« Toute décision de la cour rabbinique sur les conversions ou la reconnaissance par les officiers de l’état civil de mariages qui ne seraient pas conformes à l’avis des plus grandes autorités Halachique de la présente génération nuit à la pureté du peuple juif », écrit le rabbin Avraham Sherman, chef de la Haute Cour rabbinique.
« Il ya un réel danger que des gentils soient autorisés à entrer dans la communauté juive. Quiconque n’embrasse pas un mode de vie strictement orthodoxe au moment de la conversion reste un non juif, et si cette personne est une femme, alors tous ses enfants ne seront pas juifs non plus », poursuit le rabbin Sherman.
La Haute Cour rabbinique a également jugé que la forte proportion de convertis au judaïsme qui ne sont pas véritablement sincères envers l’orthodoxie représentait un défi insurmontable ce qui rendait impossible de se fier à un autre tribunal rabbinique que celui Haredi en matière de conversion.
Sherman a déclaré explicitement que la conversion n’avait pas de validité, sauf si le converti prouvait qu’il ou elle avait adopté un mode de vie véritablement orthodoxe . Un mode de vie juive moins stricte serait intolérable.
Selon ces décisions, la judéité des convertis peut en principe être révoquée à tout moment, quelle que soit la date de la conversion et quelle que soit la Cour rabbinique de conversion.
Une conversion peut et doit être révoqué si, par exemple, après la conversion proprement dite le converti admet qu’il ou elle n’a pas respecté les restrictions halakhique du Shabbat, de la cacherout ou d’autres lois juives.
Pour préserver la « pureté du peuple juif », tous les convertis doivent être examinés individuellement par les autorités rabbiniques s’occupant du mariage avant qu’il ou elle ne soit autorisé à se marier ou à divorcer, statue Sherman dans un texte de 34 pages entrant dans le cadre d’une demande d’appel ce 10 mai dernier.
Le rabbin David Stav, un haut responsable de Tzohar, une organisation de rabbins sionistes orthodoxes modérés, a qualifié les déclarations de Sherman de scandaleuses.
« Sherman est en train de commettre le péché biblique d’insulter les convertis. Un groupe de fonctionnaires Haredim est prêt à faire peser la suspicion sur des milliers de convertis seulement parce qu’ils veulent mener une lutte politique pour le pouvoir.
« Lorsque le rabbin Shlomo Goren (Grand Rabbin d’Israël dans les années 1970) a voulu annuler une conversion, la communauté Haredi l’attaqua, affirmant que cela était impossible. Ils ont maintenant changé d’avis selon leurs intérêts politiques. »
Le rabbin Stav se réfère à l’affaire Langer, dans laquelle le rabbin Goren avait en effet annulé la conversion du mari d’une femme dont les enfants auraient pu être considérés comme mamzerim (le résultat d’un acte sexuel illicite qui leur interdit de se marier un Juif). Il ne le fit donc que dans l’intérêt de cette famille et des enfants, afin de trouver une solution technique à un problème de mamzerout.
Le rabbin Stav accuse les activistes Haredim d’instrumenter le problème des conversions pour renforcer leur pouvoir vis-à-vis des groupes sionistes orthodoxes .
Le rabbin Stav, qui sert comme officier d’état-civil en chef pour les mariages de sa ville de Shoham a dit qu’il accepte toutes les conversions faites par une Cour rabbinique régulière.
« Je le fais que la conversion ait été effectuée par le Grand Rabbinat ou par une cour Haredi de conversion, même si je dois dire que les convertis qui viennent d’une cour Haredi de conversion sont généralement moins sérieux que ceux qui sont convertis par le Grand Rabbinat », a-t-il dit.
Un groupe de trois juges rabbiniques composé du rabbin Sherman, du rabbin Hagai Izerer et du rabbin Sion Algrabli ont rejeté le principe halakhique selon lequel une décision du tribunal rabbinique, une fois prononcée, est irréversible.
Le rabbin Sherman répondait à un jugement du tribunal rabbinique de Tel-Aviv dans une affaire de divorce qui impliquait une femme convertie au judaïsme.
Le tribunal rabbinique de Tel-Aviv avait débouté un homme de sa demande d’invalidation de son mariage au motif que sa femme avait payé un pot-de-vin 10.000 NIS (2000€) à la juridiction qui avait procédé à sa conversion.
Le tribunal de Tel-Aviv avait statué plutôt sur le fait de ne pas avoir le pouvoir d’annuler une décision - dans ce cas, une conversion - par une autre juridiction puisque l’hypothèse est que les tribunaux rabbiniques savent ce qu’ils font.
