Le mouvement massorti français
Questions pratiques
Judaïsme
Culture






Hanouka : Fête du foyer familial
 – mot clé :
  • Augmenter police
  • Diminuer police
  • imprimer
  • Réaction Pas de message

Par le Professeur Moshé Benovitz -

Hanouka célèbre traditionnellement deux évènements distincts : la victoire des Maccabés et la restauration du Temple après sa profanation.

C’est surtout la victoire militaire qui est soulignée dans la prière Al Hanissim, alors que le passage Talmudique évoquant Hanouka (Shabbat 21b) met plutôt l’emphase sur la re-consécration du Temple et sur le récit du miracle de la lampe à huile. Un autre motif semble avoir été ajouté à l’époque du règne d’Hérode : l’allumage des bougies de Hanouka dans un ordre croissant, en l’honneur du solstice d’hiver, qui marque le rallongement des jours (voir Moshe Benovitz « Hordos ve Hanukkah », Zion 68 (2003) pp 5-40.

Il semblerait cependant, que la conscience collective du peuple Juif ait associé un autre motif encore à Hanouka. En plus des diverses raisons mentionnées ci-dessus, beaucoup d‘entre nous célèbrent aussi Hanouka en tant que Fête du Foyer et de la Maison, du « confort douillet » et de la famille, bénédictions pour lesquelles nous sommes particulièrement reconnaissants en ces temps où s’installe l’hiver. Il est vrai que des familles se réunissent également à la maison à l’occasion d‘autres fêtes Juives, particulièrement à Pessah, mais là, l’accent est surtout mis sur la nourriture et sur la discussion, l’étude et le rituel qui tournent autour de la table de salle à manger. Ce qui rend Hanouka unique, est que le rituel d’allumage des bougies célèbre la réunion de la famille sous un même toit : le rituel prend place dans le salon, et pas nécessairement autour de la table de salle à manger. Hanouka est devenu le symbole de l’importance du refuge et de la chaleur qu’apportent la famille et la maison alors que commence l’hiver.

Ce motif peut sembler contemporain, mais il n’est pas l’apanage de notre génération. Non seulement on trouve des allusions au lien entre Hanouka et la maison, dans les sources traditionnelles, mais on y fait allusion dans des sources datant de trois périodes différentes de l’histoire de Hanouka.

On peut trouver des allusions sur ce thème dans la loi de base concernant l’allumage des bougies de Hanouka telle qu’elle est formulée dans le Talmud  , dans la façon dont les bougies de Hanouka étaient habituellement allumées depuis les temps médiévaux, et dans la façon dont Hanouka était célébré par les Hasmonéens eux-mêmes, d’après les sources les plus anciennes évoquant des rituels spécifiques : le sixième chapitre du second livre des Maccabées.

I. La Halakha   Talmudique :

« Une bougie par personne et par foyer »
La plupart des rituels Juifs sont de type appelé hovat gavra, « obligations individuelles », elles sont censées être accomplies par chacun. C’est également vrai des commandements inscrits dans les Écritures, comme la pose des tefillins et la consommation de Matza lors du Seder de Pessah, ou les prescriptions rabbiniques comme le lavage des mains avant les repas, ou la lecture de la Meguila d’Esther à Pourim.

L’allumage des bougies de Hanouka est une exception. En effet, même si de nombreux Juifs de nos jours s’efforcent d’allumer eux-mêmes les bougies chaque soir ou d’être présent lorsqu’un des membres de la famille les allume afin « d’accomplir le commandement » ce n’est pas nécessaire à strictement parler. Les bougies de Hanouka sont un hovat habayit, « une obligation incombant au foyer » et non à l’individu, pour citer le Talmud   : « Le commandement de Hanouka est une bougie par personne et par foyer » (Shabbat 21b). Un Juif qui n’est pas à la maison pendant un des soirs de Hanouka ou même quelqu’un qui se trouve loin des siens pendant toute la semaine de la fête, n’est pas tenu d’allumer les bougies, ni de participer à une cérémonie d’allumage ailleurs, pour autant qu’une personne allume les bougies pour lui à la maison. (Shabbat 23a) C’est dans ce sens que la mitzvah des bougies de Hanouka est du même ordre que celle de la mezuzah : chaque foyer Juif doit avoir une mezuzah, mais les individus vivant dans ce foyer n’ont pas besoin d‘être présents lors de la pose de cette mezuzah. De même, chaque foyer Juif doit faire connaître le miracle de Hanouka aux passants en allumant des bougies, mais la participation de chaque individu à cette mitzvah n’est pas obligatoire.

