Un tel mariage est impossible
Le mariage juif consiste en un contrat entre deux personnes juives qui s’engagent à respecter mutuellement les règles auxquelles le judaïsme les soumet. Cet engagement se fait devant témoins qui signent en bas du document qui valide un tel mariage ; document que l’on appelle en hébreu : « ketuba ».
Durant la cérémonie elle-même, différentes bénédictions sont récitées, mais pas forcément par un rabbin .
Il est donc strictement impossible de réaliser une telle cérémonie entre deux personnes qui ne seraient pas soumises toutes deux aux mêmes règles. Si des gens faisaient cela, ce qui est tout à fait envisageable et les regarde, la cérémonie n’aurait aucune valeur du point de vue de la loi juive.
La présence du rabbin au mariage n’est pas indispensable en théorie. Cependant, en pratique, un rabbin est présent afin d’assurer le bon déroulement de la cérémonie.
Dans le judaïsme, le rabbin ne bénit pas. Le rabbin n’est que le garant de la tradition.
Le mariage étant prononcé dans le but de fonder un foyer juif dans lequel des enfants juifs naîtront et seront élevés dans le judaïsme, il serait absurde de pratiquer une cérémonie religieuse juive dans un cas de mariage mixte.
Quelle valeur aurait la formule consacrée sous la houppa : « te voilà ma femme conformément à la loi de Moïse et d’Israël » si l’un des deux protagonistes ne respecte en rien cette loi, ne s’y reconnait pas et ne correspond pas à ses critères ? Il faut donc un minimum de cohérence.
Solutions envisageables
La seule solution possible dans le cas d’un couple mixte qui tiendrait à une cérémonie juive est que le couple aille au bout de son désir du judaïsme et que le non juif se convertisse au judaïsme.
Si le consistoire est en général réticent pour de telles conversions, ce n’est pas le cas des autres mouvements du judaïsme, dès lors que l’engagement est sérieux.
Sinon, le couple mixte peut envisager une cérémonie privée, c’est-à-dire la récitation d’un rituel juif qu’il fera comme bon lui semble, mais qu’un rabbin ne saurait cautionner.
Nous comprenons parfaitement la frustration des nombreux couples qui voudraient inscrire leur union mixte dans la tradition juive, mais ces couples doivent comprendre que le moment de mariage doit aussi être un moment de cohérence et d’engagement sérieux.
A ma connaissance, les rabbins libéraux français n’acceptent pas non plus de pratiquer de telles unions. Des personnes douteuses se réclamant d’un judaïsme « libéral » font parfois cela en France et en font commerce.
C’est à nos yeux, sans portée et cela ne s’ancre dans aucune tradition minimale. Il y a même eu un pseudo rabbin (ayant inventé un diplôme) qui s’est venté de sa propre union mixte avec une pasteur ! On peut donc tout imaginer.
Pour nous c’est tout simplement contraire au judaïsme et la halakha , même ouverte. C’est contraire au fondement même de la spiritualité juive qui consiste à travailler sur le long terme afin de construire un cheminement cohérant.
Les pièges du sincrétisme
Pour ce qui est des doubles cérémonies, à la fois juive et catholique par exemple, cela est strictement inenvisageable pour les mêmes raisons.
Dans tous les cas, le couple doit bien se poser la question de l’éducation qu’il voudra donner à ses enfants et de l’ambiance qu’il voudra faire régner à la maison. Baptême ou circoncision ? Dimanche ou Shabbat ? Arbre de Noël ou bougies de Hanoukka ? Pâque ou Pessah ? Communion ou Bar/Bat Mitsva ? Mieux vaut réfléchir avant et donc au moment du mariage.
Un couple mixte peut très bien envisager d’élever ses enfants dans le judaïsme et la tradition juive. Il est même envisageable, dans certains cas, que les enfants se convertissent au judaïsme même si leur mère ne le fait pas. Si la mère est juive, les enfants sont juifs de toute façon.
Dans la réalité sociologique, on trouve tous les bricolages possibles. Si un rabbin doit tenir compte de la réalité sociologique de sa communauté, il ne doit pas pour autant renoncer à enseigner la cohérence et l’exigence de soi qui sont deux piliers du judaïsme.
Il reste enfin à préciser, que chaque personne est respectable pour ce qu’elle est et que le rabbin se doit de rester à l’écoute en tout cas et d’aider au mieux le couple à résoudre ces problèmes et répondre à ses questions.
Rabbin Yeshaya Dalsace
Le désir de mariage œcuménique, pour être compréhensible sur un plan affectif et moral n’en est pas pour autant admissible du point de vue rabbinique.
Un chrétien peut ingérer une part du judaïsme sans se dédire, pas le judaïsme car le culte de Jésus n’est pas acceptable pour les juifs. Un mariage religieux juif n’est pas une simple bénédiction, mais un engagement : devant le conjoint, devant la communauté, devant Dieu. Pour les juifs, c’est l’engagement des mariés de construire un foyer juif et assurer ainsi la pérennité du peuple juif sans cesse menacé de dissolution par l’effet du nombre. La survie d’Israël dépend de l’endogamie, la survie de la foi d’Israël dépend de sa fidélité à l’alliance du Sinaï, sans compromission.
Dès lors, un mariage "œcuménique" est un non-sens pour la tradition juive, pour ne pas dire franchement une entorse, une infidélité par rapport à la mémoire de nos ancêtres que nous portons. Cela ne peut être évité que si l’épouse consent à éduquer et convertir ses enfants au judaïsme. Si cela au moins est concevable, je dis au couple que je les intégrerai à la communauté mais en tout cas, je ne participerai ni assisterai au mariage. Dans tous les cas, mon conseil est : si chacun veut conserver sa foi et sa pratique, c’est donc que le mariage n’est pas sur une base religieuse mais tolérante. Dans, ce cas, c’est le mariage laïc uniquement qui s’impose. Mieux vaut cela dans le respect de chacun que le simulacre qui donnerait illusion d’un imprimatur religieux.
Rabbin Rivon Krygier





65 messages