Toutefois, le rabbin Sherman a rejeté l’argument du tribunal de Tel-Aviv, malgré le fait qu’il est basé sur un principe halakhique accepté. Il a statué que l’état de judéité de la femme et ses enfants doit être levé jusqu’à ce que le tribunal de Tel-Aviv puisse déterminer si les revendications contre la validité de sa conversion sont réfutables on non.
Le rabbin Sherman a dit dans un entretien téléphonique avec le Jérusalem Post qu’il n’y avait rien de nouveau dans sa décision et qu’il se fondait sur l’avis des plus grands spécialistes halachiques de cette génération, tant vivants que disparus.
Le rabbin Sherman a cité les déclarations halachiques publiées au cours des dernières décennies par les plus hautes autorités halachiques telles que le rabbin Yossef ou le rabbin Shalom Elyashiv, (considéré comme le plus important décisionnaire de la communauté ashkénaze Haredi ). Sherman a également cité certaines autorités du monde haredi défuntes comme le rabbin Shlomo Zalman Auerbach, le rabbin Yisrael Ya’acov Kanyevsky et le rabbin Menachem Shach.
Dans une déclaration, signée par Shach, Kanyevsky, Auerbach et Elyashiv et datant de l’été 1984, les rabbins préviennent que « depuis qu’ il y a une augmentation du nombre de convertis qui ont été acceptés en tant que Juifs, et qu’il est devenu patent qu’un large pourcentage d’entre eux n’avaient pas l’intention d’accepter la charge des commandements au moment de la conversion ... Nous rappelons qu’il existe une interdiction d’accepter des convertis sans être sûr qu’ils se soient engagés eux-mêmes à accepter tous les commandements ».
Le rabbin Sherman et les autres juges rabbiniques ont conclu, en Mai dernier, à partir de cette déclaration, parmi d’autres, que chaque conversion doit être considérée comme « suspecte », même si elle a été réalisée par le Edah Haredit ou par un autre tribunal rabbinique plus ou moins reconnu, et quand une personne présente un certificat de conversion délivré par un tribunal rabbinique et que son apparence est loin d’être celle d’un Juif observant ou que cette personne vient d’un secteur qui n’est pas reconnu comme étant celui d’une communauté de stricte observance. »
Le rabbin Sherman a dit que c’était particulièrement vrai dans le cas qui est venu devant le tribunal rabbinique de Tel-Aviv, qui avait à traiter de la judéité de l’épouse et ses enfants et qui a défrayé la chronique.
Article paru dans le Jerusalem Post du 23.06.2009
Le point de vue Massorti
Pour une conversion, la personne doit accepter le principe des Mitsvot, nous sommes d’accord sur ce principe halakhique et tout beit Din Massorti l’explique explicitement aux candidats.
Cependant, cette acceptation est formelle et une faiblesse dans la pratique religieuse, aussi regrettable soit-elle, ne saurait remettre en cause la conversion, Maimonide est très clair là-dessus. De très nombreuses Responsa , y compris de grandes autorités orthodoxes , vont également en ce sens. Il n’y a aucune raison halakhique de défendre particulièrement la position du Grand rabbinat actuel, un autre avis, celui plus traditionnel, reste tout aussi légitime et c’est le nôtre.
La politique radicale des rabbins haredim mène à jeter le soupçon sur toute conversion au judaïsme et tend à empêcher toute politique d’ouverture. Elle va directement à l’encontre de l’enseignement traditionnel sur les conversions. Or le plus grand défi pour l’avenir du judaïsme est justement sa capacité à s’ouvrir, aussi bien aux conditions de vie de la modernité, qu’aux réalités sociologiques qui sont celles des unions mixtes. Une telle politique de fermeture que l’on peut qualifier de sectaire, non seulement dénature le judaïsme, mais représente un véritable danger pour la cohésion du peuple juif et donc de son avenir.
Les arguments employés sont non seulement basés sur une conception exclusive et fondamentaliste du judaïsme, mais ont même quelques relents de racisme inacceptables pour nous qui prônons un judaïsme nourrit de valeurs humanistes.
Céder en quoi que ce soit à la pression de ces groupes fondamentalistes ne mène à rien et c’est tout le problème de l’orthodoxie moderne, comme du Consistoire français qui sont pris en otage quand ce n’est pas noyautés par ces tendances menant à des dérives sectaires.
L’enjeu est suffisamment important pour justifier de proposer une alternative viable et se moquer de la reconnaissance ou non par des fondamentalistes qui de toute façon ne veulent vivre qu’entre eux et n’ont aucune vision globale du judaïsme.
C’est pourquoi, de telles positions ne nous touchent pas concrètement et ne sauraient nous empêcher de continuer de proposer au large public un judaïsme d’ouverture et donc d’avenir.





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