, réunis en congrès cette semaine près de Boston. Il a pourtant « du pain sur la planche » pour sortir le Mouvement Conservative (branche américaine du mouvement massorti ) du marasme dans lequel il se trouve actuellement.
En effet, à partir du 1er Juillet, Eisen assumera la Présidence du Jewish Theological Seminary, et en tant que tel, sera de facto le leader du mouvement Conservative .
Eisen, qui a occupé pendant ces vingt dernières années, la fonction de professeur d’Etudes Juives à l’Université de Standford, est un éminent savant en matière de Judaisme contemporain. C’est la deuxième personnalité non rabbinique à diriger le Séminaire, emblème du Mouvement Massorti . Sa nomination l’an passé, ne s’est pas faite sans heurts.
Et pourtant, il a suffit de deux discours d’Eisen cette semaine, pour lever tous les doutes quant à son leadership, face aux 400 rabbins de l’Assemblée Rabbinique, réunis en convention annuelle à Cambridge Massachussets.
Dans ses prises de positions, les premières, depuis sa nomination comme Président du JTS , Eisen aborda franchement l’incapacité récente du mouvement à répondre à certaines attentes. Un de ses messages essentiels, est que le Mouvement Conservative a perdu beaucoup de terrain en autorisant le pluralisme, c’est à dire en permettant la co-existence même harmonieuse, en son sein, d’interprétations divergentes de la Halahcha, (la Loi Juive )
« Soyons lucides » dit Eisen, « tolérer les divergences ne permet en rien la survie d’un mouvement »
Son mandat prend effet à une période de grand malaise au sein du Mouvement Conservative , jadis Mouvement principal aux Etats-Unis, mais désormais dépassé en nombre par le mouvement Libéral.
Mais ce n’est pas qu’une question de nombre. Le Mouvement a surtout traversé une année orageuse, au cours de laquelle des décisions controversées ont été prises par ses plus hautes autorités, autorisant l’ordination de rabbins homosexuels et lesbiennes, au risque de mener à un schisme et à un affaiblissement de la cohérence des messages Massortis.
Certains redoutent que le Judaisme Conservative n’ait choisi le pluralisme comme trait caractéristique, renonçant ainsi à son engagement historique de mener de front analyse critique et fidélité à la Loi Juive.
D’autres s’inquiétent publiquement du fossé accru, entre la stricte observance des pratiques juives des rabbins Conservative , et la moindre observance des fidèles qui met en jeu la définition que se donne le Mouvement : celle d’un Mouvement « Halahique » conforme à la Loi Juive.
Pendant l’age d’or du Judaisme Conservative , vers le milieu du XXème siècle, le Mouvement était parfaitement en phase avec les tendances démographiques et culturelles du Judaisme Américain. Le succès du mouvement fut renforcé par sa décision d’autoriser la conduite d’une voiture le Shabbat pour se rendre à la synagogue, règle qui coincidait avec les besoins des fidèles ayant quitté les villes surpeuplées pour des banlieues plus agréables.
D’après Eisen, les croyances et pratiques des Juifs Américains contemporains, ne jouent pas en faveur du Mouvement Conservative . La liberté et la mobilité des fidèles ne permettent plus la constitution de communautés fortes et bien ancrées, comme celles qui selon Eisen, font le succès du Mouvement Orthodoxe .
Les Juifs adhèrent désormais à l’idéologie moderne de libre choix, qui va à l’encontre de la notion de Halacha comme ensemble de lois contraignantes. De plus, ils interprètent le sens de la prière et des obligations religieuses, à l’aulne de la culture occidentale qui les entoure
Pour Eisen, ces changements de circonstances impliquent obligatoirement des modifications dans la formation des rabbins et des virages dans la stratégie du Mouvement. Il conseille vivement aux Rabbins Conservative de construire « des communautés unies » dans lesquelles une pratique éclairée du Judaisme s’insère dans de plus larges rythmes de vie. Il leur déconseille de poursuivre une pédagogie de haut en bas qui commence par imposer les exigences de la Loi Juive.
Eisen recommande aux rabbins d’envisager de façon plus large le concept de « mitzvah » qui selon lui signifie beaucoup plus que simples « commandements » comme on a coutume de le définir habituellement.
Au lieu d’axer ses sermons sur ce que chaque individu doit faire, le rabbin nous dit Eisen, doit plutôt tisser des liens solides au sein de sa communauté qui rendront les obligations envers les autres et envers Dieu, beaucoup plus attirantes pour une personne moderne.
Eisen soutient que la vie Juive doit être vécue dans ce qu’il appelle « une structure plausible » contexte social et culturel qui donne un sens aux obligations religieuses et les rend convaincantes.
« Les juifs vivent dans un temps et dans un espace qui ne sont pas Juifs » dit-il, « les obligations ne deviennent acceptables que pour autant qu’elles se situent dans un contexte communautaire. »
Pour Eisen, plus que tout, le Mouvement doit engager intensément ses fidèles dans un chemin qui rivalise avec ce qu’on peut trouver fréquemment au sein des communautés Orthodoxes . (une solidarité et une chaleure communautaire.) « Les gens ont faim de ça, affirme Eisen, et le mouvement Conservative doit absolument le leur fournir. »
« Si nous ne pouvons gagner sur ce terrain, dit Eisen, nous sommes voués à perdre ».
Eisen fut acclamé debout par des rabbins de tous les Etats-Unis et du monde entier, avant et après sa prestation de lundi matin. Ils se levèrent encore pour l’acclamer lundi soir lorsqu’il fit un nouveau discours à la Communauté Mishkan Tefila près de Chestnut Hill.
Dans les couloirs, chacun louait son intelligence, sa clairvoyance, son énergie et son courage d’avoir évoqué si franchement les défis à surmonter par le Mouvement Conservative .
Harold Kushner, rabbin Conservative de longue date, et auteur du best seller « Quand de Mauvaises Choses arrivent à de Bonnes Gens » avoua sa surprise quand il avait appris que le séminaire ne s’était pas choisi un rabbin pour chef.
Kushner ajouta qu’un fossé s’était creusé au fil des années entre le séminaire et la pratique des rabbins sur le terrain. Mais qu’après avoir lu plusieurs ouvrages d’Eisen, et après l’avoir entendu parler, il se sentait beaucoup plus confiant.
« Aujourd’hui, avoua Kushner à Eisen après sa présentation, je suis enthousiasmé à l’idée que vous soyez le nouveau leader de notre mouvement. »
Le Rabbin Raphael Friedman de la Synagogue Emmanuel de West Hartford, Connecticut, se fit l’écho de nombreux participants en disant de Eisen : « Je n’ai pas été transporté par son charisme, j’ai été transporté par la substance de son discours et par sa perspicacité »
Par Ben Harris, JTA (Jewish Telegraphic Agency) publié le 01/05/2007





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