Le mouvement massorti français
Questions pratiques
Judaïsme
Culture






Faut-il avoir peur de mourir de rire ?
 – mots clés
  • Augmenter police
  • Diminuer police
  • imprimer
  • Réaction 4 messages
Auteur : Yeshaya Dalsace

Webmaster de ce site, Rabbin à Paris de la communauté DorVador, Paris 20e. Contact yeshaya@massorti.com


Yeshaya Dalsace à propos des caricatures -

À en croire le vent d’intégrisme qui souffle sur le monde et qui est, hélas, plus contagieux que le rire, mieux vaut ne pas trop rire car on pourrait bien en mourir. Non pas mourir de rire, mais mourir d’avoir osé rire !

Les religions seraient-elle forcément rabat-joie, rendant la face du croyant de plus en plus renfrognée et morne ? Quelle est la vraie caricature, le dessin montrant le prophète Mahomet coiffé d’un turban explosif ou les réactions ridicules et excessives du monde musulman et en particulier du monde arabe (qui ne se gêne pas pour diffuser largement des caricatures antisémites, par ailleurs) ?

Des croyants se sentent blessés dans leur foi, et alors ? Par définition un trait d’humour ou une caricature sont toujours un peu blessants pour quelqu’un, s’il n’a pas d’humour. Pourquoi pourrait-on rire de tout sauf de la religion ? En quoi le fait qu’un milliard de gens croient en un certain prophète devrait empêcher toute critique à leur égard ?

Si une caricature, ou une blague, peut être de très mauvais goût, il ne me semble pas que ce soit le cas dans les différentes affaires qui ont défrayé la chronique ces dernières années. Par contre, je constate un trait commun à la plupart des grands cas de « blasphème » : la misogynie religieuse et la place de la femme, toujours aussi problématique, dans la plupart des religions. L’écrivain Salman Rushdie vit sous haute protection pour avoir abordé le sujet dans ses fameux « versets sataniques ». Le cinéma Saint-Michel a brûlé (un mort) à Paris pour avoir projeté « la dernière tentation du Christ ». Théo Van Gogh a été assassiné pour avoir osé dénoncer avec une amie musulmane, aujourd’hui sous la menace, la place de la femme dans l’Islam. Une auteur Sikh anglaise vit cachée pour avoir osé écrire une pièce sur la place de la femme dans sa communauté. En Israël, il y eut un temps un projet de loi discuté à la Knesset, proposé par les partis religieux et voté en première lecture grâce aux voix de quelques barons laïcs de la politique, qui envisageait de punir de sept ans de prison (rien de moins !) une femme qui oserait porter un châle de prière (ce qui en principe est réservé aux hommes) devant le Kotel   (Mur occidental). Une campagne de publicité féminisant avec humour « le dernier repas » de Léonard de Vinci, a été interdite par la justice française pour atteinte à la dignité religieuse. Satanées femmes, tout est toujours de leur faute ! Bien évidemment, d’autres sujets que celui de la femme sont aussi tabous. L’église catholique attaque en justice de bien gentilles caricatures sur Jésus, croqué en baba cool surfeur. En Israël, une campagne de publicité évoquant l’évolution darwinienne avait dû être arrêtée sous la pression des ultra religieux. Le certificat de cashrout fut retiré à une marque de yaourt pour cause de dinosaures en guise de décoration au moment de la sortie sur les écrans de « Jurassic Parc » (il est vrai que le dinosaure n’a ni nageoires, ni écailles). Aux États-Unis la guerre du créationnisme fait rage.

Que la plupart des religieux soient des mâles campés sur leur position dominante, qui détestent la critique et font preuve de peu d’humour est déjà une bien triste chose pour la religion elle-même. Mais que le monde libre et laïc soit prêt à tout leur céder me semble beaucoup plus grave. Comment se fait-il que personne n’ait encore pu voir le film de Théo Van Gogh qui semble avoir été enterré avec son auteur ? Si la société européenne avait un peu plus de courage, ce film aurait dû être diffusé sur toutes les chaînes de télévision d’Europe en réaction à l’assassinat de son auteur, par solidarité et hommage au martyr et par devoir d’information. Mais ce film n’est même pas projeté dans de petits festivals locaux, terrorisés par la menace. Comme le directeur de France-Soir a déjà été viré (heureusement, il y a du boulot au Canard enchaîné...), que les directeurs de chaînes en prennent donc de la graine !

Moi, le rabbin  , j’en appelle à Voltaire et à Spinoza. Je leur crie : au secours revenez nous sauver ! Je voudrais tant pouvoir mourir de rire et ne plus craindre la bêtise humaine.

À propos, Moïse était bègue, c’est bien connu. Dieu qui aime tant son peuple, lui indiqua un endroit tranquille où les juifs pourraient prospérer sur une terre de lait et de miel : le Canada. Moïse commença à transmettre le divin message, pointant le doigt vers l’ouest il commença à dire : « Ca... Ca... Ca... ». Les juifs qui sont des gens têtus et pressés, c’est bien connu, aidèrent le plus grand des prophètes à finir sa phrase : « Canaan ! ». Comme Moïse avait pointé le doigt vers l’ouest, ils mirent 40 ans pour y arriver. Dieu, dans son infinie justice, fâché qu’on n’ait pas bien écouté son divin conseil condamna son peuple élu à 4000 ans de galère ! Il y en a aussi une très bonne sur Moïse, Jésus, Mahomet et Théo Van Gogh qui se rencontrent au paradis... J’arrête là, je suis déjà mort ! Mais en heureuse compagnie...

Yeshaya Dalsace Rabbin   de Maayane Or Nice

PS

Les mois ont passés, nous sommes maintenant en février 2007 et Charlie se rammasse un procès (moi je m’abonne)... Vive la critique et le rire et vive le courage d’informer.

Quand les religieux modérés sont à la traine des fondamentalistes et donnent dans le procès d’intention on fait dans la caricature. Dans le mouvement Massorti   on tient bon et on lit Charlie dont nous sommes totalement solidaire.

4 Messages de forum

Répondre à cet article

b