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L’Armée du crime

Réalisé par Robert Guédiguian -

Histoire de l’affiche rouge, celle du groupe Manouchian résistants fusillés par les nazis. Un bel hommage et un bon film.

Histoire de l’affiche rouge, celle du groupe Manouchian résistants fusillés par les nazis. Un bel hommage et un bon film.

Ce film retrace l’action héroïque du groupe Manouchian composé de FTP durant l’occupation. Ce groupe fut rendu célèbre par l’affiche rouge de la propagande allemande le stigmatisant.

L’Affiche rouge est une affiche de propagande placardée en France dans le contexte de la condamnation à mort de 23 membres des Francs-tireurs et partisans - Main-d’œuvre immigrée de la région parisienne, et de l’exécution de 22 d’entre eux le 21 février 1944, après avoir refusé qu’on leur bande les yeux.

L’affiche sert à la propagande nazie qui stigmatisera l’origine étrangère de la plupart des membres de ce groupe FTP.

Dans la foulée de ces exécutions, la propagande allemande placarde 15 000 exemplaires de ces fameuses affiches rouges portant en médaillons noirs les visages de dix fusillés. Au centre, la photo de Manouchian, avec cette inscription : « Arménien, chef de bande, 56 attentats, 150 morts, 600 blessés. ».

Mais l’affaire de l’Affiche rouge, placardée sur les murs de Paris par l’ennemi, produit l’effet contraire à celui escompté : pour toute la Résistance, elle devient l’emblème du martyre. Les soutiens de sympathisants se multiplient.

Le réseau Manouchian était constitué de résistants communistes, surtout des étrangers, des espagnols rescapés de Franco, enfermés dans les camps français des Pyrénées, des Italiens résistant au fascisme, Arméniens, Juifs surtout échappés à la rafle du Rafle du Vélodrome d’Hiver (le populaire Vel’ d’Hiv) de juillet 1942 et dirigé par un Arménien, Missak Manouchian. Il faisait partie des mouvements de Résistance communiste et était le responsable des FTP MOI de la région parisienne. La plupart d’entre eux sont enterrés dans le cimetière d’Ivry-sur-Seine, dans le Val-de-Marne, où une stèle a été érigée en leur mémoire.

Voici la liste des 23 membres du groupe Manouchian exécutés par les nazis ; signalé par la mention (AR) les dix membres que les Allemands ont fait figurer sur l’affiche rouge. Seule Olga Bancic, vingt-troisième membre du groupe, fut décapitée à la prison de Stuttgart le 10 mai 1944.

Celestino Alfonso (AR), Espagnol, 27 ans

Olga Bancic, Roumaine, 31 ans

Joseph Boczov (AR), Hongrois, 38 ans - Ingénieur chimiste

Georges Cloarec, Français, 20 ans

Rino Della Negra, Italien, 19 ans

Thomas Elek (AR), Hongrois, 18 ans - Étudiant

Maurice Fingercwajg (AR), Polonais, 19 ans

Spartaco Fontano (AR), Italien, 22 ans

Jonas Geduldig, Polonais, 26 ans

Emeric Glasz, Hongrois, 42 ans - Ouvrier métallurgiste

Léon Goldberg, Polonais, 19 ans

Szlama Grzywacz (AR), Polonais, 34 ans

Stanislas Kubacki, Polonais, 36 ans

Césare Luccarini, Italien, 22 ans

Missak Manouchian (AR), Arménien, 37 ans

Armenak Arpen Manoukian, Arménien, 44 ans

Marcel Rayman (AR), Polonais, 21 ans

Roger Rouxel, Français, 18 ans

Antoine Salvadori, Italien, 43 ans

Willy Szapiro, Polonais, 29 ans

Amédéo Usséglio, Italien, 32 ans

Wolf Wajsbrot (AR), Polonais, 18 ans

Robert Witchitz (AR), Français, 19 ans

Fiche technique

Avec Simon Abkarian, Virginie Ledoyen, Robinson Stévenin, plus

Long-métrage français . Genre : Historique , Drame

Durée : 02h19min Année de production : 2008

Extrait du Monde

L’Armée du crime est la mise en scène d’un soulèvement, celui des jeunes combattants immigrés du groupe Manouchian, et de son écrasement, à partir du souvenir laissé dans la mémoire collective (celle du mouvement communiste) et individuelle (celle de Guédiguian).