En fait, le Talmud   associe explicitement les bougies de Hanouka et la mezuzah : les bougies de Hanouka étaient à l’origine allumées devant les maisons, et d’après le Talmud   (Shabbat 22a) elles devaient être allumées à gauche de la porte afin que la porte soit entourée de mitzvot – les bougies à gauche et la mezuzah à droite.

Maintenant, la mezuzah est par nature un rituel « domestique » : des versets bibliques doivent être inscrits : « sur les poteaux de ta maison » (Deutéronome 6 :9). Par contre, l’allumage des bougies de Hanouka évoque d’autres rituels de fêtes – tels que consommer de la matza à Pessah, entendre le shofar à Roch   Hachana, entendre la lecture de la meguila à Pourim, et ces autres rituels de fêtes sont des obligations qui concernent chaque Juif (Hovat Gavra).

Pourquoi alors, l’allumage des bougies de Hanouka serait-il différent des autres rituels de fêtes ? Les rituels essentiels de Hanouka et de Pourim – les bougies pour Hanouka et la meguila pour Pourim, sont très semblables : les deux fêtes furent instaurées à l’époque du Second Temple, et les bougies comme la lecture de la meguila, eurent pour fonction de « faire connaître les miracles » de Pourim et de Hanouka, respectivement (Meguila 3b, Shabbat 23b). Cependant, alors que la mitzva de Pourim qui incombe à chaque juif, consiste à faire connaître le miracle en participant personnellement à la lecture de la meguila comme lecteur ou comme auditeur, la mitzva pour faire connaître le miracle de Hanouca en allumant les bougies incombe à chaque foyer, et chaque individu n’a pas l’obligation d’y assister si un des membres du foyer assure l’allumage à la maison. Pourquoi cela ?

La seule explication plausible est qu’il existe un rapport étroit entre les bougies de Hanouka et la maison. Toute la maison est responsable de l‘allumage des bougies de Hanouka parce c’est à la maison que l’on fête Hanouca. Les Sages   semblent avoir réalisé, même inconsciemment, que l’allumage des bougies sur le seuil de la porte représente entre autres, la chaleur et l’abri procuré par cette maison face à l’hiver proche, et par conséquent, ils décrétèrent que les lumières de Hanouka étaient du ressort de toute la maisonnée et non de chaque individu.

II. Depuis la période Médiévale : « Pour les seuls membres de la maisonnée »

Comme nous l’avons vu, le Talmud   ordonne à chaque maison d’allumer les bougies de Hanouka sur son seuil, afin de faire connaître le miracle aux passants. A l’époque Talmudique, les bougies n’étaient pas allumées à l’intérieur, sauf en période de danger, lorsque les autorités non juives interdisaient l’allumage public des bougies de Hanouka (Shabbat 21b).

De nos jours, cette règle concernant les périodes dangereuses est devenue la norme. On allume en toute hypothèse, les bougies de Hanouka à l’intérieur. Il semblerait que cette habitude ait été prise par les Ashkénazes du Moyen Age. (voir Tosafot Shabbat 21b, S.V. de’i la adlik ; Roch   ad loc, section 3). L’origine de cette coutume n’est pas très claire, mais on peut envisager un certain nombre de possibilités : il est possible que les Juifs de France et d’Allemagne aient été confrontés à un réel danger de la part de leurs voisins non juifs, ou peut-être l’hiver européen rendait-il impossible l’allumage des bougies à l’extérieur. Une autre possibilité serait que les maisons des Juifs Européens du Moyen Age étaient disposées de telle façon que des bougies allumées sur leur seuil ne seraient en aucun cas visibles par les passants. Nous ne devons pas exclure non plus la possibilité que l’allumage des bougies à l’intérieur du foyer soit influencé par les coutumes de Noël.

