillance rabbinique :
Pour écarter tout doute sur la composition d’un produit, on peut choisir de n’acheter que des produits surveillés portant le label "casher ", (si toutefois on a la chance d’habiter à proximité d’un commerce qui en vend). Cela présente des avantages mais aussi l’inconvénient de réduire le choix et d’augmenter considérablement le budget nourriture. Par ailleurs, le Rabbinat français publie une liste de produits de grande consommation qu’il estime conforme à ses exigences. On peut regretter que cette liste, pratique mais restreinte, ne donne aucune explication sur ce qui motive l’intégration ou non d’un produit. Vous pouvez la trouver sur le site du Consistoire de Paris. http://www.consistoire.org/
Vaisselle séparée :
Il est de coutume de séparer les vaisselles "viande" et "lait". Ceci repose sur le principe que la vaisselle retient le "goût" de l’aliment consommé. Au regard des détergents et des méthodes modernes de nettoyage (lave-vaisselle à haute température, etc.) cela peut sembler exagéré, mais si l’aspect chimique mériterait discussion, l’aspect symbolique est important et il est bon de rappeler que la séparation des vaisselles est l’une des caractéristiques de la maison juive traditionnelle. Cependant, ainsi que nous l’avons évoqué plus haut, une certaine souplesse sur la question peut éviter bien des tensions, notamment lorsque l’on fréquente des gens qui ne respectent pas cette tradition, et il est bon de se rappeler que la "paix", notamment des familles, est une valeur qui devrait l’emporter . Ceux qui ont deux vaisselles doivent les laver séparément ou, dans une machine à laver, successivement. Un four doit être cashérisé entre lait et viande (bien nettoyé et chauffé à vide ½ heure).
Le vin :
A priori il doit être casher , surtout pour ce qui touche aux cérémonies. La Cashrout du vin est un sujet complexe qui a donné lieu à bien des discussions chez les décisionnaires depuis le Moyen-âge, et elle mériterait un large développement. Cependant, là aussi, la valeur symbolique est très forte et doit donc être prise en compte même si la logique du vin casher peut sembler à certains, pour des raisons humanistes, discutable aujourd’hui.
Les sous produits alimentaires modernes :
Un des grands problèmes de l’alimentation moderne est la multiplication de composants transformés (colorants, conservateurs, émulsifiants, gélatine, présure, protéines et graisses diverses...). La Cashrout n’interdit pas (à tord ?) ce genre de manipulations (elle n’est nullement une garantie contre la vache folle, les hormones, les manipulations génétiques et autres apprenti-sorcelleries de notre industrie alimentaire). Le problème se pose par rapport à l’interdit de mélanges (présure animale dans le fromage) ou de la consommation d’animaux interdits (gélatine , colorants à base d’insectes, émulsifiants à base de graisse animale...).
La position la plus stricte et la plus simple est d’interdire tous ces produits ou mélanges.
Cependant certains décisionnaires se sont posés la question de savoir si les transformations chimiques très importantes nécessaires à la fabrication de tels produits דבר חדש, ainsi que leur quantité négligeable, ne rendaient pas possible leur autorisation. Là encore il faudrait une étude poussée, mais la question doit être posée et l’opinion de chacun examinée avec respect.
C’est pourquoi certains consomment des fromages non surveillés fait à l’aide de présure ou autorisent certains aditifs d’origines animal.
D’autres facteurs peuvent être pris en compte pour la Cashrout d’un aliment. Citons notamment l’interdiction de faire du mal à un animal qui, de l’avis de certains, a pour conséquence de rendre « impropre » (non casher ) la consommation de foie gras. Il est dommage d’ailleurs que ce problème ne soit pas plus souvent pris en compte, notamment pour imposer des conditions descentes d’élevage des bêtes .
Pour finir, rappelons l’existence d’une "métaCashrout", c’est à dire des grandes idées et symboles qui sous-tendent les lois alimentaires. Le Juif qui mange casher ne doit jamais perdre de vue que la Cashrout ne saurait en aucun cas être réduite à un simple problème technique, mais qu’elle est censée constituer la base d’une constante discipline et réflexion sur notre rapport à l’alimentation et à la nature.
La Cashrout est avant tout une affaire personnelle et il n’y a pas à regarder dans l’assiette des autres et à vouloir être plus casher que son prochain. Tout est relatif et l’on trouvera toujours plus casher que soi. Cependant, elle constitue une dimension importante de l’être juif qu’il convient de ne pas négliger, qui passe par le respect de soi et des autres et qui est tout à fait praticable dans notre société.
Etant donné la multiplication des problèmes et des opinions sur la question, il n’y a pas une Cashrout mais des Cashrouts, à chacun de trouver la sienne et de la mettre en pratique dans un esprit de respect pour celle des autres.
Yeshaya Dalsace
Manuel massorti de Kashrout
Pour toute question plus précise consultez la rubrique Halakha contenant des Teshouvot précises et argumentées.
http://www.massorti.com/-Questions-...
Histoire et introduction à la Kashrout
Ces cours sont visibles sur Akadem et son donnés par Liliane Vana, Docteur en sciences des religions et membre active de la communauté massorti Adath Shalom .
Au commencement de l’alimentation
Analyse du chapitre dix-neuf du Lévitique
Précisions sur le "chérets", le lait et la viande
Le lait et la viande - Pessa’h et les végétaux
Mélanges interdits, végétaux et ché’hita
Vous trouverez également une série de conférences sur ce sujet sur Akadem.





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