Cher Monsieur,
Une fois de plus, ne confondons pas tout.
Vous nous écrivez toute une « meguila » sur l’occident qui se perd, sur la confusion possible entre les sexes… C’est en effet un sujet de discussion intéressant qui mérite débat, mais ce n’est pas le point ici. Même avec un talit, c’est-à-dire un châle avec des fils rituels, (rien de bien sexué comme vêtement), une femme reste une femme !
Le respect de la liberté
Le cas est simple, une femme est arrêtée par la police pour avoir porté un vêtement rituel dans un lieu religieux certes, mais public et national. Vous cautionnez une telle arrestation sous prétexte que des rabbins pensent que c’est interdit (à définir) et que vous avez peur d’une éventuelle confusion entre les sexes et des valeurs occidentales.
Je comprends vos inquiétudes, mais je trouve lamentable la conclusion.
C’est exactement le problème de tout totalitarisme et de tout fondamentalisme : naitre d’une inquiétude compréhensible (envers l’autre, l’étranger, le changement, l’ouverture, le prolétariat, le juif, le mécréant, l’homo, etc.) pour en arriver à produire l’enfer sur terre et violenter tous ceux qui risqueraient d’empêcher la « merveilleuse » réalisation de l’ordre suprême prônés par ce totalitarisme ou ce fondamentalisme. Le phénomène a été bien étudié, car hélas, les exemples dans l’histoire ne manquent pas.
Ce qui est lamentable c’est de voir des juifs se raccrocher à un tel schéma dont ils ont été eux-mêmes si souvent les victimes.
Cela montre une telle ignorance de l’histoire, un tel manque de mise en perspective vis-à-vis de valeurs cardinales comme la liberté et le respect de l’individu.
On est prêt à fouler au pied de telles valeurs, pour se rassurer un peu sur sa propre identité que l’on sent fragilisée par l’ouverture occidentale (que cette identité soit religieuse ou sexuelle). Cela montre la faille que ces personnes ont dans leur propre identité, cela montre un Judaïsme en crise et non un Judaïsme solide, un Judaïsme sur la défensive.
C’est une évidence que depuis les lumières (18e) le Judaïsme traverse un moment complexe de son histoire. La dictature serait-elle pour autant la solution ?
Le Judaïsme doit-il se fasciser pour cela et arriver à de telles absurdités comme arrêter une femme pour un talit ?
Ce qui est grave et inquiétant dans un tel incident (somme toute mineur, elle fut relâchée assez rapidement), c’est ce qu’il révèle sur une déliquescence de la démocratie israélienne et d’une crise d’une pensée juive efficace.
Ce qui est grave et inquiétant dans votre position, c’est ce que vous cautionnez et tout ce qu’une pareille caution est susceptible d’entrainer. La pente est des plus glissante et malsaine.
C’est cela qui exige réaction, et réaction ferme. Ce qui justifie le temps que j’y consacre.
Il n’y a pas de petit combat pour la liberté et le respect des gens. Israël n’échappe pas à ce combat. Cette arrestation est une véritable tâche ! Une honte qui n’aurait jamais du exister. Au lieu de soulever une vague de protestation, par votre voix, on entend que cela correspond à l’opinion de certaines personnes prêtes à laisser détruire les principes démocratiques de l’Etat d’Israël pour rassurer leur virilité ou leur identité fragilisées.
Hélas, le danger peut devenir réel un jour. D’où mon besoin de mettre les choses au point clairement.
Il n’y a pas de concession possible face à l’attaque des droits de l’Homme.
Il faut être intolérant face à l’intolérance.
Cette liberté de l’individu est au centre du message du Judaïsme, sans elle, le respect même des Mitsvot perd toute valeur.
La Halakha
Vous avancez une référence rabbinique sans la connaitre apparemment et entrez dans un débat halakhique complexe de façon bien simpliste (ce qui est contraire à l’idée même de Judaïsme et en fouler au pied l’intelligence).
La question est de savoir si une femme peut respecter une mitsva à laquelle elle n’est pas soumise. La position classique exprimée dans la Michna (kedushin 1,7) (puis bien sûr le Shoulkhan Aroukh) est que les femmes sont exemptées des mitsvot liées au temps, c’est-à-dire ne s’appliquant qu’à un moment précis (faut-il encore comprendre pourquoi) ; mais qu’elles peuvent prendre sur elles de les respecter.
Des femmes ont toujours respecté une partie de ces mitsvot (lecture du shéma par exemple, ou loulav et souka chez les ashkénziot en particulier, la liste est longue et comprend talit et tefiline). On a considéré cependant que cela pouvait être une marque d’orgueil « yohara » (Tossafot notamment). Certains rabbins le déconseillent à cause de cela. C’est le cas du Rama dans le Shoulkhan Aroukh (voir le Maharil très parlant la dessus).
Chez les rabbins cette question a provoqué des discussions sans fin, jusqu’à aujourd’hui. Cela ne crée pas pour autant un interdit, le shoulkhan aroukh est clair là-dessus, il n’interdit pas mais déconseille à cause de l’orgueil. Donc votre référence ne résout rien sur le plan halakhique.
De quel droit un rabbin pourrait interdire à une femme de mettre un habit ? Cela n’a aucun sens. Mettre en garde contre l’orgueil et interdire une chose autorisée n’est pas du tout du même domaine halakhique. (Moshe Feinstein est clair également sur ce point).
Mais quand bien même, serait-ce une raison pour arrêter la personne ?
C’est exactement du même niveau que les femmes qui se font arrêter par la police en Iran parce qu’elles ont du vernis à ongles. Pour vous c’est une référence positive et un modèle, pour moi c’est l’ennemi à combattre et un cauchemar.
Au risque de vous surprendre, dans la plupart des synagogues Massorti, les femmes ne portent pas de talit.
Personnellement, je suis très dubitatif sur la question, tout en respectant la liberté individuelle, je n’ai jamais poussé une femme à mettre un talit.
Attention aux illusions et autres fantasmes et aux caricatures. Mais là n’est pas la question mais celle de la liberté individuelle notamment celle d’exprimer comme on l’entend sa spiritualité.
Argument du nombre :
Cela n’a strictement aucun rapport avec le sujet et je vous ai déjà répondu là-dessus. Je vous signale seulement que le mouvement Massorti en France (inexistant il y a 20 ans) est en pleine expansion… On ne peut que souhaiter à tous les courants du judaïsme français d’avoir une telle dynamique.
Je vous signale également que l’attachement aux valeurs démocratiques n’est nullement l’exclusivité du mouvement Masorti et que je connais des quantités d’orthodoxes qui sont tout aussi attachés que moi à ces valeurs. Vous insultez une bonne part du consistoire et notamment son grand rabbin !
Refoua shlema :
Je ne devrais pas répondre à l’agression, mais on ne peut pas tout laisser passer.
Ici vous touchez le fond et illustrez parfaitement ce que je dénonce, un judaïsme de mépris et de haine de l’autre.
Je traduis pour ceux qui ne savent pas l’hébreu : « bonne guérison ». Sous-entendu : être attaché à la démocratie et au débat halakhique nuancé relève de la maladie.
Vous croyez vraiment convaincre les gens avec de tels arguments ? Libre à vous de vous ridiculiser. Ce site s’adresse aux gens intelligents, pas aux imbéciles.
Personnellement je souhaite rester malade ainsi jusqu’à 120 ans et ne jamais être soigné de ce mal là ; encore moins par médecins dignes de ceux de Molière.
Yeshaya Dalsace
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