Quelle que soit la raison originelle, il est désormais de coutume d’allumer les bougies de Hanouka à l’intérieur plutôt que sur le seuil de la maison. Cette modification de la pratique a conduit à un changement de la Halakha   : d’après le Talmud  , les lumières de Hanouka doivent être allumées « après le coucher du soleil, jusqu’à ce que les gens soient partis de la place du marché. » (Shabbat 21b) afin de faire connaître le miracle aux passants. Cependant, les Tosafot et les autorités halakhiques qui suivirent les Tosafot décrétèrent que de nos jours, il n’y a plus d’heure limite, et que les lumières de Hanouka peuvent être allumées à n’importe quelle heure pendant la nuit, pour peu que quelqu’un soit réveillé à la maison, car de nos jours, les bougies sont allumées à la maison et doivent être vues et appréciées « par les seuls membres de la maison ». (Tosafot et Roch  , ibid). L’allumage des bougies dans le contexte familial est devenu l’unique rituel, par lequel la famille se réunit dans une célébration religieuse sans s’asseoir autour d’un repas. Lorsqu’en accord avec la coutume post-talmudique, la famille se blottit sous un seul toit autour d’un candélabre brillant de mille feux au début de l’hiver, le thème de « la maison » est central. Hanouka est devenu la fête du foyer et de la maison non seulement au sens théorique, le rituel de l’allumage des bougies incombant à la maison et non à l’individu, mais dans les faits, le rituel est pratiqué à l’intérieur du foyer en présence des membres de la famille.

III. Hanouka dans Maccabées II. « A la manière des baraquements »

La première et la plus claire évocation de Hanouka comme Fête du foyer se trouve dans Maccabées II. Les deux livres des Maccabées furent écrits à l’époque des Hasmonéens et tous deux évoquent la façon dont on célébrait Hanouka à cette époque. Alors que la référence à la célébration de Hanouka est évoquée en termes très généraux dans Maccabées I, « que ces jours de consécration de l’autel soient célébrés pendant huit jours chaque année, à partir du 25 Kislev, dans la joie et la liesse (4 :58) Dans Maccabées II, 10 :6-7 des rituels spécifiques sont évoqués. On traduit généralement ainsi ces versets : « Ils célébrèrent pendant huit jours à la façon des Tabernacles (skenomaton tropon ; littéralement : comme des baraques) se souvenant que peu de temps auparavant, lors de la fête de Souccot  , ils paissaient dans les collines et les grottes comme des animaux dans les champs. Pour cette raison, avec des thyrses (bâtons garnis de feuillage), des branches de saison, et des palmes dans les mains, ils chantèrent des louanges devant celui qui leur donna la victoire et leur permit de purifier l’endroit. »

La phrase skenomaton tropon est généralement traduite « à la façon des Tabernacles » comme lors de la fête de Souccot  . N’ayant pu célébrer Souccot   deux mois auparavant alors qu’ils vivaient dans les collines et pratiquaient la guérilla « comme des bêtes sauvages » les Juifs célébrèrent un Souccot   tardif lors de Hanouka, en chantant le Hallel   et en portant des plantes pendant huit jours. Mais cette explication pose problème pour les raisons suivantes :

1. Quel était le but de cette célébration tardive de Souccot   ? Si Souccot   n’a pas été fêtée à la bonne date, quelle est l’intérêt de la célébrer à une autre date ? Qui plus est, si les Maccabées pensaient pouvoir « rattraper » les fêtes manquées, pourquoi n’ont-ils pas rattrapé également d’autres fêtes ? Ils passèrent trois années dans les montagnes, et manquèrent donc toutes les fêtes trois fois de suite. Ils pensèrent pouvoir « rattraper » Pessah et Roch   Hachana en mangeant de la matza pendant sept jours et en sonnant le shofar un jour !

2. Pourquoi leur parut-il impossible de célébrer Souccot   dans les montagnes et dans les grottes ? Ce sont précisément des guérilleros, vivant loin de leur foyer dans les montagnes « comme des bêtes dans les champs » qui peuvent et doivent absolument construire des abris temporaires ! Et ce sont eux qui ont l’accès le plus direct aux quatre espèces qui doivent être utilisées à Souccot   !

3. Le mot « Tabernacles » apparaît à deux reprises dans la traduction de Maccabées II 10:6 citée plus haut, une fois dans la phrase « à la façon des Tabernacles » (skenomaton tropon) et une fois dans la phrase « lors de la fête des Tabernacles » (ton skenon heorten). Cependant, alors que la seconde phrase issue de skene (tente, baraque, tabernacle  ) qui est le terme Grec normal pour désigner « la fête de Souccot   » la première phrase utilise une autre variante du mot skenoma, qui est généralement réservé aux baraquements et tentes des soldats et n’est jamais utilisée dans le sens d’une Soucca   construite pour la fête de Souccot  . On devrait donc traduire « à la façon des baraquements militaires » plutôt que comme des Tabernacles.