Il est difficile de voir un film dont on a suivi le tournage des jours durant, comme nous avons pu le faire pendant l’été 2008, sans se souvenir de la manière dont le réalisateur, les acteurs et les techniciens y ont travaillé. Les intentions affirmées à l’époque (politiques, historiques, bien sûr, mais aussi esthétiques) et la méthode (collective, empreinte d’un sérieux et d’un respect peu communs sur les plateaux) apparaissent clairement. Ce qui est à l’écran vient comme l’accomplissement d’une promesse qui, aux yeux d’un témoin de la fabrication du film, est entièrement tenue.

La trame dramatique de L’Armée du crime aurait pu servir à Hollywood. Un type fort, intelligent et séduisant qui recrute des comparses pour accomplir des exploits périlleux, ça a beaucoup servi.

En 1943, Missak Manouchian (Simon Abkarian), réfugié arménien, fut chargé par la direction communiste de former un groupe armé, sous l’autorité de la Main-d’oeuvre immigrée, organisation communiste regroupant les travailleurs nés ailleurs qu’en France.

La bande rassemblée par Manouchian comptait dans ses rangs nombres de juifs originaires d’Europe de l’Est, mais aussi des Italiens antifascistes et des républicains espagnols. Dans ces rangs, Guédiguian a choisi quelques figures pour leur jeunesse, leur violence. Thomas Elek (Grégoire Leprince-Ringuet) et Marcel Rayman, un lycéen doué en chimie et un ouvrier champion de natation, deviennent des tueurs. Parce que Guédiguian - l’affiche du film en témoigne - ne fait pas mystère des buts de guerre du groupe Manouchian. Il fallait tuer des Allemands, les plus gradés possible, à défaut le plus grand nombre possible, autant pour démoraliser l’ennemi que pour montrer aux Français que la lutte armée était possible.

C’est la première fois que l’auteur de La ville est tranquille s’essaie à un film de cette ampleur. Et la seconde (après Le Promeneur du Champ-de-Mars, chronique des derniers jours de François Mitterrand) qu’il s’éloigne de Marseille. Mais il n’a pas posé ses bagages en chemin. Il montre l’exécution d’officiers allemands ou un attentat à la grenade pour ce qu’ils sont, des moments de violence, de souffrance et de peur. Et quand l’exaltation saisit l’un des jeunes clandestins, elle est mise en scène pour ce qu’elle est, une émotion ambiguë qui sert les buts assignés par le parti mais met en danger l’intégrité de celui qui se réjouit de la mort de ses ennemis.

La figure de Manouchian est là pour servir le projet politique et éthique de Guédiguian : un homme capable de tuer tout en continuant à vivre et à aimer sa compagne Mélinée (Virginie Ledoyen). Sur l’autre rive, il y a les tristes figures des policiers français qui firent tomber le groupe.

Jean-Pierre Darroussin (qui déjà jouait le militant du Front national dans Marius et Jeannette) incarne un fonctionnaire compétent qui succombe à la tentation que lui met sous le nez le commissaire David (Yann Tregouët), technocrate de la lutte anticommuniste.

Ce sont eux les exécutants du martyre du groupe Manouchian, tout comme Vichy se mit à la disposition des occupants pour monter l’opération de propagande qui fit que l’affiche rouge dénonçant "l’armée du crime" fut placardée sur les murs de France.

Tout dans le film, y compris les libertés prises avec la chronologie des événements, tend à exprimer l’essence de cet affrontement, à en dégager le sens. Les derniers films de Robert Guédiguian, et particulièrement Lady Jane (2008), mettaient en scène la désorientation, la colère face à la perte de ce même sens, qui fut celui de l’histoire.

Alors que Ken Loach, qui montrait les mêmes interrogations dans It’s a Free World (2007), s’est réfugié dans la comédie fantaisiste de Looking for Eric, son camarade Guédiguian a remonté le temps pour retrouver une vérité perdue et la rapporter à ses contemporains.

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L’Armée du crime

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