4. D’après l’interprétation habituelle, les Hasmonéens célébrèrent Hanouka « à la façon des Tabernacles » non pas en construisant des Souccot   mais en prenant les quatre espèces. Toutefois, les trois plantes mentionnées au verset 7 ne sont pas les quatre espèces habituelles de Souccot   et les chercheurs ont établi que les branches et fruits mentionnés dans ce verset sont plutôt typiques des fêtes couronnant les victoires Helléniques (voir David Sperber, « Mitzvat’ulqahtem’behag ha Souccot   », Sidra 15 (1999 pp 167-179).

Il semblerait donc que Hanouka était été célébré à Jérusalem après la purification du Temple et sa restauration, non pas « à la façon de Souccot   » mais « à la manière des baraquements », en construisant le genre de baraques utilisées par les soldats. Ils célébrèrent Hanouka en construisant des espèces de baraquements, et en se souvenant de comment ils venaient tout juste de passer trois ans à mener une guérilla, vivant dehors, dans des montagnes ou des cavernes, comme des bêtes dans les champs. Ils se souvinrent tout spécialement de la récente célébration de Souccot   dans les montagnes, au cours de laquelle la fête des Cabanes fut particulièrement émouvante puisqu’ils passaient déjà leur vie dehors. Le Souccot   de Hanouka n’était donc pas une tentative pour rattraper la fête ratée, mais une évocation des baraques et baraquements qu’ils avaient effectivement construits dans les montagnes, et qui étaient particulièrement appropriés pour célébrer Souccot  , mais qui se trouvaient aussi être l’expression de leur vie quotidienne de guérilleros.

Les Maccabées se souvinrent des abris précaires qu’ils occupèrent dans les montagnes, qui étaient semblables à la fête de Souccot  , et en souvenir de leur expérience, ils bâtirent des souccot   lorsqu’ils retournèrent à Jérusalem à Hanouka, et célébrèrent Hanouka, à la manière des baraquements. En plus de commémorer leur récente expérience, la construction de baraquements était aussi une façon d’exprimer leur gratitude à Dieu qui leur avait, une fois encore, fourni un abri permanent alors que l’hiver s’installait. Dans un sens, la restauration du Temple, le « Tabernacle   de Salem » (Psaumes 76 :3) et la construction complémentaire de baraquements symbolisa le besoin d’abri, pour la présence Divine et pour le peuple. Il est intéressant de noter que Joseph, écrivant en Grec, tout comme l’auteur de Maccabées II expliqua le commandement originel de construire des baraques à Souccot   comme symbole du besoin humain d’abri à l’approche de l’hiver. (Antiquités III, 244).

Hanouka fut donc célébré à l’origine par la construction d’abris, de baraquements, de maisons. Et même après que ce rituel ait été remplacé par la cérémonie d’allumage des bougies, les Rabbins   comprirent que Hanouka était la fête de la maison et ils insistèrent pour que la mitzva d’allumer les bougies de Hanouka relève de la responsabilité de la maison ou de la maisonnée et non de l’individu. Les Juifs du Moyen Age firent un pas de plus, en ramenant les bougies de Hanouka à l’intérieur des maisons, stipulant bien que l’allumage des bougies n’est pas seulement la façon dont chaque maisonnée fait connaître le miracle, mais en insistant sur le fait que la famille, la maisonnée ou la maison est le public auquel il faut faire connaître le miracle. Tout cela fit de Hanouka la fête du foyer et de la maison – occasion festive au cours de laquelle la famille remercie Dieu pour ses miracles de jadis, mais aussi pour ses miracles actuels quotidiens, y compris celui qui permet à une famille de se réunir sous un même toit à l’approche de l’hiver.

Moshe Benovitz enseigne le Talmud   et la Loi Juive au Schechter   Institue of Jewish Studies (séminaire rabbinique Massorti  ) à Jérusalem.

Traduction Odile Ellison

Un message, un commentaire ?

Forum sur abonnement

Pour participer à ce forum, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d'indiquer ci-dessous l'identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n'êtes pas enregistré, vous devez vous inscrire.

Connexions'inscriremot de passe oublié ?